De La Soul : dessine-moi une émotion

De La SoulCela fait onze ans que De La Soul, l’immense groupe de hip hop new yorkais, n’a pas sorti d’albums (si on met de côté un exercice de style pour Nike). Autant dire qu’Anonymous Nobody, album crowdfondé avec un succès éclair et dépassant les espérances du groupe, est très très attendu et sera scruté de près à sa sortie le 26 août. Si The Grind Date avait ses bons moments, leur dernier chef d’oeuvre remonte en fait à 2001, date à laquelle le trio livrait le volet 2 de sa trilogie AOI pour Art Official Intelligence, dont le volet 3 a été différé, semble-t-il, sine die.

Anonymous Nobody a bénéficié d’un budget inespéré et a permis à la bande des trois joyeux lurons, Posdnuos, Jolicoeur et Maseo, de multiplier les heures en studio et d’accéder à un choix infini de samples (payants) et de featurings incroyables. Au final, l’album pourrait tout aussi bien être un truc dément comme un monstre dépassé par sa propre ambition. La chose dont on est à peu près certains pour l’heure est que le trio n’a jamais failli et a toujours été à la hauteur de sa réputation : dénué d’esprit de sérieux, modestement génial et surtout d’une inventivité sans cesse renouvelée. C’est vers ces caractéristiques que nous ramène le quatrième titre révélé par le groupe ces derniers jours, l’impeccable Drawn, morceau audacieux de rap expérimental qui laisse la part belle à son contributeur Little Dragon. Sur ce titre d’une belle délicatesse, Yukimi Nagano, la chanteuse du groupe, occupe très largement le devant de la scène durant quatre minutes soyeuses et rêveuses, pendant lesquelles la musique déploie ses charmes sur un tapis de cordes et d’effets oniriques. Autant dire qu’on ne s’attend pas nécessairement à trouver ce genre d’expérimentations chez un groupe de cette envergure. Il faut attendre les 45 dernières secondes du morceau pour que le groupe n’entre en scène, venant porter une touche finale d’une élégance redoutable à ce morceau à la fois intense, séduisant et terriblement apaisant. Le texte chanté par Little Dragon est lui-même énigmatique et un peu flottant. La chanteuse évoque une espèce d’état second où on perd contact avec la réalité en s’abandonnant à quelque chose de bon qui peut figurer aussi bien l’amour (sujet du premier couplet) que la drogue. Le morceau est privé de refrain mais entêtant et soutenu par un motif soigné et qui répété en boucle renforce l’effet d’envoûtement. Après les trois morceaux précédents, dont le Pain initial avec Snoop Dogg qui nous avait un peu laissé sur notre faim (entendre ci-dessous), ce quatrième morceau vient créditer l’idée selon laquelle Anonymous Nobody sera un album si pas exceptionnel, plein de surprises et passionnant. On se demande évidemment à quoi vont ressembler les featurings de David Byrne, d’Usher ou de Damon Albarn.

En termes marketing, on n’en finit pas de s’interroger sur les stratégies des artistes (ici seuls responsables de leur publicité) qui livrent autant de morceaux avant la sortie de l’album. Avec quatre titres sur dix-sept, c’est un quart du disque qui a été livré en pâture aux fans avant la sortie officielle. Le crowfunding (auquel on a participé) accentue cette tendance à communiquer dans la durée et à faire de petits pas réguliers en direction de la fanbase en forme de goodies et d’exclusivités. Mais cela gâte un peu le plaisir qu’on peut avoir à être confronté directement à un album monolithe dont on ne connaissait souvent jadis qu’un (ou deux maximum) singles. Affaire de vieux con sûrement et encore. Il faut que l’album soit sacrément bon pour prendre ce genre de risques.

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