[Playlist] – In The Trip #21

Playlist In The Trip #21« September’s Not So Far Away » annonçait The Field Mice en 1991. « Septembre en attendant » clamait quelques années plus tard Noir Désir. Et l’attente perdure en cet été 2026. C’est avec l’impatience de ceux qui sont en état de survie qu’on attend d’en arriver au mois de la rentrée pour clore la saison estivale, avec le fol espoir d’en finir avec la canicule, la sécheresse et l’enfermement. Et puis, ensuite, quoi ? On remet les compteurs à zéro, on reprend le chemin du quotidien, on remplit de nouveau le poêle à mazout ? Il faudra probablement un peu de temps pour réfléchir à tout ça. Pour commencer, on peut s’étourdir avec quelques nouveautés musicales énergiques, insouciantes, étourdissantes, avant de passer à ceux qui préfèrent les lignes de fuite et distillent le spleen.

01 – Westside Cowboy / Kick Stones (The Boys)

Puisque la rumeur enfle en les annonçant comme les nouvelles têtes de gondole, alors commençons par eux. Eux, c’est Westside Cowboy, un nouveau groupe en provenance de Manchester (une autre provenance géographique eut été décevante), annoncé comme « the next big thing ». Et dans ces cas-là, les comparaisons vont bon train et on cite tout et n’importe quoi. Enfin, pas n’importe qui, mais pas forcément en adéquation musicale, juste pour appâter le chaland. En sachant raison gardée, il faut reconnaître que le quatuor livre un bel album de rock énergique, bien élevé, judicieusement produit et surtout bourré d’énergie positive comme l’atteste ce single malicieux, tendu mais lumineux, avec sa mélodie à tiroirs.

02 – Alphabet / Sense

En comparaison, ceux-là ne sont pas (encore ?) rentrés dans le spectre de tous les radars. Mais Alphabet pourrait rapidement voir sa côte de popularité grimper. Ces Londoniens font en effet preuve d’une belle maturité sur ce qui n’est que leur septième composition (avec un nom aussi commun, pas évident de pister le groupe sur le net). Par les intonations et le phrasé, dans le creux duquel se love une belle ligne vocale féminine, on perçoit sans faillir une filiation scandinave, incarnée par The Mary Onettes et Shout Out Louds. Soit autant de gage de qualités !

03 – The Drums x Mareux / It Didn’t Matter

Au rang des collaborations qui ne coulent pas de source, l’alliance des désormais iconiques The Drums (ça fait quand même dix-huit années que Jonny Pierce excelle plus ou moins en solo) avec le prolifique Mareux, dont la notoriété ne fait que gonfler, est une surprise excitante. Bien évidemment, avec la présence de ce dernier, la production électro-sautillante est ultra léchée, précise et puissante, et en l’occurrence, cela fait un merveilleux contre-point à la mélodie éplorée du torturé New-Yorkais. Un nouvel hymne pour chialer sur le dancefloor.

04 – Systems Officer / Deep Blue

Alors que cela fait des mois qu’on essaie de pouvoir enfin écouter les dernières productions de Systems Officer, uniquement disponibles jusqu’à cet été en vinyle à tirage ultra limité (et à prix d’or à cause des frais douanes trumpiens), sans diffusion en numérique, voilà que Armistead Burwell Smith IV dit Zach Smith (c’est vrai que c’est plus commode !), moitié des mythiques Pinback et membre des importants Three Mile Pilote, donne enfin accès à ces productions avec ses productions sous le nom de Systems Officer. Et non content de divulguer donc ces deux derniers albums (My Traps Your Mazes et Upstairs Downstairs, officiellement réalisés tous deux en 2025), l’Américain divulgue en sus un extrait d’un EP quatre titres à paraitre très prochainement. Voilà qui fait beaucoup à apprécier d’un coup, mais on avance en terrain déjà connu et reconnu pour ceux qui ont gouté à ses précédents projets.

