Eskimo / Que faire de son cœur ?
[Autoproduction]

9 Note de l'auteur
9

Eskimo - Que faire de son coeur ?« Aucun ancrage sinon celui de l’oublie / Le combat incessant / Et cette désinvolture ambiante / C’est la débandade / Diffraction totale / Point zéro », chante Eskimo sur le titre Apiar. Les thèmes abordés par la musicienne s’accordent soudainement au confinement dans lequel nous vivons tous. Par inadvertance, certes. Mais n’est-ce point le propre des grands artistes : sentir le monde, anticiper les choses, soumettre une inquiétude ? De même, ce titre : Que faire de son cœur ? Lors de nos premières écoutes du disque, avant le coronamachin, l’intitulé semblait beau car vaste. Aujourd’hui, malheureusement, il pose une question essentielle : et après ?

Premier album d’Eskimo après un EP en forme de trésor (Dancing Shadows en 2016, qui privilégiait l’anglais), Que faire de son cœur ? est un baume intercontinental, une ouverture géographique. Car Marie (l’auteure-compositrice) propose une musique bigarrée, imprenable, hors-temps : entre folk et jazz, électro et pop à guitares, gospel et chants français, coréens ou japonais, les titres de cet album abolissent d’eux-mêmes toutes idées de frontières musicales, mais également d’époques. En consanguinité avec des musiciennes telles que Mira Cétii, Léopoldine HH, Fantôme et Aldous Harding, Eskimo semble relier l’ancien et le nouveau monde, la tradition et le contemporain, le chant ancestral et les techniques modernes de composition.

C’est un voyage en solitaire, chez soi, jusqu’au bout du monde. Donc un périple rêveur qui transforme l’intimité de la compositrice en universalité ethnique. Il y est effectivement question de sirènes, de recherche du soleil, de fragment wall… Cet appel à la liberté que nous ressentons tous actuellement, cet air de vie qui nous manque.

Que faire de son cœur ? est un album humaniste, un traité de réconciliation planétaire. Le chant agit à la façon d’une nymphe qui sifflerait des mots doux afin d’emplir les âmes de chacun. En effet : Eskimo ne nous veut que du bien. C’est sa principale vertu depuis toujours. C’est une façon de vivre en harmonie avec autrui que transposent fidèlement les compositions de l’artiste. C’est une foi immense en la nécessité de la musique. Une leçon de vie.

Le premier album d’Eskimo nous touche mille fois plus que tous les grossistes musicaux qui squattent l’actualité – et n’ont pas grand-chose à dire. Et en période de pandémie, ce sont tristement des artistes majeurs aux premières étapes de leurs carrières, comme Marie, qui risquent l’invisibilité. Messieurs les tourneurs, un peu de bon sens : au sortir de la crise, ne misez pas simplement sur vos mastodontes afin de renflouer les caisses, prenez également soin des talents actuels. Ils en ont besoin, et nous avons besoin d’eux.

Mots-clés de cet article
, , ,
Ecrits aussi par Jean Thooris

Bientôt dans la tête de Marilyn Manson

L’assez attendu nouvel album de Marilyn Manson, We Are Chaos (Loma Vista...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *