Firekites : récit de gens ordinaires qui produisent une musique extraordinaire

Firekites par Luke Kellett

Depuis qu’on s’est entiché de The Bowery, leur premier album paru en 2009, on guettait le retour de Tim McPhee avec Firekites. Sur la foi du formidablement sincère et bouleversant Closing Forever Sky (Spunk, 2014), l’idylle avec le groupe australien s’est mue en passion viscérale. Nous sommes donc partis à la rencontre de ces gens ordinaires qui produisent une musique extraordinaire, là-bas, à l’autre bout du monde.

Interview réalisée par Cameron, expatrié australien, et Denis, rêveur de cette Terra Australis Incognita.
Photos : Luke Kellett.

English version below.

Alors que la plupart des groupes s’efforcent d’occuper l’espace médiatique pour exister, il s’est passé cinq ans depuis la parution de votre premier et unique album (The Bowery, Own records). Vous semblez en dehors de la frénésie actuelle. Que s’est-il passé pendant ce temps ? Pourquoi un si long silence ?

Pour résumer… la vie. Travail, amour, voyages, projets. Le temps s’est échappé. Ces 5 dernières années se sont évanouies.

Après The Bowery, nous avons commencé l’écriture du nouvel album. On commençait à chercher un nouveau lieu pour jouer et finalement, on s’est installé chez moi. C’est là où nous avons écrit et enregistré la totalité de l’album. Nous avons aussi passé beaucoup plus de temps sur les arrangements et la production que pour Closing Forever Sky (lire notre chronique)… Nous n’avons vraiment rien laissé au hasard. Cet album nous a demandé beaucoup d’efforts, depuis l’enregistrement jusqu’au mixage et au mastering. Même le pressage du vinyle n’a pas été simple à gérer. Le temps a filé, mais nous avons finalement réussi ! C’est fait.

En dehors de Firekites, chacun de nous conduit d’autres projets. Ben et Pegs ont leur propre boulangerie, qui s’appelle Paper Bagel. Du coup, ils sont très occupés et leurs horaires ne leur laissent que peu de temps libre. J’ai de mon côté ouvert un nouveau magasin avec ma femme en 2013/14 qui s’appelle Abicus. Nous avons fait nous-mêmes les aménagements intérieurs. C’est une boutique de vêtements et de musique à Newcastle, qui existe depuis 2000. Je m’occupe de la collection homme et naturellement de la partie musique.

J’ai aussi récemment terminé la bande son d’une série télévisée de 16 épisodes appelée Barinia. C’est un peu une aventure culturelle et culinaire sur un yacht d’époque dans toute la Méditerranée. C’était un projet d’envergure, puisqu’au final j’ai enregistré et mixé plus de 140 morceaux, soit 8 heures de musique. La série est diffusée sur la chaîne Sky Italie actuellement. C’était un beau projet. J’ai passé à peu près une année complète sur cette bande originale.

Voilà comment cinq années entre les albums ont pu s’écouler.

Pendant ce temps, on m’a souvent demandé quand est-ce le disque allait sortir, pourquoi l’attente était aussi longue… Juste parce que nous étions occupé par ailleurs. Il n’y a pas d’autre explication. C’est la vie !

Il y a eu beaucoup de mouvements de line-up et de nombreux invités dans le passé. Mais par rapport à The Bowery, cet album semble être plus cohérent et homogène – Tim, vous avez mentionné que vous aviez ressenti Firekites « comme un groupe » pour la première fois, par opposition à un projet d’enregistrement. Pensez-vous que ce changement ait eu une influence sur la direction ou l’identité sonore du groupe ?

Tout a fait. Pour l’essentiel, les morceaux présents sur The Bowery ont été construits à partir de motifs acoustiques joués en duo, qui ont été ensuite superposés et qui ont naturellement évolué à partir de là. Par contre Closing Forever Sky a germé durant des sessions live avec le groupe entier. Cette fois-ci, les morceaux se sont développés à partir des parties de guitares électriques, qui ont été ensuite réenregistrées et arrangées. En plus, les principaux membres du groupe ont changé, ce qui a eut une grande influence sur la couleur de l’album.

Fifty Secrets dénote au sein du nouvel album, avec sa rythmique électronique et son instrumentation minimale. Est-ce une nouvelle orientation pour le futur ?

