Scott McCloud (ex Girls Against Boys) enjôle Angers

Scott McCloud AngersLa tournée française de Scott McCloud a été assez peu médiatisée et c’est évidemment bien dommage dans la mesure où elle compte non seulement pas mal de dates (Angers et Tours sont derrière – restent La Rochelle le 12, Rennes le 13 et Poitiers le 14, tout de même) et permet d’apprécier “sur pied” et dans un cadre privilégié fait de pubs (comme à Angers), de petites salles, l’excellent nouvel et premier album de l’ancien chanteur de Girls Against Boys, Make It To Foreverdont on est tombés sous le charme dès la sortie.

L’ambiance angevine est telle qu’on pouvait si attendre, douce et paisible. La journée est ensoleillée, la soirée aussi. Les terrasses du quartier Saint Laud, en plein centre, sont superbes et pleines d’étudiants et d’étudiantes qui boivent et mangent dans les dizaines de restaurants du coin. Le samedi soir est ordinaire, heureux et c’est dans de très bonnes dispositions qu’on pénètre dans un Jokers Pub qui n’est, à cette heure (20H45), pas l’établissement le plus fréquenté du coin. La première salle est relativement déserte (quelques buveurs de bières) et la petite salle où se joue le concert pas encore garnie. Quinze minutes plus tard, à l’heure où débarque Mc Cloud, une bonne cinquantaine de personnes sont réunies pour “l’événement” : un seul moins de 20 ans, venu avec son père, et une majorité d’hommes entre deux (ou trois) âges, couples de quinquas ou quadra avancés, qui (compte tenu de la fréquentation des rues adjacentes par des milliers de jeunes gens frais et beaux comme les blés) démontre que (réponse multiple autorisée) la renommée du grand groupe qu’aura été Girls Against Boys durant une dizaine d’années entre 1992 et 2002 n’a probablement laissé qu’assez peu de traces dans la mémoire collective (française), que le nom de Scott Mc Cloud n’évoque absolument rien à personne… séparé de son groupe. Conformément à ce qui vaut dans le monde indé, les présents ont eu raison.

Mc Cloud débarque nonchalamment, guitare à la main. Veste sombre, ligne fine, tee shirt échancré au triangle abaissé par une paire de lunettes de soleil. Les chaussures sont noires et le jean serré, déchiré aux genoux, chose qu’on n’avait plus vue depuis quelques années, mais qui, semble-t-il, se pratique encore aux Etats-Unis (d’où vient le chanteur) et à Vienne (où il habite désormais). L’homme est beau (il l’était déjà dans les années 90 et en abusait parfois), élégant en diable, le cheveu grisonnant et suffisamment dru encore pour pouvoir oser une coupe conquérante et faire frissonner les spectateurs/spectatrices lorsqu’il s’installe sur le tabouret d’où il jouera pendant près d’1H30. Le set est divisé en trois parties qui s’entremêlent : une introduction “géographique” durant laquelle McCloud chante sur Amsterdam, New York, Prague, etc; quelques titres de l’album Make It To Forever, puis une séquence où il jouera deux reprises punk et au moins deux morceaux de Girls Against Boys. L’ensemble est lié par de larges interludes durant lesquels McCloud prend le soin de contextualiser les titres, de les expliquer, de raconter des anecdotes savoureuses et de tout mettre en perspective. Ces échanges renforcent le caractère intimiste de la performance acoustique et enrichissent fortement la relation avec le public qui n’est pas nécessairement familier de tout ça. Le tout est passionnant, magique, d’une fluidité remarquable et exécuté dans une ambiance de confort et de séduction qui rend la prestation inestimable. Entre les morceaux, personne ne parle. Certains et certaines applaudissent bien sûr. Le public est studieux. Une femme remercie et c’est ce sentiment de gratitude et de chaleur humaine qui occupe l’espace exigu entre le chanteur et le public quand revient le silence.

Le jeu de guitares de McCloud est habile, vif, dynamique et ne ralentira vraiment la cadence que sur les morceaux downtempo de son album solo, Make It Forever ou Come Around. Il explique d’où vient cet album (de Grèce), que c’est un album qui s’attache aux souvenirs (celui de son rêve d’enfant qui voulait aller dans l’espace avec Spaceship), aux pas d’une ancienne petite amie, aux souvenirs de tournées. Ce rapport au temps est évidemment (et comme souvent désormais avec nos artistes d’un “certain âge”) au coeur du set. McCloud revient parfois sur ses souvenirs de tournée avec Girls Against Boys, sur le succès qu’il a fait plus que toucher du doigt le groupe ayant joué à son apogée dans les plus grands festivals du monde, sur des scènes incroyables. Le type a été une rock star. Il l’a été dans un contexte frénétique où il y avait (encore) de l’alcool, des fiestas, des filles. Il chante ainsi Girls of Prague, une chanson un peu datée mais assez belle qui lui servait à conquérir des nanas quand il jouait (assez souvent) là-bas. Plus loin, il raconte en parlant de son asile de coeur à Amsterdam une longue anecdote sur une course-poursuite à Saint-Pétersbourg où il faillit se faire égorger par des voleurs et finit à demi-bourré au commissariat local.

Scott McCloud concert Angers

La voix qu’on avait fréquentée assidûment à l’époque de Venus Luxure n°1 Baby, le deuxième album du groupe, et de Cruise (le 3ème en 1994), émergeait alors éraillée et cassée d’un boucan somptueux mi-hardcore, mi-rock, bouillant et digne de cette scène de Washington de l’époque avec sa moitié venue de Fugazi et l’autre (McCloud et Temple, des pirates soniques de Soulside). Quasiment trente ans plus tard, elle a toujours ce même grain rugueux et épais que l’accompagnement acoustique rend profond et chargé d’une émotion fébrile. C’est cette voix très masculine mais quelque peu vieillie qui touche et tire la prestation vers une densité folk rock qui va à merveille au bonhomme. Les morceaux s’enchaînent sans temps mort, jouant des tempos et des rythmes pour maintenir l’intérêt. Une reprise du Search and Destroy des Stooges fait forte impression. McCloud insistera sur la sensibilité du punk et répète avec beaucoup de douceur la plainte d’Iggy : “I’m the world’s forgotten boy.

On éprouvera le même genre d’émotion avec deux morceaux de son ancien groupe, BFF et Bullet Proof Cupid . 

It’s great to be a rock n roll star
No matter where you are

… qui constituent, par leur vivacité et les souvenirs de tornade soniques qu’ils éveillent, l’un des sommets du set. Après 1H20-1H30, McCloud s’excuse d’être parfois trop long et se retire sous les applaudissements. La soirée chantée et contée s’achève avec le presque regret de n’avoir pas entendu certaines chansons parmi nos favorites du dernier disque et aussi de plus anciennes. C’est plutôt une frustration saine, quand on assiste à des concerts de cette sorte, une frustration aimable et précieuse qui donne envie d’y retourner et de revoir cet outsider magnifique prochainement. On ne conseillera que trop d’aller remplir les salles rennaise, rochelaise et poitevine qui l’accueillent cette semaine, en attendant une virée parisienne promise avant la fin de l’année.

Photos : Fabienne Bonomelli

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