DOTN / Death of The Neighbourhood 3
[Autoproduit]

8.9 Note de l'auteur
8.9

DOTN - Death of The Neighbourhood 3Il ne se passe pas une année sans au moins un album marquant et immense de Stephen Jones, aka Babybird, qu’on se devrait de signaler, bien que maintenant retranché dans les limbes de Bandcamp, il soit condamné à l’indifférence générale. Le cru 2021 (déjà riche de disques qu’on laissera aux fans et aux connaisseurs) s’enrichit en cette fin d’année de la résurrection de l’un de ses alias les plus prisés : Death Of The Neighbourhood. Pour ceux qui savent, le premier double album de DOTN (pour les intimes), soit les disques 1 et 2, est sorti en 2008 chez Atic Records, puis a été « résumé » en un CD époustouflant quatre ans plus tard intitulé DOTN Redux. Jones y présentait un mélange de beatmaking dont il ferait ensuite sa spécialité sous le nom de Black Reindeer, de rap et de pop détraquée, où les insultes, les slogans, les collages vocaux se côtoyaient dans un délicieux et fascinant capharnaüm sonore. Le nom du groupe, La mort du voisinage littéralement, annonçait à lui seul le programme : une entreprise rendant compte du caractère détraqué et anxiogène de l’habitat des petites villes moyennes, du caractère fantastique et horrifique de nos existences quotidiennes. DOTN 1 et 2 ouvrait un périmètre aussi insondable qu’un quartier tranquille chez David Lynch ou le Pangbourne de JG Ballard dans Sauvagerie.

Le volume 3 qu’on soupçonne d’avoir été composé il y a plus de dix ans donc fait l’objet d’une édition limitée en CD qui se hisse avec bonheur à la hauteur de ses prédécesseurs, offrant même un supplément de chansons pop exceptionnelles qui en font l’un des albums les plus intéressants de ce mois de décembre. Les titres sont un bonheur à eux seuls à l’image du terrifiant Rewilding the neighbourhood with brick flowers qui ouvre le bal. Il n’y a pas grand chose là-dedans si ce n’est un son qui prend à la gorge d’emblée et une voix trafiquée qui fait résonner une terrible menace qui courra ici de bout en bout. Le disque est détendu et plein de grâce, soufflant le chaud et le froid avec une science qui n’appartient qu’à son auteur. Don’t Change it (version 3) est un enchantement qui nous fait regretter la facilité et la gloire de la seconde moitié des années 90. C’est fragile, beau et élégant, efficace et toujours émouvant. Jones alterne les interludes poétiques et enfantins, les morceaux jazzy ou syncopés montés avec des bouts de ficelle (Jungle Chainsaw), les pièces d’ambient splendides (on mourrait bien sur Ever Rising chaque matin) ou les productions gratuites et transitionnelles (p-func ou Devil Music). Tout n’est pas indispensable pris pièce à pièce : avec DOTN, c’est l’enchaînement qui compte, l’effet produit et la sensation d’être plongé dans un liquide (amniotique) qui nous porte et nous vivifie. On ne sait jamais si l’ensemble est moderne ou rétro (les deux, mon général), s’il est fait de pop, d’électro ou d’autre chose (pas mieux). Les séquences instrumentales sont transpercées de moments de beauté, violente (le génial Scrape This Off the Ceiling) ou tendre et muette (Happiness Escapes), comique (Sardine) ou irrésistiblement amoureuse. A l’applaudimètre, c’est le single Ur My Superpower qui l’emporte et s’affirme peut-être comme la chanson (lente) d’amour la plus réussie de l’année. Jones renonce au refrain uptempo pour un aveu effondré de dépendance, enrobé dans ses traditionnels shalalas. C’est beau et épuisé comme la vie de tous les jours. On signalera, pour les amateurs, le bon Fuck You Very Much (remix) qui évoque de manière savante l’usage du mot « fuck » dans la langue anglaise, et l’intelligent I Am Not The Life You Chose, principalement pour son texte.

Stephen Jones est le chanteur-roi de l’amertume et de l’espoir, de la normalité et du dérangement. Son sens de l’observation est aigu et l’amène à porter un regard critique sur le monde qui est sans cesse contrarié par l’envie d’avancer et la folie d’espérer en demain. Difficile de ne pas relever aussi vers la fin, le message contenu dans le touchant As happy as i was in 1974, just for today. Il s’agit toujours avec DOTN de retrouver cet instant de l’innocence absolue, de la conscience enfantine, de la poésie en actes, au cœur d’un monde pourri, malade et tordu à l’extrême. DOTN nous ouvre au détour d’un grand n’importe quoi l’équivalent d’une clairière dans une forêt sombre, une brèche, étroite et qui menace à tout moment de se refermer sur nous.

Tracklist
01. Rewilding the neighbourhood with brick flowers
02. Dont change it (version 3)
03. Shirley Interlude
04. Jungle Chainsaw
05. Ever rising
06. A see-thru plastic bag for the head
07. p-func
08. Devil music
09. Drink you back (original version)
10. Slow releasing acid spike
11. Scrape this off the ceiling
12. Happiness escapes
13. Sardine
14. Moronic song (not for morons)
15. Am I your nightmare
16. Please dont record this illegally
17. U r my superpower
18. Redialer
19. Fuck you very much (remix)
20. I am not the life you chose
21. The 50s were shit
22. As happy as i was in 1974, just for today
23. Ice cream army tank
24. The perfect view
25. Baby you’re not blind
26. Bye bye neighbourhood
Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
RVG / Feral
[Fire Records]
Nos têtes chercheuses avaient repéré les Australiens de RVG il y a...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.