Dragon Rapide / Mumbo Jumbo
[Atypeek / Pop Club / Ganache Records]

7.7 Note de l'auteur
7.7

Dragon Rapide - Mumbo JumboLe Mumbo Jumbo est un terme à la mode pour désigner un truc bordélique, fouillis et qui n’est pas tout à fait ordonné. On employait jadis la chose pour désigner le foutoir du management intermédiaire (chez les consultants) ou pour qualifier un discours/langage dont personne ne comprenait rien. C’est ainsi que récemment Shaun Ryder a baptisé son nouvel album, le terme pouvant aussi se référer à la confusion mentale et physique consécutive à l’absorption d’à peu près tout (rêve, drogue, etc).

Si le titre ne va pas si mal au disque des Dragon Rapide, ce n’est pas du tout parce que l’album serait bâclé ou foutraque, bien au contraire, les Clermontois, dont c’est le deuxième disque, s’y expriment avec une clarté dans les idées et une détermination musicale qui impressionnent et contribuent à la réussite évidente de leur petite entreprise rétro 90s. Car s’il y a un seul petit reproche qu’on peut faire à la musique de Dragon Rapide, c’est probablement de ne pas se poser comme l’avenir du rock ou en tête chercheuse. La plupart des titres de chansons de Mumbo Jumbo (on a essayé sur google) renvoient du reste à un “titre déjà pris”. On n’y verra même pas une référence à tel ou tel (pas le genre de la maison) mais simplement un signe que cette musique est bien référencée et répond à un besoin naturel (le nôtre comme celui des membres du groupe sûrement) de s’ébrouer dans ce territoire si familier et fécond du rock à guitares, mi-surf, mi-punk, mi-pop (hé, oui, ça fait trois demis), qui permet de se réjouir, de danser et de remuer la tête semi-ivre comme des adolescents de quinze ans, fraîchement tombés de leur skate (ou de leurs consoles de jeux vidéos). La musique de Dragon Rapide ressemble parfois à du bon Supergrass, à du super Wavves, et à un tas d’autres groupes bien cools qu’on a pu adorer par le passé mais dont on ne se souvient pas nécessairement du nom, des principaux titres etc. Rock Bottom (Week 42) est un foutu morceau qu’on croirait chanté par le Gang of Four, un truc imparable et qui enverrait n’importe quelle personne immuno-déprimée faire le gringo sur le dance-floor. Il y a dans le genre et particulièrement chez les Dragon Rapide une énergie et une pêche communicatives et qui font le principal intérêt du disque.

Ceux qui aiment la musique déprimante iront voir ailleurs. On a ici affaire à des gars qui sont là pour le fun et pour jouir de la maîtrise de leurs instruments organiques. Le batteur tape sur les fûts, le guitariste ne laisse pas une corde en rade, et les choeurs font les choeurs. D’aucuns trouveront cela un peu chiche ou superflu mais pas nous : on a toujours eu besoin de groupes qui faisaient exactement ce qu’il fallait (ni plus, ni moins) et le faisaient bien. On est servis ici avec douze morceaux épatants, vifs, espiègles, bien écrits et exécutés avec un entrain et une fougue vivifiants. L’ouverture Talk To Me/Dont Talk To Me est légère et primesautière en diable mais un peu longue pour ce qu’elle a à dire. On lui préfère la pop à ailes très merseybeat des deux morceaux qui suivent, Your Scar et Ghost (qui ressemble à une vieille chanson du Orange Juice – Glasgow). Le rythme rapide, binaire, organisé autour d’une prise de drogue et de chants en voix de tête, pleins de jeunesse et d’hélium, ne sert pas à maquiller la fébrilité de compositions solides, bien charpentées et au final assez variées.

Contrairement à ce qui arrive parfois avec de telles tentatives, les meilleures chansons ne sont pas à l’ouverture et on est heureusement surpris au fur et à mesure de notre avancée dans l’album par la qualité et la densité des morceaux. Les basses s’étoffent sur Summer’s Gone et la rythmique prend un peu plus de place sur chaque morceau. Les influences sont très Northern England, voire plus septentrionales encore, avec des échos du Teenage Fanclub époque Bandwagonesque, dans certaines ruades électriques et pop. On veut entendre le Clash sur Second Line Parade mais un Clash qui aurait écouté aussi l’intégrale (des débuts) de Franz Ferdinand, ce qui nous ramène encore une fois du côté de l’Ecosse. The Rock Botton (Week 42) est excellent, chanté d’un air canaille et groovy, bientôt suivi d’un Full Moon dansant et funk comme si les Thrills avaient loué un meublé du côté de Madchester.

L’identité du groupe de Clermont se situe dans cette capacité à proposer une synthèse unique et atemporelle du rock indé qu’on aime : un rock plutôt doux et bienveillant, sonore et mélodieux, qu’on imagine parfait pour la scène et s’échauffer avant une soirée entre amis. Lost in Space est une vraie reprise d’Aimee Mann et A-Ok un crédible hit teenage-pop. Le trio s’offre sur ce morceau un joli pont en forme de solo de guitare qui ravira les amateurs et met en évidence la capacité du groupe à sonner comme un collectif. Ce qui épate chez Dragon Rapide, c’est aussi l’équilibre entre les membres du trio et la facilité avec laquelle le groupe envoie des morceaux qui représentent un véritable effort collectif. Dragon Rapide (on en sait rien au fond) sent bon la démocratie, l’amitié et s’impose, presque malgré lui, comme un groupe synthèse idéal et fantasmé où il fait bon écrire et vivre.

Le final ne nous contredit pas avec le splendide Time After Time et surtout l’impeccable This Someone qui n’est pas loin d’être  notre morceau préféré ici. C’est solaire, psychédélique et chaleureux comme un vieux morceau des Stone Roses. Ce n’est pas avec ce genre d’albums qu’on va retrouver notre jeunesse mais ce n’est pas non plus avec ce genre de disques qu’on l’enterrera. Mumbo Jumbo, c’est le genre de cocktail qu’on peut s’envoyer quand on a un coup de mou ou qu’on veut se souvenir que c’était mieux avant et pas trop mal maintenant.

Tracklist
01. Talk To Me / Don’t Talk To Me
02. Your Scar
03. Ghost
04. Summer’s Gone
05. Second Line Parade
06. The Rock Bottom (Week 42)
07. Full Moon (Odyssey Part II)
08. Black Dog
09. Lost In Space
10. A-OK
11. Time After Time
12. This Someone
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