05 – GRAZER / Paradise

Back to the future. Grazer est une incongruité temporelle qu’on refuse de dénigrer, un anachronisme puissamment évocateur pour qui affectionne la jangly-pop qu’incarnaient les productions du label Sarah Records. Tout y est, de la ligne de chant à deux, aux chœurs mignons tout plein, en passant par le piqué de guitare aigrelette soutenue par une autre carillonnante avec une rythmique pantouflarde. Rien de nouveau ? Non. Mais qu’est-ce que c’est bien et c’est encore une fois distillé par Spirit Goth Records.

06 – Josh Da Costa / Skygirl

On avait adoré son projet CMON, auteur à ce jour d’un unique album (Confusing Mix of Nation – 2022) dont on espère toujours la suite. Alors bien évidemment, on accueille avec gourmandise le premier album sous son nom de Josh Da Costa (Skygirl à paraître sur Stones Throw). Le gars, qui jouait aussi dans Regal Degal, a joué avec plein d’autres, se nourrissant de sa petite popularité dans l’entre soi new-yorkais, comme Jorge Elbrecht (Violens et 50 000 autres projets). Comme plein d’autres. Il y a fort à parier qu’il réapparaîtra d’ailleurs d’ici quelques temps sous un autre nom, dans une autre configuration. En attendant, il met sa mélodie chewing-gum dans une machine à laver efficace contre la morosité quotidienne.

07 – Acid Ghost / The Dreamlife of Angels

Attention, avec Acid Ghost, ça pue la bière éventée, le tabac froid, la désillusion sentimentale et les embrouilles. C’est une habitude. Paroles écrites au fusain, mine de lendemain de cuite qui a mal tourné, production lo-fi autour d’une guitare rêche, ligne de piano joué à un doigt comme dans un bar de Twin Peaks. Ace Barcelon ne semble jamais avoir eu le sourire aux lèvres en voyant le soleil se lever sur la baie de San Francisco. D’ailleurs, en découvrant ce qui se dit sur son compte, on ne sait comment il faut interpréter sa réapparition après sa mise en accusation pour de sordides histoire de mœurs. On en restera donc à l’œuvre et non à la personne.

08 – Tricky / Paris Maybe (featuring Micth Sanders)

Dans le genre “casiers judiciaires bien remplis”, le revenant Tricky est aussi un bon client. Repenti – plus ou moins ? – mais plus à vif que jamais depuis la disparition de sa fille. Son nouvel album, le quinzième en plus de trente ans d’une carrière qui l’a vu passer des bas-fonds aux projecteurs de l’embrasement trip-hop avant de préférer se planquer au sein de divers projets, est particulièrement lugubre. Dans ce cloaque dans lequel surnage trip-hop poisseux, blues bancal, slowcore vachard, on retient en premier lieu ce rêve parisien porté par le chant écorché de Mitch Sanders, un jeune homme issu des mêmes quartiers de Bristol qui donne la réplique à la voix d’outre-tombe du vieux « Kid de Bristol ».

09 – LA Priest / Ever No

Le choix d’un nom de scène est un élément déterminant dans une carrière. Et là, en l’occurrence, on est dans un cas d’école. Après l’arrêt de son projet Late Of The Pier, Samuel Eastgate décide en 2015 de se lancer en solo derrière le nom de LA Priest. Pourquoi pas, mais ce n’est pas vraiment discriminant et pas de bol, peu de temps après quatre Anglais optent pour celui de TV Priest. Tout le monde s’emmêle les pinceaux, leurs productions étant dans un registre loin d’être aux antipodes les unes des autres entre aspirations alt-rock barré et traitement électronique plus ou moins poussé, plus ou moins chaloupé. Et la confusion va encore perdurer, leurs prochains albums respectifs sortant peu ou prou encore en même temps. Pour en revenir à LA Priest, ce sera encore sur Domino, avec un disque fait de bric et de broc, dans lequel on trouve quelques compositions viciées.

