Roulette Memory #14 : Emmanuel Bourdier présente Gossip in the Grain de Ray LaMontagne

Ray Lamontagne - Gossip in the GrainA période particulière, dispositif particulier. Chaque jour, on pioche un disque au hasard dans notre discothèque et on en parle très rapidement de mémoire pour en dire du bien ou du mal, ce qu’il représente pour nous ou pas… si on s’en souvient…

Franchement, il y a des jours où on a la main heureuse.
On ferme les yeux, on plonge et au lieu de remonter une galette honteuse, on tombe sur cet album de Ray LaMontagne !
Bonne pioche.
2 cm plus à gauche, on aurait pêché un de ses deux premiers disques et, déjà, ce n’aurait pas été de la piquette. Mais celui-là, Gossip in the Grain, est son premier chef-d’œuvre, tout comme le sera l’album suivant.
L’histoire de Ray ressemble à un conte de fée moderne ou à un personnage d’une chanson de Bruce Springsteen. Celle d’un gars simple, du style qui ne fait pas de bruit à l’arrière du bus et qui se lève aux aurores pour aller bosser dans une usine de chaussures. Un gars qui, un jour, par hasard, pose une oreille sur un morceau de Stephen Stills et décide, allez savoir pourquoi, d’ouvrir la bouche pour essayer de voir si pour  lui aussi il se passe des jolies choses au niveau des cordes vocales.
Bien lui en prit car de cette bouche s’est envolée la plus belle voix qu’on ait entendue depuis longtemps. Depuis  quand déjà ? Le Rod Stewart période Faces ? Le Joe Cocker de Woodstock ? Peut-être… Mais contrairement à ses deux aînés, Ray ne s’habille pas avec des moules burnes à paillettes et ne se roule pas dans son whisky en pleurant des larmes de sueur. Bien sûr, lui aussi a passé sa voix au papier de verre, cette voix totalement unique et immédiatement familière. Mais pour  le reste,  chez LaMontagne, c’est sobriété, émotion, sincérité  et chair de poule à tous les étages.

Pourtant, pour entamer Gossip in the Grain, il essaie d’abord  de nous faire croire, qu’en fait, il est noir et qu’il a planté sa tente dans les studios de Stax Records. Et le pire, c’est qu’on le croit ! You are the best thing groove à mort et on s’envole sans préliminaires.
Ensuite, il revient sur des sentiers qui lui sont plus familiers mais avec une grâce, une maîtrise et un chant qui nous laissent pantois. Tout l’album défile sans que l’on repose un orteil sur le plancher des vaches, propulsés que nous sommes vers les étoiles, sous l’effet de ses balades cristallines et cabossées, de ses promenades ensoleillées mais toujours avec de la poussière sur les chaussures.
Le genre de disque qui nous fait tomber amoureux sans délai de tout ce qui nous passe sous les yeux, que l’on remet au début à peine la dernière note jouée.
La classe.
À l’américaine.

Sur ses derniers disques en date, ce bon vieux Ray s’est peut-être envolé un peu trop haut à force de goûter aux champignons hallucinogènes à la sauce psychédélique de son nouveau producteur, Dan Auerbach. Mais à l’époque de son deuxième album, il savait faire battre notre cœur comme peu de gens l’ont fait depuis.

Non, franchement, il y a des jours où on a la main heureuse.

Emmanuel Bourdier, auteur et animateur de On Ze Rocks, émission hebdomadaire diffusée sur Radio Arc en Ciel (Orléans). Manu sortira Étoile Filante le 20 mai (date à confirmer) chez Nathan.

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