Gagne des points-déprime avec Gängstgäng

GängstgängCeux qui n’en ont pas encore assez auront beau jeu de se confronter au rap/slam dépressif et hypnotique de Gängstgäng pour accumuler les points-déprime que l’époque distribue à tour de bras. Gängstgäng est le véhicule musical de l’artiste Suisse Augustin Rebetez, natif du Jura qui est connu pour son travail graphique remarquable et ses talents de vidéaste. Sur Gängstgäng (qui signifie a priori le gang commun/banal) , Rebetez officie en duo avec le batteur Pascal Lopinat et propose une musique brutale et parfois bruitiste, âpre et mêlant des textes braillés/chantés (en français) à des arrangements un brin barbares et malsonnants.

Leur nouvel album à paraître à la fin de ce mois de janvier s’appelle opportunément Primitive Rap and Shamanic Dirty Sabotage from Swiss Jura et s’offre une édition limitée en vinyle chez les pionniers alternatifs de Jelodanti Records, chez qui on pioche les yeux fermés les meilleures curiosités du moment. Avec actuellement deux extraits à l’écoute, l’impeccable Les Poubelles, sorte de trip-hop miséreux mélancolique et désespéré, et le plus flippant, Les Rapaces, Gängstgäng donne le ton d’un album présenté comme plus délicat et plus shamanique que le précédent, mais probablement tout aussi caustique et angoissant.

Il y a dans cette musique un rapport au réel tout à fait particulier qui donne à voir la chair du monde telle qu’elle se présente à nos yeux tous les jours : un peu moche, et un peu sale, grasse et flasque comme un conflit d’intérêt. Les hommes qu’il décrit dans ses textes sont des personnages de tous les jours mus par des passions simples comme la cupidité, la peur ou le besoin d’amour (et de sexe). Il y a une forme de dureté dans les approches que souligne la rythmique et qui fait l’originalité de cette musique. Sur les Poubelles, la frontalité de la livraison, son caractère étouffé se transforment en une poésie triste qui émeut en même temps qu’elle met le doigt sur l’obsession de Rebetez pour les déchets, les débris qu’il considère comme une extension (une miroir et parfois un double) de ce que nous sommes.

Le message est foncièrement dépressif mais fourmille d’une vie fumante dans la marge du monde qu’on nous donne à voir d’ordinaire, faussement romantique et reconstruit par l’esprit (publicitaire) de l’époque. Gängstgäng est un groupe précieux à cet égard, qui fait voir le monde tel qu’il est, sans éluder cette part de beauté et d’espoir infime qui le rend supportable, à défaut d’aimable.

Photo : promo Jelodanti Records.

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