My Raining Stars / Toy Club
[Too Good To Be True / Shelflife]

8 Note de l'auteur
8

My Raining Stars - Toy ClubC’est chic, c’est français messieurs-dames (épisode 3/3)

Thierry Haliniak vient d’Auxerre ; comme quoi il n’y a fort heureusement aucune règle géographique régissant la capacité des uns et des autres à produire de belles choses depuis n’importe quel coin du pays. Pourtant, Toy Club, son nouvel album sous le nom de My Raining Stars que sortent conjointement les correspondants transatlantiques Too Good To Be True et Shelflife nous renvoie au Lyon des années 1990. Quand il débarque à la grande ville en provenance d’un village aux confins de la Nièvre et de l’Yonne, l’adulescent et ses t-shirts Stone Roses se sent forcément un peu moins seul d’autant que sa fréquentation assidue du Toy Club va l’amener à rencontrer de futurs amis de 35 ans et intégrer son premier groupe à l’influence impeccable, Nothing To Be Done. On en retrouve encore trace sur une compilation cassette de l’époque, Des Gens Simples, sortie par l’antique label cold brestois Ora Pro Nobis et qui (ça c’est vraiment pour l’anecdote estivale), introduisait les toutes premières démos d’un revenant local, Christophe Miossec. De son propre aveu peu doué ni trop sûr de lui, Thierry Haliniak se fera vite sortir du groupe et attendra encore une quinzaine d’années avant de sortir ses propres morceaux sur son premier album, From St Saviour To Quickwell.

Le rappel historique n’a rien d’anodin : comme son titre le laisse entendre, Toy Club est non seulement un retour aux sources lyonnaises assumé mais renvoie surtout à un processus créatif qui fait la part belle à Didier Frahier, aussi connu sous le nom de E-grand. Celui-là même qui l’a viré de son premier groupe est resté un ami suffisamment proche pour lui confier les rênes de ce nouvel album : Thierry Haliniak écrit et compose, enregistre des versions déjà abouties avec l’aide de son habituel comparse danois Casper Iskov à la basse et la batterie puis laisse carte blanche à son ami pour réenregistrer à sa façon toutes les parties de guitares et de claviers. Un étonnant travail collaboratif dont le résultat tranche quelque peu avec le précédent, Momentum, sorti l’an passé, mais surtout une confiance absolue qui débouche sur une démarche sincère et régénérante.

Pour autant, l’heure n’est pas à la révolution : les amis partagent ce même goût indéfectible pour le rock anglais des années 1990, un peu noisy, un peu brit et ça n’est pas le mastering signé Mark Gardener qui risque de propulser ces neuf titres dans un univers radicalement différent. Les canons sont respectés, entre mélodies limpides et enlevées, guitares claires qui étincellent sans jamais rechigner, à l’occasion, à se cabrer pour mieux se distordre sans s’époumoner non plus. Le terrain est conquis d’avance, non sans nostalgie, c’est vrai. Et puis ? Qu’y aurait-il de mal à ce qu’une poignée de jolies chansons soigneusement ficelées avec goût viennent rappeler l’intemporalité d’un genre qui, ça n’était pas gagné d’avance, traverse les époques grâce à de jeunes pousses admiratives ou ici des vétérans encore plein d’envie ?

Alors, de la même façon que les pop kids lyonnais se déhanchaient sans fin au Toy Club, on se laisse emporter par les beaux moments de ce disque. Si on connaissait déjà le chouette single Fine qui plantait le décor tout entier, la plupart des huit autres titres n’est pas en reste comme le particulièrement lumineux Kind of Light ou ce In His Heart qui touche droit au cœur. On appréciera tout autant la rythmique ronde et baggy de Silent Girl que les guitares toutes droit sorties du Songs From Northern Britain d’It Will Take Me A While, sans aucun doute la plus belle réussite de ce disque. Quant à Till The Time Comes To Leave, elle s’impose sans peine dans son rôle de redescente efficace de fin d’album malgré quelques bavardages superflus.

My Raining Stars n’a jamais rien prétendu et pourtant, Thierry Haliniak se constitue sans doute sur le tard une discographie plus qu’honorable qui parvient à convaincre sans peine un public international (pop) de plus en plus large, allant jusqu’à s’offrir les faveurs d’un label historique du genre à la réputation bien affirmée tel que peut l’être Shelflife. Le temps file, l’auxerrois le sait bien et son rythme frénétique de compositions et de sorties est sans doute une façon de rattraper un peu du temps passé à autre chose alors qu’au fond, il était écrit que faire du rock était le plus chouette des passe-temps. Ça, nul doute que le jeune icaunais débarqué un soir pour la première fois au Toy Club le savait déjà pertinemment.

Tracklist :
01. Wherever
02. Kind of Light
03. Silent Girl
04. In His Heart
05. Fine
06. It Will Take Me a While
07. Priceless
08. As Far Back
09. Till The Time Comes to Leave

Liens :
Le groupe sur Discogs
Le groupe sur Facebook
Le groupe sur Instagram
Le site du label

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