Sylvain Sylvain Sylvain Sylvain Sylvain Sylvain…

The New York DollsL’un des plus grands (et méconnus) guitar hero de l’histoire du rock et du punk est mort. Sylvain Mizarhi aka Sylvain Sylvain (rien à voir avec les héros de BD, Sylvain & Sylvette, désolé) tenait le manche au sein des mythiques New York Dolls, l’un des premiers groupes glam et proto-punk de l’histoire. Ce juif égyptien et américain avait vadrouillé de par le monde et développé un business de fringues avant de rejoindre les New York Dolls en 1972, sur l’invitation de son pote Billy Murcia. Très vite, il se sent comme un poisson dans l’eau au sein des Dolls, où il retrouve Johnny Thunders et Arthur Killer Kane, groupe qui invente par son attitude et ses fringues la décennie musicale qui suit.

Son amitié avec Billy Murcia est brutalement interrompue par la mort de ce dernier, en 1972, lors d’une tournée anglaise des Dolls. Ce décès par overdose (ou noyade…. ) ruine la carrière du groupe (trop sulfureux, trop différent) et condamne, d’une certaine façon, le groupe mal aidé par Malcolm McLaren (qui ajoute à l’infamie un douteux déguisement communiste) en fin de carrière, à une marginalité commerciale qu’il ne méritait pas. Sylvain Sylvain, Jerry Nolan et le chanteur David Johansen continuent mais les Dolls deviennent une poudrière (jeu de mots), minée par l’insuccès et de multiples addictions. Le groupe se sépare en deux ou trois temps avant de mettre la clé sous la porte en 1977, après avoir vu leurs supposés héritiers punk, animer l’année 1976 et écouler des disques par wagon. Johansen et Sylvain Sylvain forment un équipage réduit avant d’aller chacun de leurs côtés, tenter de renouer avec une forme de gloire passée. C’est pendant ces années d’indépendance et d’errance que grossit le culte autour de leurs performances newyorkaises de la première moitié des années 70.

A ce jeu là, on peut juger que Johansen est celui qui s’en est le mieux tiré. Sylvain Sylvain signe néanmoins quelques disques honorables, frôle la pop (moche et quasi mainstream) avec ses Teardrops, se balade un peu avec l’un de ses autres amis de jeunesse, Johnny Thunders, et puis attend sagement que les Dolls, sous l’impulsion de Morrissey, refassent parler d’eux. Reformation, tournée et puis deux albums tout à fait fréquentables. Côté artistique, le jeu de guitares de Sylvain Sylvain est moins virtuose et rock que celui de Johnny Thunders, mais fleuri et capable d’une belle variété dans la tenue de note. Au sein des Dolls justement, Sylvain Sylvain laisse quelques partitions iconiques du glam avec notamment l’immense Frankenstein sur le premier album ou le stonien Puss N’ Boots sur le deuxième. Sa maîtrise du piano en fait un instrumentiste plutôt sophistiqué pour ce qu’il joue et son allure, un peu rondouillarde mais sévère, produit une drôle d’impression de cocotte de luxe, plus troublante que séduisante.

On recommandera aux anglophones la lecture de sa remarquable autobiographie There’s No Bones In Ice Cream qui revient notamment sur son enfance égyptienne, son émigration en France (suite à la crise de Suez) et ses aventures de jeune homme. On y découvre un personnage intime et attachant qui alors que tous ses copains trépassaient et succombaient un à un à leurs démons (il ne reste que Johansen de cette belle histoire), Sylvain Sylvain faisait figure de bon gars et passait son temps à recoller les morceaux. Son épouse a annoncé son décès (à 69 ans) des suites d’un cancer. Il sera mort dans son lit, ce qui n’est pas le plus petit des prodiges vue la vie qu’il a menée.

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