Qui sait exactement de quoi l’avenir sera fait… Je crois qu’on inclura toujours des éléments électroniques, mais ça dépendra surtout de ce que le morceau nous demande et des moyens dont on disposera à ce moment là.

Pour Fifty Secrets, deux semaines avant le mixage final, le morceau n’existait qu’avec deux guitares acoustiques et la voix… En me promenant sur la plage, j’ai entendu une rythmique dans ma tête… Comme je ne pouvais plus ajouter une batterie pour l’enregistrement, j’ai lancé Maschine et commencé à travailler dessus. Le lendemain matin, le rythme, la basse et basse VI étaient fait et le morceau était achevé.

Vous n’avez pas publié de format court (seulement deux albums) et vous laissez vos morceaux s’étirer bien au delà du format pop classique (3 à 4 minutes). Est-ce parce que vous n’en avez pas eu l’opportunité, parce que vous composez lentement ou est-ce que vous considérez que votre musique n’est pas adaptée au format « single » ?

On ne considère jamais ce qui est ou n’est pas en format ‘pop classique’ quand on écrit, ni quand on choisit les morceaux qui vont être présents sur l’album. Les morceaux choisissent eux-mêmes leur voyage, ils sont aussi longs ou courts qu’ils le nécessitent.

Malgré cette position, on a quand même fait deux versions ‘edit’ pour répondre à la demande des radios australiennes. C’était comme déchirer le premier chapitre d’un roman, c’était horrible ! On était très mal à l’aise, mais je n’ai pas regretté. Le morceau Closing Forever Sky fonctionne toujours, même sans ses deux minutes d’ouverture instrumentale.

La structure de vos morceaux ne répond pas aux schémas classiques couplet – refrain et vous laissez une large place aux parties instrumentales. La batterie est d’ailleurs souvent au centre de vos compositions et joue un rôle bien plus important que simplement rythmique. Est-ce le fruit de votre façon de composer ?

Depuis le début, la rythmique a pris une place prépondérante sur Closing Forever Sky. C’est sans doute le fait d’avoir un batteur à plein temps dans le groupe. Ben a rejoint le projet pour faire la tournée de The Bowery et son influence est très perceptible sur tous les nouveaux morceaux.

Franchement, couplet – refrain, cela n’a pas d’intérêt en matière d’écriture.

A l’écoute de l’album, je reçois une image très forte de chez moi/nous – évidemment c’est très subjectif, mais il me semble qu’il y a comme un fort sentiment d’appartenance à cet album, en particulier une vraie relation avec l’océan. Pensez-vous que votre environnement, près de la mer, a influencé votre créativité (NDLR : le groupe est originaire de la Côte Est de l’Australie, au nord de Sydney, tout comme Cameron qui a contribué à cet interview) ?

Pour moi, habiter juste à côté de la mer ces six dernières années m’a beaucoup influencé… J’ai imaginé plein de mélodies tandis que je promenais mon chien sur la plage de Merewether… L’océan est un endroit aussi fascinant que mystérieux. Le fait que l’album ait été écrit et enregistré à proximité de la mer nous a sans aucun doute influencé. Ça me fait vraiment plaisir d’apprendre que l’album renvoie une image très forte de chez nous.

Vous êtes impliqués dans plusieurs projets (Jason Tampake joue du violon dans Charge Group, vous avez joué dans Purplene et The Instant). Vous sentez-vous appartenir à une famille musicale ?

Oui, on peut dire que c’est une famille. On a tous joué dans des groupes ensemble, participé aux projets des uns et des autres. Alors que beaucoup d’entre nous sont maintenant éclatés entre Newcastle, Sydney et Melbourne, la plupart de ces musiciens ont vécu ensemble à un moment donné dans une maison mitoyenne de Gibson Street à Newcastle. Pendant quasiment dix ans, dès le milieu des années 90, cette maison de 3 étages avec sa cave en pierres a accueilli les ébauches des groupes mentionnés. On ne payait que $35 par semaine de loyer chacun, on pouvait jouer de la musique à n’importe qu’elle heure… c’était l’idéal ! C’est de là que viennent Notes and Errata de The Instant et à peu près tous les enregistrements de Purplene.

Il y a un certain engouement pour les groupes australiens ces temps-ci, (dans le sillage de Tame Impala). Est-ce que vous comprenez pourquoi ? Il y a-t-il une vraie émulation en ce moment en Australie ? Il y a-t-il des groupes australiens dont vous vous sentez proches ? Est-ce qu’on peut espérer vous voir faire une tournée en Europe avec eux ?

