The Divine Comedy / Loose Canon (Live in Europe2016-2017)
[Divine Comedy Records / PIAS]

7.9 Note de l'auteur
7.9

The Divine Comedy - Loose CanonLe cabotinage a toujours été la grande affaire de Neil Hannon, le leader omnipotent de Divine Comedy. A ses débuts, cela passait pour du génie et de l’audace insensée. Lors de ses premiers concerts (on y était), l’homme officiait, en petit format, avec l’aplomb et la sérénité de la superstar (indé) qu’il est devenu plus de dix ans plus tard.

Aujourd’hui, comme Alain Delon est une star au Japon, Neil Hannon est une star en Europe et en France principalement où il a pu mener ces dernières années des concerts de prestige dans un cadre (financier, d’exigences musicales, d’accompagnement) qui n’a plus grand chose à voir avec l’artisanat de ses débuts. En virée dans les salles classiques, les centre-ville, artiste chouchou des élites transgenres qui aiment s’encanailler sans risquer de heurter leur sacro-sainte sensibilité, Neil Hannon est devenu autre chose que l’histrion virevoltant, modeste et à l’ambition pourtant démesurée qui nous l’avait initialement rendu sympathique. Loose Canon vient saisir cette métamorphose et ce retour réussi. Après Bang Goes The Knighthood en 2010, Foreverland, album concept étouffant et boursouflé, sorti six ans plus tard, est venu ponctuer cet étrange et singulier changement de statut. Côté face, l’album représentait paradoxalement l’une des tentatives les moins réussies de l’artiste irlandais pour conjuguer émotion et grandiloquence, grands sentiments et intimisme. L’orchestration était embarrassante et le complexe de Napoléon surjoué tirait la chose vers le grand guignol. Côté pile,  la tournée a été un triomphe d’apparatchik et de musicalité. Flanqué d’un groupe à sa démesure, de pianos à queue (et à bretelles), de dorures et de costumes d’un autre temps, Neil Hannon a fait s’évanouir les femmes et frémir les hommes comme il en rêvait sûrement depuis des années.

De façon surprenante et presque inespérée, tout ce qui nous avait agacé pendant cette tournée disparaît (hé oui, il n’y a pas l’image sur un CD!) dans cette version live en 17 titres qui constitue ce Loose Canon indispensable. Le titre lui-même est bien choisi : le canon joue de son double sens, il tire des boulets comme il renvoie au « cœur » de l’œuvre, à ses classiques. Le loose dit l’idée d’émiettement et d’approximatif, mais aussi de relâchement qui nous semblait manquer à cette tournée d’ambassadeur. Le résultat est somptueux. Le son est épatant, la voix de Neil Hannon aussi incroyable qu’elle l’était sur scène, nettoyée (c’est le boulot) de ses imperfections et placée ici très en avant dans le mix. Cela donne aux chansons (et mêmes aux plus faibles) un impact qu’elle n’avait pas toujours sur scène, en même temps que cela enlève au précipité son côté grandiloquent et enrichi en crème Chantilly. Du coup, l’album est remarquable, balayant les époques et les hits avec une liberté et une maîtrise extraordinaires. On oublie volontiers les titres les plus faiblards du dernier album et ces histoires de conquête de Russie pour redécouvrir avec joie le snobisme critique de The Complete Banker, la désinvolture érotique de Generation Sex ou la cruauté adultère du somptueux Mutual Friend. Ainsi remis à leur place, les arrangements sont magnifiques, le groupe à la fois corseté dans une partition millimétrée mais aussi animé par une forme de vie propre qui nous avait échappé sur scène, tant la figure d’Hannon prédominait et écrasait le spectacle.

La captation permet de savourer les instants mélancoliques comme si Hannon était toujours ce gamin maladroit qui s’était révélé en 1983 avec l’album Liberation. Difficile d’échapper après toutes ces années au pouvoir et à la sensibilité d’un Lady Of A Certain Age subtil et à l’élégance merveilleuse, de ne pas s’enivrer encore et encore au son de The Drinking Song ou de ne pas retrouver ses vingt ans à l’écoute du final en apesanteur Tonight We Fly. Ce live réussit le prodige de permettre à ceux qui sont venus découvrir le phénomène de foire et satisfaire leur besoin de culture de retrouver les sensations qu’ils ont sûrement éprouvées avant de rentrer dans leur loft, comme aux nostalgiques de remonter le temps et de rêver à nouveau à tout ce qu’ils auraient pu faire.

Tracklist
01. How Can You Leave Me On My Own
02.  Napoleon Complex
03.  Catherine The Great
04.  Bad Ambassador
05.  To The Rescue
06.  The Complete Banker
07.  Bang Goes The Knighthood
08.  Generation Sex
09.  Our Mutual Friend
10. Funny Peculiar
11. A Lady Of A Certain Age
12. At The Indie Disco
13. I Like
14. National Express
15. Assume The Perpendicular
16. A Drinking Song
17. Tonight We Fly
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Ecrits aussi par Benjamin Berton

3 Comments

  • Ben non. On n’a pas écouté le même live. Le groupe qui tacheronne derrière la diva chétive n’est franchement pas à la hauteur des finesses que Neil Hannon savait commettre il y a encore une quinzaine d’années (Absent friends étant le dernier très bon disque de DC). On a affaire ici à des musiciens de second ordre, appliqués à la besogne mais sans saveur ni finesse. La rythmique en particulier est d’une fadeur confondante, elle empêche des morceaux comme To The Rescue, privés des cordes en live, de se hisser à des émotions nouvelles. La seule bonne surprise, finalement, c’est Napoleon Complex, décadent à souhait, qui sonnerait presque comme du Bowie 1974. On se demande d’ailleurs pourquoi il ne l’avait pas enregistrée de cette manière pour le trop propret Foreverland. Ma note : 5,5

    • Le même live sûrement Richard. Je ne sais pas si les musiciens sont de second ordre mais ils sont appliqués et jouent très sérieusement. Je suis d’accord avec vous, c’est sans imagination et avec trop de « garniture » à mon goût. Mais, comparé au vrai concert, que j’avais trouvé vraiment indigeste et pompeux, je trouve que le CD parce que l’accent est mis sur Hannon et pas tellement sur le faste de ce groupe de soutien permet de se concentrer un peu mieux sur les chansons. Et là, je retrouve la fragilité des débuts et l’intensité des « livraisons » du chanteur à de nombreuses reprises. Je n’aime pas Napoleon Complex mais je réécouterai ça selon votre angle de vue. Les meilleures années de Divine Comedy étaient selon moi lorsqu’il évoluait encore avec des moyens modestes, en groupe resserré de cordes et pas avec d’immenses ensembles qui aseptisent sa musique et disciplinent le côté orchestral. Est-ce dû à la qualité des interprètes ou au manque de souplesse et de décontraction de la formule ? Je n’ai pas étudié suffisamment la question pour savoir si les musiciens sont des musiciens fidèles, des amis ou des gens engagés pour l’occasion.

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