122 North / Night Drive
[Too Good To Be True]

8.4 Note de l'auteur
8.4

122 North - Night DriveOn le sait, il ne sera très prochainement plus du tout de bon ton d’évoquer où que ce soit la bagnole ; nos successeurs fileront la métaphore à coup de trottinettes et de bicyclettes électriques, on verra bien ce que ça donnera. En attendant, ce monstre polluant à beau tuer notre planète à petit feu, nous partageons avec lui des souvenirs tellement intimes qu’ils confinent parfois à la passion. Parmi ceux-là, la conduite de nuit n’est souvent pas des moindres. Enfant, sur la route des vacances, peinant à s’endormir, à suivre la lune qui joue à cache-cache avec les nuages ou à compter les lampadaires à la moindre agglomération. Adulte, de retour d’un concert, le véhicule chargé de mélomanes enivrés et acouphènés qui peinent à veiller ou de nouveau sur la route des vacances, en galante compagnie cette fois, les cheveux au vent chaud de la nuit. Et à chaque fois, une cassette, un CD, une playlist à jamais associés à cette conduite nocturne : suffisamment entrainante pour ne pas s’endormir, pas non plus trop excitante pour garder le contrôle, la musique s’écoute plutôt fort, se fredonne et s’accompagne de quelques coups de beats sur le volant et de kicks sur le repose-pied.

Pas étonnant alors que Night Drive, premier EP du québécois Danny Provencher sous le nom de 122 North agisse comme une impeccable madeleine. A plus d’un titre car si cet EP de 4 titres et 3 remixes du premier single, Drive, fera de toute évidence un parfait compagnon supplémentaire au kilométrage asphalté nocturne, il est surtout une délicieuse plongée dans l’univers techno-pop de la fin des années 1980 et du début de la décennie suivante. Une esthétique qui se retrouve également dans le visuel complètement factorien, superbement emballé comme toujours avec le label brestois Too Good To Be True qui, associé avec une maison d’édition/imprimerie locale, Les Editions Autonomes, tient à faire de chacune de ses sorties un objet unique, pensé avec les artistes et offrant une véritable plus-value à l’objet physique. Etrange écho que celui de cette musique qui renvoie à une époque où le vinyl déclinait inexorablement au profit du CD alors que se profile une nouvelle crise une fois de plus engendrée par des majors qui, décidemment, ne tirent aucune leçon de leurs erreurs passées et semblent se tirer à intervalle régulier des balles dans les pieds.

Cette époque est aussi celle où rockers et popeux se sentaient subitement pousser des ailes, parcourant un sentier déjà bien balisé par les références New Order sur Substance 1987 et surtout Technique ou même Depeche Mode sur les singles de la période Violator, bourrés comme à l’habitude du groupe de remixes innovants et précurseurs. Une époque où le Little Fluffy Clouds de The Orb ou la parfaite reprise d’It’s A Fine Day par Opus III faisaient office de portes d’entrées vers un monde outrageusement souriant où jeunes et moins jeunes, béats d’extase, découvraient avec ravissement qu’il n’était pas non plus interdit de se laisser aller et de danser. De ce temps reste aujourd’hui quelques standards sans doute démodables mais marqueurs d’une époque qui restera particulièrement influente et ça n’est pas 122 North qui prétendra le contraire. Bien entendu, Drive et ses consœurs sonnent furieusement datées mais elles portent en même temps tous les signes des évolutions musicales de ces 30 dernières années. L’exercice, jamais parodique, est bien plus un hommage à cette période, à ces sonorités issues des premiers séquenceurs et de boites à rythmes mythiques que l’on retrouve avec le plus grand des plaisirs, à ces gimmicks magiques qui tournaient dans un grand kaléidoscope de lasers et de fumées.

Mais Night Drive n’aurait jamais fait mouche si les morceaux de 122 North n’avait pas été aussi joliment ficelés. C’est ce pont de 30 ans qui rend possible cette association parfaite entre l’écriture pop et les sonorités électro dansantes. Avant d’être de redoutables machines à vibrer, à se vider l’esprit ou plus simplement à danser lascivement, yeux fermés, bras levés pour toucher les étoiles, Lost ou Goodbye sont avant tout des chansons pop véritablement efficaces tandis que Better Stranger, en baissant sensiblement le rythme, montre une facette plus ambiant plutôt séduisante avec ses nappes synthétiques et ses entrelacs de guitares virevoltants. Comment ne pas penser alors aux norvégiens de Love Dance dont on adorerait avoir des nouvelles plus souvent, eux qui, en proposant l’un des remixes de Drive font office de parrains d’un disque qui leur ressemble tant, dans une communauté de style et d’esprit.

La conduite de nuit a cela de particulier qu’elle fait défiler les kilomètres en semblant figer le temps, du crépuscule à l’aube. Si sur cet EP le temps s’est figé au virage des années 80/90 pour 122 North, Danny Provencher ne fait pas pour autant du surplace mais avance plein phare, régulateur enclenché, allure soutenue sur sa highway canadienne. Où va-t-il ? On ne le sait pas encore très bien mais ce premier trajet plus que convaincant quoique trop court appelle bien d’autres kilomètres bitumés à avaler. De nuit évidemment.

Tracklist
01. Drive
02. Better Stranger
03. Lost
04. Goodbye
05. Drive (Lauer Remix)
06. Drive (Highway Remix)
07. Drive (Love Dance Remix)
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