David Berman est mort à 52 ans

David Berman

Alors qu’on s’apprêtait à s’enthousiasmer pour son retour à la musique, à travers la chronique de Purple Mountains, sorti le 12 juillet, un tweet du label Drag City est venu confirmer la triste nouvelle : le poète chanteur David Berman a été retrouvé mort à l’âge de 52 ans. Ce décès sonne la fin d’une des aventures les plus originales du rock indépendant de ces 25 ans dernières années. Avec son registre vocal limité, son amour inconsidéré pour un folk bringuebalant mais aussi aérien et fougueux, et surtout ses talents de poète exceptionnels, David Berman avait donné des couleurs originales et singulières au rock indépendant américain des années 90.

Associé à Stephen Malkmus et Bob Nastanovich qui prospéreraient ensuite au sein de Pavement, les Silver Jews de Berman enchaînaient quatre livraisons exceptionnelles entre le beau Starlite Walker (en 1994) et Bright Flight (en 2001). Des disques sombres mais drôles, américains et juifs aussi dans la manière d’arranger les sons et de fouiller l’âme au scalpel. Berman était un poète naturaliste et un adepte d’une autofiction amère, chantée avec le sourire (sardonique et cruel) aux lèvres, une poésie finalement sentimentale, marquée par son histoire avec son épouse Cassie, membre du groupe et qui s’en était allée vivre sa vie dans les années 2000. Berman avait livré deux albums en 2005 et 2008, presque au niveau de ses anciennes productions, avant de se retirer des affaires pendant plus de dix ans.

Sa vie nous parvenait par bribes : l’homme lisait, écrivait aussi, réfléchissait au cours du monde. Il traversait dès l’origine des phases dépressives profondes, s’abandonnait à des addictions ravageuses. Overdoses, tentative de suicide, venaient aux oreilles d’un public circonspect. Était-ce le coût du génie ? La musique des Silver Jews renvoyait par moments une impression de lassitude, de langueur, d’usure, qui n’était sans doute pas indolore, même si on soupçonnait encore en écoutant Purple Mountains hier qu’il y avait derrière tout ça une forme de pose artistique ou de mise en scène. Il faudra attendre d’autres informations sur la mort de Berman pour savoir ce qui l’a amené à quitter définitivement le monde de la musique. Les Purple Mountains préparaient une tournée internationale et Berman son grand retour sur scène.

Il avait promis d’emmener son grand copain Stephen Malkmus dans le Grand Nord pour composer un album avec lui et lui redonner l’envie de fumer de l’herbe. Il faudra attendre quelques années avant de découvrir le fruit de cette collaboration.

Photo extraite du clip All My Happiness Is Gone des Purple Mountains.

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