New Labour / Shall We Pray, Dear?
Air Belgrade / Mutually Assured Destruction
[Too Good To Be True]

7 Note de l'auteur
7

New Labour - Shall We Pray, Dear?Décidément, Too Good To Be True n’a pas l’intention de faire les choses comme les autres. S’il est encore assez courant de sortir simultanément deux disques, admettez par contre qu’il est assez peu commun qu’ils soient signés par deux avatars distincts du même musicien, l’australien Caleb Carr. Lorsque le même label brestois sort en juin 2022 Dénouement : The Art Of English Summer, première et unique sortie physique de cette entité sous laquelle Caleb Carr enregistre depuis quelques années, il est déjà passé à autre chose. Arrivera alors, mais plus tard, New Labour dont Shall We Pray, Dear? est une compilation de 17 titres abandonnés à qui voulait bien les entendre sur la désormais incontournable plateforme Bandcamp, de juin 2023 à novembre 2023. C’est ainsi que les choses fonctionnent dorénavant, on le sait : les musiciens enregistrent un, deux, trois titres et les publient directement sous forme de singles ou de EP. Ça n’étonnera d’ailleurs personne qu’entre-temps, depuis la décision de regrouper ces premiers titres sur un support physique et jusqu’à très récemment, une demi-douzaine de nouvelles productions de New Labour se soient rajoutées à la collection, tout aussi disponibles directement en ligne. Ainsi va la vie des stakhanovistes de l’écriture de chansons ; c’est peu de le dire.

Air Belgrade - Mutually Assured DestructionCar, secrètement ou du moins le plus discrètement du monde, l’australien ne cesse d’enregistrer en multipliant les avatars, pour certains pratiquement inconnus tant Caleb Carr cultive en plus de cette hyperactivité créatrice une relative discrétion sociale, laissant aux algorithmes et au bouche à oreille le soin de diffuser sa musique. C’est ainsi qu’est apparu un peu par surprise le projet Air Belgrade mené avec Susan Ann Messner (également membre de New Labour) dont Mutually Assured Destruction est cette fois un véritable premier album, dans le sens conçu et publié comme tel et même si, là encore, plusieurs autres nouveaux morceaux ont depuis pris la route de la toile.

Deux musiciens (même si deux autres complètent parfois le line-up de New Labour), deux entités actives qui ne cessent de produire de nouveaux titres, deux disques simultanés : quels genres de musiques se cachent donc derrière Shall We Pray, Dear ? et Mutually Assured Destruction ? Sans doute aurait-on aimé que les différences entre les deux entités soient plus marquées. Elles le sont probablement pour Caleb Carr, à quoi bon sinon, mais comme chez English Summer il y a deux ans, c’est avant tout l’amour obsessionnel de l’australien pour l’univers post-punk britannique des années 1980 voire 90 qui ressort de façon à la fois limpide mais aussi un peu confuse. Limpide parce, comme souvent, la frontière entre copie, hommage et inspiration est souvent ténue ; d’où la confusion induite par un artiste qui n’aime rien tant que de brouiller les pistes. Puisque le diable se cache dans les détails, tout au plus peut-on estimer que New Labour est un projet 100% Factory directement inspiré de The Wake, eux-mêmes alors très proches sur Harmony et plus encore Here Comes Everybody de l’esthétique d’un New Order débutant avec un Movement immédiatement essentiel tandis qu’Air Belgrade, sans vraiment s’éloigner de cette sensibilité, introduit aussi une dimension un peu plus dreampop dont le label a fait sa marque de fabrique à travers Moscow Olympics notamment.

Bien sûr, une telle hyper-productivité à ce point référencée peut interroger de façon assez légitime. On n’est jamais les derniers à se plaindre d’une surabondance de musique, de la difficulté, plus que jamais, de suivre le rythme effréné de sorties qui ne passent plus par aucun filtre. Peut-être alors que Caleb Carr serait bien inspiré de s’entourer quelques peu (à l’enregistrement, à la production) pour l’aider à prendre du recul, faire du tri dans ses idées, certaines étant plutôt très bonnes quand d’autres sentent vraiment un peu trop le réchauffé. Mais le veut-il vraiment ? Sans doute que non et après tout, personne ne met le couteau sous la gorge de quiconque et ces moyens de diffusion actuels permettent justement de se faire une idée précise de ce dont il s’agit avant, éventuellement mais ça n’est sans doute plus le cœur de la question, d’investir quelques menues monnaies pour soutenir l’artiste par l’acquisition de fichiers numériques voire, ici, d’une édition physique.

On l’aura en tout cas compris, ça n’est ni chez New Labour, ni chez Air Belgrade qu’on ira chercher une musique novatrice faite d’influences diverses et bien digérées d’autant que Caleb Carr, sans détour, entend parfaitement assumer la musique qu’il produit ; et plutôt bien. Car c’est du coup ce qui fait le véritable intérêt de ces deux disques, cette capacité, une fois le deuil de chercher quelque chose de novateur passé, de proposer deux collections de chansons fort bien troussées à travers lesquelles se célèbre la persévérance de sonorités adorées qui n’ont pas fini de marquer l’époque contemporaine. Comme si, à l’image d’autre familles musicales (classique, folk…) pour lesquelles les procès d’intention n’ont pas lieu d’être, le son Factory était tombé dans un domaine public libre de droits. Si on sait tous qui sont véritablement les patrons du genre, à aucun moment à l’écoute de ces deux disques ne survient un excès de nostalgie ou de passéisme malsain. On profite alors en toute simplicité de ces morceaux rythmés et le plus souvent enjoués qui, pour certains, évoquent aussi des thématiques plus sombres et intimistes sans trop se poser de question et si tout cela réveille en plus l’envie d’aller réécouter The Wake, on ne voit vraiment plus quel pourrait être le problème.

Il faut donc prendre Shall We Pray, Dear ? et Mutually Assured Destruction pour ce qu’ils sont et rien de plus : sans doute pas les albums de l’année mais de chouettes compagnons du moment dont on sait, au vu de leur intemporalité, qu’on pourra les réécouter sans peine mais avec plaisir au fil des années. Si on en a entendu des sottises depuis 40 ans sur la mort du rock ou la vacuité de la new wave, force est de constater que ce mariage entre les guitares et les synthétiseurs traverse les âges et, à leur façon, New Labour et Air Belgrade célèbrent ces noces d’émeraude d’ailleurs une fois de plus joliment mises en fête par le label à travers le soin apporté au design de ces deux sorties. Pas besoin de carton d’invitation, tout le monde est convié.

Tracklist Shall We Pray, Dear?
01. Waiting Grounds
02. Coronation
03. Death Rattle
04. A Ghost Story
05. The War Will Begin In Secret
06. The Six-Hundred
07. The Stars My Destination
08. The Aesthetics Of Power
09. Your Beautiful Hatred
10. Proud Prophet
11. Dream Thief
12. Mourning Colours
13. The Language Of Flowers
14. Houses Of Parliament
15. Her Smile
16. The Convincts
17. Crime & Punishment
Tracklist Mutually Assured Destruction
01. How To Destroy Everything
02. Half A World Away
03. Leave Me Spinning
04. Progression
05. Mutually Assured Destruction
06. Sochi
07. Ode To Winter
08. Party Time
09. Postcards From The Eastern Bloc
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