Peut-être que l’enthousiasme actuel et l’intérêt pour la musique australienne sont tout simplement liés au fait qu’il y a eu beaucoup de bons disques cette année. Bored Nothing, HTRK, King Gizzard & The Wizard Lizard, Twerps, CW Stoneking, Jane Tyrrell, Seekae… La liste est longue. 9-5 Psychic Club de HTRK est mon disque australien préféré de 2014 pour le moment, ça c’est sûr. (https://soundcloud.com/ghostly/sets/htrk-psychic-9-5-club). Et effectivement, Tame Impala est vraiment incroyable… Sur scène, c’est l’un des meilleurs groupes de la planète en ce moment. Point barre. Je pense que n’importe quel groupe ou musicien ayant vu l’un de leurs spectacles récemment en a été inspiré d’une façon ou d’une autre. Peut-être que Tame Impala a eu plus d’influence sur nous que ce que nous pensons…

Ou c’est simplement faire de la musique qui est important. Il n’a jamais été aussi facile de partager la musique et faire un disque de nos jours ne coûte plus aussi cher qu’avant.

Mais pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas de tournée prévue avec l’un de ces groupes en Europe à ce stade, mais qui sait ce que 2015 nous réserve.

Firekites by Luke KellettSince we fell in love with The Bowery, their first album released in 2009, we had longed for Tim McPhee’s return with Firekites. After listening to Closing Forever Sky (Spunk 2014), their terrifically sincere and heartrending last effort, that longing for the Australian band has turned into a deep-rooted passion. Therefore, we had no choice but to go Down Under and meet those ordinary folks producing a sound that is nothing short of extraordinary, there, right on the other side of the world.

While most groups rely on pushing their way to the front page to exist, five years have passed since the release of your first and only album (The Bowery – Own records). You seem to operate outside of the media frenzy. What’s been happening during this time? Why such a long silence?

To summarise… life happenings. Work, love, travel, projects. Time really does seem to escape thèse days…. The last 5 years have quite simply dissappeared!

Soon after The Bowery, we got stuck into writing for the new record, we initially spent quite some time looking for a new production space and ended up setting up camp at my house, this is where we wrote and recorded the whole album. We also spent far more time on the arrangements and sounds for Closing Forever Sky (review)… it was very much the case of ‘leaving no stone unturned’. This was an extremely challenging record to complete I have to say, from the tracking, to the mixing, to the mastering, even the vinyl pressing…the time just escaped, but we got there in the end ! It’s done. : )

Collectively we all have many projects going on outside of Firekites too. Most of us actually have our own businesses. Ben & Pegs have their own baking company called Paper Bagel, their bagels really are something else ! They are so busy. And bakers hours, as you could imagine are really quite unforgiving !

I actually built a new store with my wife in 2013/14 called Abicus. We did the complete interior and most of build. It’s a clothing & music store hère in Newcastle, we opened back in 2000. I do all the buying of the Menswear and naturally all the music.

I also recently completed the score for a 16 episode TV series called Barinia, it’s somewhat of a cultural and culinary adventure on a vintage yacht  throughout the Mediterranean, this was a massive project, I ended up tracking & mixing 140+ pieces/8 hours of music for this… it’s actually on air with Sky Italy right now. This was a dream project! I pretty much spent a full year on the score, so yeah, looking back I can really see how the 5 years between albums escaped.

So many times over the years I’ve been asked about the “new record”…. “When is it coming out?”, “Why is it taking soooooo long!!!?”…. All I can say is… hey, we’ve been busy!… it’s called life!

How do you see Firekites as an entity – there’s been a lot of lineup moves and cameos in the past, and in comparison to The Bowery, this album seems to be stitched together a lot tighter and with the same thread – Tim, you mentioned in your track by track  that you felt for the first time ‘like a band’, as opposed to a recording project.  Do you think that that shift has had any influence over the direction or sonic identity of the group?

Absolutely. The Bowery essentially began as loose 2 piece acoustic tracks that were layered upon and organically evolved from there, Closing Forever Sky however was seeded during live improvised full band jams, mostly on electric guitars, that were then meticulously referenced, re-recorded and arranged. The core members of the band are different this time round too which definitely has a big influence on the tone colour of the record.

At the heart of the new album is Fifty Secrets, standing out with its electronic rhythms and minimal instrumentation. Is this a new direction for the future?

Who knows exactly what the next chapter of songs will bring… though I do think it’s likely we’ll always involve electronic elements, it just totally depends on what the song is asking for and what gear is available at the time.

For Fifty Secrets, the song itself existed with just two acoustic guitars and the vocal only two weeks out from the album mix.. Whilst walking by the beach I heard a beat progression in my head… without a drum kit set up for recording I simply fired up Maschine and got to work on the beats. By morning, the beats, Bass, & Bass VI, were done… the song was complete.

You guys haven’t released an EP or any singles (only the two albums) and you allow your songs to really stretch out past the traditional pop length (2-3 mins). Is it because you haven’t had the opportunity to put any out, the composition process is slow or simply that you feel that your music doesn’t fit in with the « single » format?

We never consider what is, or what isn’t “single’’ format when writing, or selecting the songs for the record for that matter. The songs choose their own journey, they are as long or as short as they need to be.

We were however asked to do a radio edit on two songs for Australian radio. It almost felt like ripping the first chapter out of a novel, it felt horrible! We were very reluctant, but I don’t regret doing it, Closing Forever Sky still held up, even without it’s two minute instrumental intro. Ha!

The structure of your songs doesn’t hold to the conventional verse/chorus/verse formula and you leave plenty of room for instrumental parts. The drums are also often the center of your compositions and play a more important role than just rhythm. Is this the result of the way you compose?

From early on, Closing Forever Sky took form of a far more beat heavy record, no doubt a direct result of having an actual full time drummer in the band. Ben joined the project to tour The Bowery and has been a big influence on all of the new tracks.

Verse/chorus/verse… not interested in this at all when it comes to songwriting.

When I listen to the album, I get a really strong image of home – obviously that’s incredibly subjective, but it does seem like there’s a strong sense of place to this album, particularly of a real relationship with the ocean.  Do you think that, as Novocastrians, being so close to the sea has informed or influenced your creativity?

For me, living just one block from the sea this last 6 years has been of great influence… I can’t tell you how many times melodies have been found whilst walking my dog by Merewether beach. The ocean is such a fascinating and mysterious place. The fact the record was written and recorded in such close proximity to the sea has no doubt coloured the record and it’s undertone. Makes me very happy to hear it paints a real strong image of home for you.

You’ve all been a part of numerous ongoing and now retired projects over the years, notably Charge Group, Purplene and The Instant. Could you be described as family, musically speaking?

It certainly feels like family. We’ve all played in each others bands, contributed to each others records. Whilst many of us are now spread between Newcastle, Sydney & Melbourne, almost all of us have lived together at some point in time at the Gibson St Terrace, Newcastle. For almost 10 years from the mid 90’s, this 3-level terrace with its sandstone basement played host to the early incarnations of the said bands. It was just $35 p/w rent each, we could jam at any time day or night… it was the best! It was very much responsible for The Instant ‘Notes & Errata’ and pretty much all of the Purplene records.

There is a certain enthusiasm for Australian groups these days (in the wake of Tame Impala). Any idea what’s caused this? Has there been some kind of catalyst for this creative boom? Are there any Australian groups that you feel close to? Can we expect to see you on tour in Europe with any of them?

Perhaps this new found enthusiasm and interest in Australian music is quite simply because there have been so many great Australian releases this year. Bored Nothing, HTRK, King Gizzard & The Wizard Lizard, Twerps, CW Stoneking, Jane Tyrrell, Seekae… the list goes on. HTRK 9-5 Psychic Club is my favourite Australian release for 2014 so far for sure.

No EU tours booked at this stage but who knows what 2015 will hold.

And yes, Tame Impala really are incredible … they have to be one of the most powerful live bands on the planet right now. Period. I think any band or musician that has witnessed one of their recent live shows would be left inspired in some way or another. Perhaps Tame Impala have been a greater influence than we realize…. Or it could just be that making music IS important, it’s easier than ever to share the music and it doesn’t cost big money to make a record anymore.

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3 Comments

    • Merci, ça fait plaisir de constater que notre enthousiasme pour ce groupe est partagé. Je ne me lasse pas ce disque et de surcroit, ils sont adorables… typiquement le genre de personnes dont on se sent proches malgré la distance (en l’occurrence on ne peut pas faire pire) et avec qui les affinités sont immédiates. denis

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