Antoine Hénaut : faut-il VRAIMENT avoir la cool attitude pour emm**der Daesh ?

Antoine HénautOn aura beau essayer mais on ne se réinventera pas totalement. Malgré l’air du temps qui nous force à booster notre sociabilité, à aller prendre des pots en terrasse,  et à surjouer l’amour et la joie de vivre, il n’est pas certain que, même pour emmerder Daesh et ses porte-flingues, on puisse feindre l’allégresse musicale au point de trouver le nouveau single d’Antoine Hénaut, salutaire et vivifiant. On aurait beaucoup aimé dire du bien de ce La vie s’écoule qui ferait un hymne parfait pour cette fin d’année et du jeune chanteur Belge, parce qu’il est à la fois sympathique, bon parolier et bien bâti vocalement mais on y arrivera pas tout à fait.

Antoine Hénaut, dont l’album Quelqu’un de bien, sorti en 2011, est très fréquentable et sûrement ce qui est arrivé de plus sympathique à la variété franchouille depuis l’invention de Jacques Dutronc. Entre Annegarn (pour le jeu de guitares et la légèreté), Matthieu Boogaerts (pour l’humour et la ressemblance avec… Dick Annegarn) et malheureusement Vincent Delerm (pour la manière de disséquer avec humour et distance le quotidien), la chanson d’Antoine Hénaut oscille entre le Bien et le Mal, tel Annakin Skywalker, le cul assis entre deux chaises, ne sachant quel côté de la Force il embrassera. La vie s’écoule, cool, cool présente tous les symptômes de la musique « feelgood » qui peut aussi bien consoler cinq minutes, ramener le sourire sur un visage fermé et faire aimer la vie que (pour les trois semaines qui suivent) donner de l’urticaire et une sérieuse envie de se pendre à une poutre hi-fi qui diffuserait du Julien Doré en permanence.

La musique d’Antoine Hénaut est emblématique du grand écart de la variété française entre son extrême intelligence et la répulsion/attraction qu’elle suscite quand elle prend ses tours bobo-populaires là. Il est possible que le monde, compte tenu des circonstances, ait besoin de cette sophistication et de cette (im)pertinente légèreté mais on lui préférera toujours une gravité rustique et un bon uppercut rock n’roll, même s’il est mal mis ou moins bien fichu.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Rature / Les Oubliés d’Okpoland
[The Orchard Music / Atypeek Music]

Alors que le groupe entame sa deuxième décennie d’existence, les Rature livrent...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *