Eels / Royal Albert Hall
[E. Works / PIAS]

Eels / Royal Abert HallCela fera exactement 20 ans cette année qu’on a découvert et qu’on suit la musique et le personnage de Mark Oliver Everett. Entre les disques et un ou deux bouquins, entre les drames et les chansons, ces deux décennies auront été aussi longues que chargées, entre un premier album fantastique (l’un des premiers produits par Dreamworks avec ceux d’Elliott Smith) et un dernier pas mal du tout, The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, cela valait le coup en définitive. Leur troisième album live, enregistré au Royal Albert Hall, est exactement ce qu’il faut faire pour réussir l’exercice et s’impose comme un achat inévitable pour ceux qui aiment le groupe ou qui y ont juste prêté une oreille attentive par le passé aux talents de compositeur et de performeur de E.

English version below.

En premier lieu, il y a le choix de l’endroit : il n’y a pas un groupe qui ne rêverait pas d’enregistrer un live au Royal Albert Hall. C’est d’autant plus vrai si vous avez 10 caméras autour de vous pour tourner le DVD. La salle est pompeuse, luxueuse et glorieuse, probablement l’une des meilleures et plus belles de Londres (avec la Brixton Academy dans un autre genre), impeccable en tout cas pour accueillir des vieux groupes un peu embourgeoisés comme Eels. Premièrement, l’endroit. Deuxièmement : l’ambiance et l’intensité des interactions avec le public. Everett est un showman d’exception et un type qui sait parler avec beaucoup d’esprit et humour à ses fans. Cela démarre par un chouette discours d’entame, prononcé depuis l’endroit où se tenait jadis John Lennon et qui a de faux airs de stand up, plein d’ironie et de déférence. On aurait bien sûr préféré qu’il parle depuis l’endroit où se tenait Ringo parce que cela aurait été beaucoup plus marrant mais il ne faut pas pousser. Ce spectacle saisi sur le vif est bâti sur une sorte de storytelling qui le rend attrayant : E ne cesse de jouer avec un running gag plutôt mauvais dans lequel il passe son temps (c’est une blague qu’il fait au moins 6 à 7 fois) à qualifier sa propre musique de « vieux rock mollasse et casse-couilles » mais on en reparlera plus loin. Mais il y a surtout un faux suspense qui court tout du long au travers duquel on se demande si oui ou non Everett sera autorisé à jouer avec l’orgue géant et ultraprécieux du Royal Albert Hall. La résolution de cette intrigue dans le concert donnera lieu à un final surprenant, surréaliste et de toute beauté. Mais on n’en dira pas plus pour ne pas gâcher la surprise. Ce qui fait deux. Troisièmement, il faut bien entendu un bon groupe, de bonnes chansons et de la bonne musique. Et c’est évidemment tout ce qu’on a tout au long de ces 2 disques et quasiment trente morceaux.

