Qui en veut aux Rolling Stones ?

The Rolling Stones - Hackney DiamondsSacrée affaire que ce retour des Rolling Stones. Le nouveau single tiré du nouveau disque, Hackney Diamonds, qui sortira le 20 octobre, est plutôt bien troussé et s’appelle Angry. On y retrouve tout ce qui fait le sel de la formule originale du groupe : un Mick Jagger en voix/bois, des riffs monumentaux (de Keith Richards), une rythmique pas trop compliquée, et surtout un gimmick efficace. Le clip est plus surprenant dans une esthétique très années 80 et hard rock dans ses codes avec la décapotable rouge et la fille blonde et très très excitée qui se tord de plaisir supposé sur le capot et qui est « jouée » par la jeune actrice Sydney Sweeney.

 Il est de bon ton de dire des trucs intéressants, voire intelligents, sur ce retour alors on retiendra qu’il est finalement assez surprenant qu’on trouve surprenant que des types de 80 ans qui ont toujours chanté, joué de la guitare et dansé puissent encore le faire à 80 ans. Il y a toujours eu des vieux rockeurs, des vieux bluesmen, de vieux acteurs de théâtre et de vieux pruneaux présentateurs télé. Aussi ce qui est présenté comme un prodige n’en est peut-être pas un. Ce qui est plus amusant, c’est évidemment ce que raconte Jagger sur ce morceau, c’est-à-dire une plainte contre sa nana (?) qui le bat froid et fait la grève du sexe :

Don’t get angry with me
I never caused you no pain
I won’t be angry with you
But I can’t see straight (Yeah)
It hasn’t rained in a month, the river’s run dry
We haven’t made love and I wanna know why
Why you angry with me?
Why you angry?

On a beau savoir que les octogénaires ne pensent qu’à ça, on a toujours un peu de mal à imaginer que cela soit à ce point une préoccupation d’un type qui a du passer (à raison de 30 minutes par jour sur 70 ans) l’équivalent d’un ou deux ans non stop à faire l’amour. Mais quand même.

Pour le reste, Angry renvoie l’écriture de chansons à un savoir-faire artisanal qu’on maîtrise, en un certain sens, de l’apparition de la technique chez l’adolescent à sa mort. Comme le vélo… qui ne se désapprend pas ou la natation. Ce n’est pas très original. Reste la question déterminante : est-ce qu’il est possible qu’une composition rock de types de 80 ans nous bouleverse ? Ce qui pose la question du « c’était mieux avant ». Sur le principe, rien ne l’interdit. Il faudrait pour cela que la dynamique du titre et l’image projetée par ses interprètes soient en phase et produisent un « sens » quasi révolutionnaire. Rien ne s’y oppose en théorie mais cela semble assez peu probable avec les Stones qui ont déjà eu cet effet là (et on ne peut pas jouer les choses deux fois à l’identique) et dont les effets de manche sont usés. Il faudrait qu’apparaisse un groupe d’octogénaires qu’on ne connaît pas et qu’il joue une musique suffisamment surprenante et radicale pour ça. Certains ont connu ça avec Compay Segundo ou Sixto Rodriguez, dont le caractère bouleversant a été révélé sur le (très) tard. On attend encore le papy rockeur qui viendra nous faire autant d’effet que le premier jour où on a entendu les Smiths, les Beatles, The Cure ou Joy Division.

Ce jour là, le grand âge aura fait un grand bond en avant. En attendant, on s’amuse bien aussi en faisant semblant.

Lire aussi :
Charlie was a Rolling Stone

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Join the Conversation

4 Comments

  1. says: Daniel Joris-Vertommen

    On s’amuse bien aussi en faisant semblant… Conclusion culte pour un article qui est le plus intéressant que j’aie lu sur le sujet. J’étais déjà « là » quand les Stones ont sorti leur premier single (il figure toujours dans ma collection). Et je pleure (un peu de joie et un peu en souvenir nostalgiques de toutes ces années passées depuis lors) en écoutant « Angry » en vinyle 25 centimètres. Il est certain que je fais « un peu semblant » mais je n’ai aucune raison particulière de bouder ce petit plaisir de vieillesse…

  2. says: Hervé

    Bonjour Benjamin,
    J’ai le sentiment que ce que vous soulevez dans votre très bon petit article, c’est le problème de la longévité du rock et de sa crédibilité par rapport aux messages passés non ? (jeunesse, révolte, parents pas beaux, sex drugs & rnroll, etc etc). Le rock vieillit en effet comme le classique et le jazz qui sont aujourd’hui et comme par hasard des musiques de… vieux. Donc je pense que les Stones font très bien ce qu’ils ne savent faire que très bien : du blues-rock. Et ils ne s’en tiennent qu’à cela. En ce sens, je ne pense même pas qu’ils font « semblant ». Ils ont toujours été les brillants ouvriers spécialisés de l’usine du rock qui a produit d’autres calibres et d’autres prototypes aussi rutilants. Et c’est là où nous, « consommateurs », on fait peut-être semblant pour se donner l’illusion que leur talent est un éternel recommencement.
    Donc pourquoi s’ingénier à faire autre chose ? Sinon on s’appelle les Beatles et on change de braquet à chaque album… Le rock et la pop sont aussi traversés par ces génies de la transversalité ou ces besogneux talentueux qui soit changent de chemise à chaque occasion, soit ressortent le même jean’s impeccable… David Bowie vs. Status Quo ?
    Pour en revenir aux Stones, je pense qu’ils ont eux -mêmes conscience de ce temps qui passe et qui s’achèvera, car dans le clip même, passée la litanie des auto-hommages au groupe (« retromania » ?), on constate que la nuit arrive et que la fille arrête de danser…

    1. Parfaitement d’accord avec vous. Faire semblant c’est plus l’affaire des fans et de la critique qui feignent l’excitation ou l’hyper-excitation pour un single qui n’en demande sans doute pas tant. De l’autre côté, le groupe fabrique autant qu’il crée désormais. C’est une hypothèse, la création est provoquée… mais sait-on jamais. Est-ce que ce n’est pas finalement la même chose en 2022-2023 qu’en 1968-69, des types qui se rassemblent dans une pièce et jouent un truc ? Un gars qui cherche à la guitare. Ce sont les mêmes doigts après tout. C’est nous qui trouvons ça mieux ou moins bien, mais du point des Stones, c’est peut-être juste pareil en étant différent… le secret de l’éternité. Lorsqu’on regarde les images de Mc Cartney pendant le covid ou après alors qu’il compose : on croirait voir un gamin. Son expression n’est pas si différente de celle qu’il affichait à ses débuts.

Leave a comment
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *