[Les filles font le printemps #7]- Joseph ou les triplées augmentées de Portland

Joseph

Cette série relève du grand n’importe quoi : on a beau multiplier les outrances sexuelles et musicales, le temps printanier qu’on espérait annoncer en présentant une collection non exhaustive de jeunes pousses qui chantent s’avère être le printemps le plus catastrophique survenu depuis dix ans. Oui, il pleut et de plus belle chaque jour, comme si ce qu’on écrivait ne servait à rien, ou pire comme si nos castafiores étaient elles-mêmes, à force de s’époumoner, responsables de cette affaire.

Histoire de vérifier tout ça, on a décidé ce coup-ci d’en prendre trois pour le prix d’une et de pousser un cran plus loin notre logique. Si le printemps est affaire de sensualité et de sensualité seule (apprécier l’allitération bas de gamme en « s »), et bien voici notre arme de destruction massive. Vous rêviez de faire l’amour en plein champ avec des jumelles ? Il y a mieux : les sœurs Joseph, le groupe de folk rock le plus funky de l’Amérique, avec tatatata…. de véritables triplées, brunes, racées, poitrinées, magiques, jeunes et jolies. Joseph (à ne pas confondre avec le groupe Joseph Sisters, une sorte de combo post Fleetwood Mac qu’il faut éviter) est un groupe composé de trois filles qui chantent et qui sont de vraies soeurs natives de l’Oregon et installées depuis quelques années au coeur de Portland, riante cité rock à laquelle on doit, par exemple, Pavement. Je cite : Natalie, Megan et Allison Closner, nos trois sœurs ont démarré la chansonnette par un premier album assez nul, Native Dreamer Kin, en 2014. Il s’agissait alors de sonder le marché et de voir ce qu’on pourrait tirer de ce groupe de foire : trois sœurs qui chantent (cela fait 2 de trop !) et une qui tient la guitare acoustique, cela donne un truc un peu tartignolle où l’on s’ennuyait ferme, en attendant la partie de strip poker de fin de soirée, quand un producteur, Mike Mogis, a eu l’idée de génie de transformer le groupe en machin plus rock, d’ajouter une batterie et des rythmiques qui remuent façon Saturday Night Fever vs L’amour est dans la pré.

Et voici donc à venir en août (chez ATO Records, et PIAS France chez nous), le deuxième album des sisters qui prend du volume et du galon. Le titre : I’m Alone, No You’re Not, sent la reprise en main et l’énergie décuplée. Ça va barder. Solitude, amour avec du chien, et esprit de revanche, les frangines Closner ne rigolent plus à l’image de ce premier single White Flag décidé et qui… rue dans les brancards. On rigole : les paroles sont à la limite du ridicule et la musique n’est pas très punk. Avec Joseph, on fait la révolution pour exposer ses bonnes intentions, on remet en cause l’ordre établi pour revenir à un mélange d’honnêteté et de simplicité qui nous renvoie à l’Amérique des années 50 et au bon rock FM des familles. Le message est optimiste, positiviste et typiquement américain. Amour, confiance, solidarité, grands espaces. Les hommes se séduisent, déçoivent et repoussent comme des glands. Les coeurs se brisent, battent la chamade et repartent avec un Mars.

On peut trouver cela ringard mais c’est tout le contraire. Le charme de Joseph (le nom du bled où les trois jeunes femmes visitaient leur grand-père) tient dans la simplicité de ces trois sœurs, dans leur manière de porter (en photo) le pull Woolite ou la mini-jupe en laine noir sur un chemisier blanc, dans des coiffures improbables et des postures de séduction venues de très loin. On rêverait de les emballer en discothèque et de se les envoyer avec une soupe à l’oignon. Leur musique agit comme une machine à remonter le temps où on peut espérer retrouver l’accessibilité et la lisibilité des femmes d’antan. Ceux qui aiment les valeurs traditionnelles et ont placé une certaine nostalgie dans les relations amoureuses des années 80 y trouveront leur compte. Joseph est, à sa manière, un fantasme incarné qu’on serait sot de négliger.

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