Les Instantanés d’Imara #7 – Edwyn Collins

Edwyn Collins - Nation Shall Speak Unto Nation par Imara

Edwyn Collins vient de sortir un nouvel album dans une relative discrétion. L’écossais revient avec Nation Shall Speak Unto Nation, six ans après le très bon Badbea au ton plutôt nostalgique.

Un disque assez réussi, plutôt calme et apaisé dans l’ensemble (Paper planes), parfois mélancolique (le morceau-titre, qui fait référence au slogan de la BBC), tout en ne manquant pas de dynamisme comme sur The Heart is a Foolish Thing, morceau pop-rock de très bonne facture comme Edwyn Collins sait en faire. Des sonorités plus variées sont néanmoins présentes: un solo de saxophone qui fait l’exploit de ne pas être lourd et même de la bossa-nova en fin d’album.

L’occasion de revenir sur le parcours de cet artiste sous-estimé à la pop raffinée, loin de se résumer à un seul tube.

Edwyn Collins naît en 1959 à Edimbourg. Comme la plupart des jeunes britanniques de goût, il s’intéresse à la northern soul qui l’influence encore aujourd’hui (en témoigne les cuivres sur Knowledge, qui ouvre son nouveau disque).

Il aime aussi le rock, particulièrement le Velvet Underground. Marqué comme beaucoup de jeunes musiciens par le mouvement punk, il forme son propre groupe, Orange Juice. Un premier single, Falling and Laughing paraît en 1980 sur le label indépendant Postcard Records, qui promouvoit de jeunes groupes écossais, comme Josef K. Trois singles plus tard, ils signent chez Polydor et sortent leur premier album début 1982, You can’t hide that love forever, dont le titre est tiré d’un vers de Hi Dear, une chanson de Jonathan Richman. Un signe de goût de la part d’Edwyn Collins, pour qui le Naïf de Boston est également un modèle.

Orange Juice est un groupe qui porte bien son nom: leur son est frais et ensoleillé, en contraste avec la grisaille post-punk ambiante, comme un grand et bon verre de jus d’orange. Portées par la belle voix grave atypique d’Edwyn qui ne cessera de s’améliorer au fil du temps, leurs chansons possèdent une certaine naïveté et une spontanéité qui fait penser aux Modern Lovers. On y retrouve l’accrocheuse Falling and laughing, mais aussi Untitled Melody. Les influences soul sont également présentes, notamment par une excellente reprise de L.O.V.E d’Al Green.

Un deuxième LP paraît la même année, Rip it up, dans la lignée du premier. Sans aucun rapport avec le classique de Little Richard, le morceau éponyme donnera son nom à un ouvrage de référence sur le post-punk. Notons aussi l’excellente Flesh of my flesh, sorte de croisement entre le Velvet période Doug Yule et Chic, ou bien I can’t help myself, clin d’œil à un titre bien connu des Four Tops.

S’en suivent un EP, Texas Fever et un dernier album avant séparation en 1984, simplement titré The Orange Juice, avec Collins seul sur la pochette.

Edwyn Collins se lance ensuite dans une carrière solo. Quelques singles au milieu des années 80, puis un premier album en solitaire, Hope and despair. Un disque intimiste et personnel où l’écossais nous montre pleinement ses talents de crooner. La pop n’est toutefois pas en reste comme on peut l’entendre sur 50 shades of blue.

En 1994 sort Gorgeous George, un de ses meilleurs albums, plus rock, avec la présence de Paul Cook, batteur des Sex Pistols.

Le disque connaît un certain succès grâce à un titre: l’imparable A Girl Like You, un des rares, si ce n’est le seul tube des années 90 qu’on ne se lasse pas d’entendre, celui qui ne nous fait pas dire “oh non pas ça !” et changer de station quand il passe à la radio (si tant est qu’on écoute encore la radio). Avec son riff de guitare efficace, son xylophone subtil façon Motown et sa belle voix, c’est un morceau qui n’aurait pas dépareillé sur un album solo d’Iggy Pop. Cette impeccable chanson confère à son auteur une renommée mondiale et lui assure encore des droits d’auteur trente ans après sa sortie. Mais ce n’est pas le seul grand moment de Gorgeous George: la touchante I’ve got it bad et surtout le morceau d’ouverture, The Campaign for real rock n’roll, certainement une de ses meilleures compositions, pleine d’amertume envers un milieu qui ne le reconnaît pas à sa juste valeur, avec même des piques contre Bob Dylan (“Robert Zimmerframe”) et les grands festivals d’été.

Trois ans après cet étonnant raz-de-marée, paraît I’m not following you. Sur cet album, The magic piper of love avec sa flûte traversière est une autre réussite qui connaîtra un petit succès, mais moindre par rapport à celui de A girl like you. Superficial Cat est un autre passage réjouissant du disque, de même que la dansante Seventies Night, dont le chant (enfin, le chanté-parlé) est assuré par Mark E.Smith: même l’irrascible et exigeant leader de The Fall aime la musique d’Edwyn Collins, on peut dire que c’est un gage de qualité.

La carrière d’Edwyn Collins décline au début des années 2000, tout comme sa santé. En 2005 il est victime de deux AVC très graves qui ont failli le tuer. Grandement affaibli, cette épreuve très dure le remet en question. Il s’en sort peu à peu grâce à Grace Maxwell, son épouse et manager, puis reprend goût à la vie et parvient même à refaire de la musique. Un documentaire de 2014, The possibilities are endless retrace cette période difficile.

Miraculé, il achève un album commencé avant ses problèmes de santé (Home again,2007).

Par la suite il publie ponctuellement des disques de qualité, honorables témoignages de sa renaissance.

Les deux derniers, Badbea (2019) et Nation shall speak unto nation (2025), sont toutefois davantage tournés vers le passé. Edwyn Collins est certes conscient de la chance inouïe qu’il a eu d’avoir pu rester en vie mais il est aussi conscient du temps qui passe.

Il a récemment annoncé que sa prochaine tournée sera la dernière. Espérons que l’élegant crooner pop écossais passe par la France.

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