10 – French Police / Reptile

Allez, il est temps de sortir le chien et de le laisser aboyer à la vue de ces connards de voisins. Et s’ils ne déguerpissent pas, on pousse le son pour les effrayer avec la sécheresse de la boite à rythmes, la guitare incisive et le chant laid-back de French Police. Ça marche aussi en fin de soirée pour faire partir les copains qui s’agrippent encore au canapé du salon. Le groupe composé des frangins Flores et de Jose Vega, aidés manifestement par un chien, excelle pour délivrer des compositions viciées et vicieuses, en s’appropriant les fantômes des 80’s, avec des mélodies fuyantes qui prennent systématiquement les voies secondaires au premier croisement. Sur la foi de cette marque de fabrique, le groupe de Chicago est en train de s’imposer résolument comme l’une des figures importantes de la gothosphère, et on aimerait bien pouvoir les voir en Europe dans leur tournée commune avec Social Order.

11 – Miaw / Moving In

Partir en voyage dans un lieu inconnu est toujours une bonne occasion pour s’intéresser à la scène locale. Mais en prenant la destination du Danemark, on aura bien eu du mal à faire des découvertes excitantes, une fois écartées les quelques têtes d’affiche déjà connues (Trentemøller, Efterklang, The Raveonettes, Iceage, WhoMadeWho, …). Immanquablement tout revient à la diva Agnes Obel dont on se sera fadé un grand nombre de clones, bien souvent trop polis et formatés, souvent peu inspirés et rarement incarnés, avant d’arriver enfin à découvrir Miaw, duo basé à Copenhague mais dont la chanteuse s’avère finalement être… néerlandaise ! Las, apprécions ce que le groupe appelle lui-même « fast dreamwave », soit un mélange d’influence électro (les breakbeats, les glitchs) et de shoegaze.

12 – Lehans / Frio En Mi Corazon

Les années passent, mais Too Good To Be True s’applique toujours à accorder sa confiance à certains artistes au fil de leur pérégrination musicale, comme un jeu de pistes. Mais avant tout et surtout, le label brestois aime les découvertes et les faire partager, en se portant au chevet de nouveaux artistes. Dans cette catégorie, c’est Lehans, musicien et producteur chilien, qui arrive jusqu’à nous à l’occasion d’une collaboration pour son nouvel album Ducal. Cristobal García y développe une synth-pop nostalgique de bonne facture. Si les synthétiseurs vintages et les mélodies cotonneuses renvoient à des influences classiques comme Pet Shop Boys, le chant en espagnol y apporte une touche d’exotisme.

13 – The New Division & Podsongs / Idols

La découverte synthwave / new-wave des dernières semaines se nomme The New Division. Pourtant, ça fait déjà plus décennie que le quatuor californien sévit, et il compte déjà une discographie bien fournie, avec six albums et de très nombreux formats plus courts. A l’occasion de leur nouveau single clairement référencé Depeche Mode, ils se sont associés à Podsongs, un drôle de trio italien dont le crédo est de développer des collaborations tous azimuts. Dans le lot, ils ont collaboré ainsi avec A Place To Bury Strangers … comme des artistes americana ou de folk italien ! Mais ici, pas de surprise, tout est sous contrôle.

14 – Layzi / iingo

Grâce à Spirit Goth Records, une nouvelle fois, on fait une chouette découverte, aujourd’hui Layzi, sur la foi de trois titres réunis sur un EP digital. Bien qu’affublé d’un très vilain visuel, If I Never Go Outside (compressé en en énigmatique « iingo ») laisse entendre les délicates compositions bedroom-pop de Carissa Myre. La jeune femme avait déjà réalisé un premier mini-album ultraconfidentiel (qui est pourtant référencé au catalogue de Born Losers Records, label qu’on suit avec attention dans le sillage de Jaguar Sun, Johnny Dynamite ou encore Sculpture Club). Publié en 2024, elle s’inscrivait alors dans les pas de Snail Mail ou Soccer Mommy dans un formule pop-rock. Sur cette nouvelle composition, l’auto-dictate native de Boston opte pour une voie plus acoustique pour servir des compositions qui gagnent ainsi en profondeur et en retenue.

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