Ce live est sans conteste le meilleur de leurs trois albums live. Il saisit le groupe après une précédente tournée très rock et éreintante qui s’était avérée assez décevante pour les fans de la première heure. A vrai dire, on se demande toujours un peu avec ce genre de groupes pourquoi on irait les voir en concert plutôt que de se suicider tranquille à la maison ou de se lamenter confortablement dans sa chambre. La tournée 2013 avait parfois des allures de purge saturée d’énergie et criarde, installant le groupe dans une atmosphère survitaminée qui ne lui correspondait pas. Pour un certain nombre d’entre nous : Eels était allé trop loin. Nous ne pouvions pas nous mettre ainsi à sauter en l’air comme des cons avec ce groupe-là. La tournée 2014 a contrario présente le groupe dans le plus simple appareil, juste 5 types sans ces (putains de merde de) cordes et personne n’essaie de faire semblant que nous sommes tous des amis hyper contents d’être jeunes et barbus. La set list est vraiment costaud. Cela démarre par When You Wish About A Star et dans l’ensemble Eels trouve le parfait équilibre entre les vieilleries, les tubes et les « fans favorites ». Ce qui frappe ici entre My Beloved Monster, Fresh Feelings et des tas d’autres c’est que la discographie du groupe est si riche que Everett n’a aucun mal à trouver vingt chansons merveilleuses pour faire de cette soirée un vrai paradis pop. Il y a des chansons dont très honnêtement on ne se souvenait plus du tout mais qui sont vraiment des petits joyaux formidables et bien troussés. Cela fait plaisir d’écouter des morceaux comme Parallels ou My Timing Is Off qui sont pour le coup des chefs d’œuvres. Eels nous offre tout ce pour quoi on aime ce groupe : un désespoir douillé, une solitude chaleureuse. On est aux anges quand nos meilleurs amis sont tristes et traversent une mauvaise passe. Les membres du groupe jouent serrés et virevoltent d’un instrument à un autre. Ces musiciens connaissent leur boulot et nous rappellent cette force tranquille et en même temps cette passion violente qui émanent des concerts de Nick Cave avec les Bad Seeds. Le groupe s’amuse, se fait plaisir. Ils ont la virtuosité d’un jazz band mais aucun scrupule à accompagner leur leader dans sa croise auto-dépréciative. Ces types là ne se prennent pas au sérieux et c’est assez réjouissant. E prétend que c’est du bon « vieux rock mollasse et casse couilles » et il n’a pas complètement tort. On ne voit pas les jeunes trouver ça cool ou même intéressant. Mais contrairement à la tournée 2013, Eels s’en sort bien avec les titres uptempo. On ne sent pas trop ridicule quand on secoue la tête sur A Daisy Through Concrete et I Like Birds et on n’a pas l’impression non plus que le vieux Brian Wilson va débouler d’un moment à l’autre avec un nouvel album (quoi, il est déjà sorti il y a une semaine ?!) et se pisser dans le tergal.

Quatrième truc : le moment, l’instant magique. L’album sonne de mieux en mieux au fil des écoutes. Where I’m Going est remarquable et de nombreux compositeurs auraient aimé composer The Beginning qui repose pourtant juste sur deux cordes pincées et un brin de voix. La version de Can’t Help Falling In Love With You est excellente. La voix d’Everett ne vaut pas celle d’Elvis mais elle véhicule pas mal d’émotion et peut jouer au cœur brisé mieux que personne.

Alors oui, dans l’ensemble, cet album est une bonne affaire. Une excellente chose même. Eels n’est probablement plus capable de la créativité de ses débuts mais ils sont toujours dans le coup et ils savent mettre le feu à cette vénérable maison victorienne sans en faire des tonnes. Le meilleur moyen de savoir si un album live vaut quelque chose, cela reste quand même de savoir si on aurait ou pas aimé être sur place après l’avoir écouté. Et bon sang, oui, on aurait adoré poser nos grosses fesse post-punk sur les sièges en velours et remuer notre popotin en cadence !

 It is 20 years this year since we’ve met with Mark Oliver Everett ’s music and character and we are glad to have stayed mostly faithful to his art and soul through those two decades. It was a long personal, musical and humane companionship going from their fantastic first album (one of the first Dreamworks legendary records, next to Elliot Smith’s) to the last, The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett, and it was really worth the journey. Their third live album, recorded at the Royal Albert Hall, is exactly what a live album should be and it is a must-have for all those who have revered or just liked what this wonderful musician did. First is the setting: well, every band wants to record live at the Royal Albert Hall, especially when you got something like 10 cameras to shoot the DVD. It is pompous and glorious, probably one of the best and most beautiful London venues (with the Brixton Academy!), for gentrified rock bands like Eels as become. First the setting. Second : we got brilliant interactions with the crowd. Everett is a great showman and he talks with wit and spirit to his people. There is a nice introduction speech about standing at the very point John Lennon stood. And it is full of reverence and irony. We would have preferred him to stand at Ringo’s place but it wouldn’t have filled the mood. The live album has a good storytelling: there is a (not that good) running gag about Eels music being “soft bummer rock” but we will discuss it later on.

There is a funny suspense about whether Eels frontman will be allowed to play the majestic Albert Hall‘s organ or not which gives us a surrealistic ending. We won’t say much more about it because we don’t want to spoil the game. Which makes two. Third and last is of course having a good band, good songs and good music. And that’s exactly what we have through those 2 CDs and something like 28 songs.

