Tears for Fears s’offre un retour fantomatique (réussi)

Tears For Fears - The Tipping PointC’était un secret de Polichinelle depuis des années, à l’origine d’une séparation durable (aucun disque depuis leur sixième et dernier album en date, Everybody Loves A Happy Ending, une tournée à couteaux tirés en 2019 puis sabordée), Roland Orzabal et Curt Smith se détestaient copieusement ou ne s’entendaient plus du tout. Mais la vie est passée par là et le temps aussi. Roland Orzabal a perdu sa femme, alcoolique (comme lui), des suites d’une addiction longue et sévère. L’épreuve a permis au musicien de réfléchir sur sa vie, de rencontrer une nouveau compagne et de se rendre compte que Curt Smith avait toute son importance dans l’équilibre de sa vie.

Ces deux-là se connaissent depuis l’adolescence et ont fini, avec le temps, par incarner le groupe à eux seuls, réduits à un duo qui ne doit pas faire oublier qu’au milieu des années 80, c’était tout autant Orzabal et son compère Ian Stanley, qui constituaient le moteur créatif du groupe que Smith et Orzabal. Débarrassés des vieilles rancunes, les deux hommes se sont retrouvés et se sont remis à travailler et à écrire ensemble. La coopération a été suffisamment fructueuse pour qu’en quelques mois, Tears For Fears renaisse dans une version musicalement quasi intacte, comme figée dans son propre passé, et accouche d’un nouvel album, The Tipping Point, abondamment nourri par les épreuves de vie traversées par Orzabal. Le premier morceau, joliment clippé, s’appelle justement The Tipping Point, et renvoie de manière quasi explicite à la présence protectrice mais inquiétante de la femme d’Orzabal dans son imaginaire.

Le morceau est élégant, richement produit, désignant et définissant ce curieux Tipping Point (littéralement l’instant de la récompense, du pourboire) où l’on paie son dû et où s’exerce l’échange entre ce qu’on retire et ce qu’on donne. C’est ce moment de bascule et de retournement, de rencontre et de rétribution que le disque désigne, comme si les deux compères pactisaient à nouveau pour reconnaître ce qu’ils se doivent mutuellement. Cet échange s’établit au bénéfice des fans qui seront enchantés de retrouver Tears For Fears à ce niveau et quasiment au point où il en était il y a deux décennies. L’atemporalité du groupe est sa plus belle signature. Elle semble n’avoir pas pris une ride.

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