Eugene O’Connor/Cheetah Chrome réduit définitivement le son (1955-2026)

Eugene O'Connor / Cheetah ChromeAu moins il n’entendra plus parler de Céline Dion. La référence est grotesque si on la rapporte à la stature du personnage, mais le décès de Cheetah Chrome, Eugène O’Connor de son vrai nom, a en soi un petit quelque chose de surréaliste qui tient au caractère cocasse de son sobriquet/nom de scène et au statut quelque peu mythologique que le gaillard s’est construit à travers les âges.

Pour dire la chose simplement, Cheetah Chrome était l’un des premiers punks au monde. On a raconté déjà un peu de son histoire à travers notre chanson culte consacrée au tube qu’il a composé et qui restera probablement comme LE morceau de légende du bonhomme : le Sonic Reducer coécrit avec l’alors surnommé Crocus Behemoth, le leader des éphémères Rocket From The Tombs, plus connu par la suite en tant que David Thomas, chanteur et leader du Pere Ubu. Sonic Reducer est l’oeuvre d’un rouquin au visage de gosse, accroché au manche infiniment long de sa guitare, et qui tient au bout de son fret/canon des accords qui sont prêts à faire vaciller le monde. L’assaut est brutal, franc du collier, unique en son genre et O’Connor signe avec lui l’un des morceaux les plus importants de toute l’histoire du rock américain… , l’un de ceux dont ne se souviendront que celles et ceux qui ont l’habitude d’aller voir derrière l’histoire officielle ce qui s’est réellement passé. Après RFTT, l’ami Cheetah s’allie durablement avec un autre outsider, le chanteur Stiv Bators, avec lequel il fait équipe au sein des Dead Boys. Les deux hommes et leurs comparses migrent de Cleveland à New York où ils intègrent l’effervescente scène qui gravite autour des Ramones. Le jeu solide et inventif de Chrome, la folie provocatrice de Bators font des étincelles et les transforment assez vite en une attraction des plus recherchées dans une scène qui compte pas mal d’outrances déjà. Mais la musique est bonne. Elle ne dure pas. L’espace de deux ou trois ans, tout ce petit monde se consume. Young, Loud and Snotty le premier album des Dead Boys sort en 1977 et reste un monument, vibrant, sexuel et imparfait. Cheetah incarne à la perfection le rôle qu’on veut bien lui confier : celle du punk avec le look de l’emploi et l’attirail qui va avec, y compris une forme de bêtise. Mais c’est sous-estimer le gaillard qui n’a rien à voir avec Sid Vicious et la bonne centaine de musiciens de l’époque qui finira sous terre avant l’âge de trente ans. Chrome a la constitution vigoureuse et un instinct de survie exceptionnel qui lui vaudront de ne mourir qu’en 2026, même s’il multiplie les overdoses et raconte dans son autobiographie assez savoureuse sur la période – mais plutôt chiante par la suite – qu’il a été déclaré mort… à trois reprises.

On peut considérer qu’à la fin des années 70, Cheetah Chrome a donné à l’histoire ce qu’il devait lui donner. Le reste est peut-être moins brillant mais témoigne de la capacité du bonhomme à vieillir et aussi à survivre ce qui, à cette époque et dans cette faune là, n’est pas donné à tout le monde et témoigne d’une grande intelligence.

Le guitariste passe par diverses phases d’hibernation. Il trouve des alliances de circonstance et livre quelques riffs sympa mais quelque peu gras aux entournures. Son bouquin Cheetah Chrome, a dead boy tale, from the front line of punk rock, a un titre qui résume parfaitement sa vie. Cheetah a chargé en première ligne et cela ne lui aura pas si mal réussi même s’il quitte le champ de bataille à seulement 71 ans. Cette aventure là est sans équivalent dans l’histoire du XXème siècle. Cheetah est l’homme qui a vu l’homme qui a vu le punk. C’était accessoirement l’un des derniers survivants de cette époque là et de ce gabarit. Il reste Patti Smith peut-être qui a démarré encore un peu avant. Cheetah portait dans sa jeunesse un collier de chien au cou. Avant d’être Chrome, il se faisait aussi appeler Cheetah Puke. Cheetah Dégueulis. En dehors de la scène, il était plutôt sympa et, selon certains, pas forcément très téméraire.

Ne comptez pas sur nous pour vous dire pourquoi on l’appelait Cheetah.

Photo par Joe Mabel, CC BY-SA 3.0, Lien

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