Eels at Royal Albert Hall is probably their best live album so far and captures the band after a previous exhausting rock n’roll tour which was a bit disappointing for long time fans. We still don’t understand why we come to see such bands on stage while we could gently commit suicide at home or mourn and lament in our room. 2013 tour was overenergized, something with a big smile on which didn’t match with the band’s songs and traditional intimate atmosphere. For many of us, it was too much and we didn’t want to jump that way with this very band because it never had been the point. Eels’ 2014 tour is just 5 people with no (motherfucking) strings and they don’t try to do as if they sing about being happy and being young.

The set list is a really good one. It starts with When You Wish About A Star and finds a perfect equilibrium between fan favorites (My Beloved Monster, Fresh Feelings, I Like Birds) and older or more obscure songs. What strikes here is Eels’ discography is so rich he has no effort to make to find 20 wonderful songs to illuminate the day or evening. We sometimes don’t even remember them but they are mostly fantastic and well crafted, intelligent gems. It is good to listen to Parallels or My Timing Is Off which are masterpieces. It is all we crave about Eels: comfortable despair, warm loneliness. We like it when our friends become sad and lonely. The band is tight and jumps from one instrument to the other. Those are guys who know their partition and it reminds us of being at a Nick Cave’s gig with those 40 year old guys having fun being perfect professional but never forgetting they used to be punk rockers a few decades ago. Eels’ band has the ability of a jazz band but fully join their leader in his self-deprecating crusade. They don’t really take it too seriously. E says it is “sweet soft bummer rock” and he is not totally wrong. We don’t see kids being comfortable with this kind of music. Contrary to his 2013 tour, Eels is doing well with his uptempo songs. We go through A Daisy Through Concrete and I Like Birds without feeling (too) ridiculous or having visions of an old Brian Wilson making a new album (he does by the way) and peeing in his pants.

Fourth stuff: the momentum. The album is getting better and better through the listens. Where I’m Going is marvelous and many people would kill to record The Beginning. It is simple guitar pitching with a singing voice. We have a nice cover version of Can’t Help Falling In Love With You. Everett’s vocal range is not Elvis’ but he brings emotion and can play the broken heart as good as anyone.

So it is overall a very good play. Eels are maybe not at their creative peak but they are still standing and know how to turn a big Victorian house to a warm and generous rock club. The best way to appreciate a live album is to know in the end whether you would have liked to be there or not. And we sure would have craved to have a velvety seat under our big 40 year old post-punk butt (not) to dance to those songs with this iconic band.

Tracklist
Disc: 1
01. Where I’m At
02. When You Wish Upon a Star
03. The Morning
04. Parallels
05. Addressing the Royal Audience
06. Mansions of Los Feliz
07. My Timing Is Off
08. A Line in the Dirt
09. Where I’m From
10. It’s a Motherf**ker
11. Lockdown Hurricane
12. A Daisy Through Concrete
13. Introducing the Band
14. Grace Kelly Blues
15. Fresh Feeling

Disc: 2
01. I Like Birds
02. My Beloved Monster
03. Gentlemen’s Choice
04. Mistakes of My Youth/Wonderful, Glorious
05. Where I’m Going
06. I Like the Way This Is Going
07. Blinking Lights (For Me)
08. Last Stop: This Town
09. The Beginning
10. Can’t Help Falling in Love
11. Turn On Your Radio
12. Flyswatter
13. The Sound of Fear

Disc: 3
01. Where I’m At
02. When You Wish Upon a Star
03. The Morning
04. Parallels
05. Addressing the Royal Audience
06. Mansions of Los Feliz
07. My Timing Is Off
08. A Line in the Dirt
09. Where I’m From
10. It’s a Motherf**ker
11. Lockdown Hurricane
12. A Daisy Through Concrete
13. Introducing the Band
14. Grace Kelly Blues
15. Fresh Feeling
16. I Like Birds
17. My Beloved Monster
18. Gentlemen’s Choice
19. Mistakes of My Youth/Wonderful, Glorious
20. Where I’m Going
21. I Like the Way This Is Going
22. Blinking Lights (For Me)
23. Last Stop: This Town
24. The Beginning
25. Can’t Help Falling in Love
26. Turn On Your Radio
27. Flyswatter
28. The Sound of Fear

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