Jackson Scott / Sunshine Redux
[Bloodmoss Records]

Jackson Scott Sunshine ReduxLeçon n°1 : S’en tenir à l’analyse du titre. Il y a des fois où un critique doit se raccrocher aux branches et prendre les choses dans l’ordre avant d’écouter un disque. C’est exactement ce qu’on a fait avec le deuxième album du jeune prodige, Jackson Scott. Sunshine Redux est le meilleur album inaudible que vous écouterez cette année. Imaginez à quoi ressemblerait la musique qu’on entendrait si on s’approchait un peu trop près du soleil ? Qu’est-ce que vous entendriez si vous décidiez de débarquer sur l’astre solaire avec pour tout bagage une guitare et des tennis au pied ? Imaginez encore que vous essayiez de capturer cette musique et d’en rendre la substance sur un disque de 33 minutes. Qu’est-ce que ce serait ? Probablement quelque chose qui ressemble à Sunshine Redux : de la distorsion, une orgie de lumière, des vagues ondulantes et ardentes. Peut-être une idée trouble de ce que chantent les anges quand ils crament au soleil. Melbourne, le premier album de Jackson Scott, était l’un des meilleurs albums lofi de 2013. C’était un album remarquable et qui multipliait les qualités : une approche DIY (Do It Yourself) impeccable et surtout des joyaux mélodiques dissimulés sous une production cradingue. Jackson, 21 ans à l’époque, était devenu en quelques minutes notre (nouveau) chanteur inconnu préféré, comme une version 3.0 et plus jeune de Nathan Williams.

English version below.

En écoutant cet album la première fois, on a dû regarder si on n’avait pas enfoncé par erreur un bouton invisible changeant la vitesse de rotation du disque. Est-ce que ce son est vraiment normal ? Est-ce qu’on doit vraiment se farcir ça ? Comment est-il Dieu possible de produire aujourd’hui un album (même si on le fait dans une chambre d’étudiant dégueu jonchée de mégots et de vieilles bouteilles) avec un son si dégueulasse qu’il ressemble à un geste suicidaire et passera même à votre propre famille l’envie de dire du bien de ce que vous faites ? Oh oui, tout ceci est possible. Sunshine Redux est une pilule difficile à avaler mais qui peut ensuite vous ouvrir l’esprit et les oreilles à des trucs jamais entendus avant. On appelait cela le psychédélisme dans le temps. Jackson n’est pas Syd Barrett. Il n’est pas non plus Marc Bolan même s’il noie sa voix sous une tonne d’effets et la broie si haut dans les aigus qu’elle en devient surréaliste. On avait l’habitude depuis The Jesus and Mary Chain et l’école supérieure shoegaze de dénicher les belles mélodies SOUS le bruit et la distorsion. Mais la nouvelle génération se tamponne de ce genre de trucs. La mélodie se trouve maintenant AU CŒUR de la distorsion. Ce n’est pas un album bruitiste pour deux sous mais il craque de partout et les couches sonores s’empilent à l’infini comme si on juxtaposait plusieurs sources musicales en même temps.

Si on atterrissait sur le soleil, il est probable (si tant est qu’on ne crame pas avant bien sûr) qu’on pourrait entendre toutes les musiques du monde EN MEME TEMPS et aussi se souvenir de tout ce qu’on a jamais fait ou vu. Sunshine Redux fait un peu penser à ces premiers singles de Pavement qui étaient si difficiles à déchiffrer. C’était de la bonne musique. On le savait instantanément mais sans être capable de dire pourquoi c’était si bon alors que ça sonnait si mal ! Woodwork n’est même pas une chanson ! C’est juste 10 secondes de musique et puis on arrive sur Broken Record Repeat avec un motif angélique de guitare à 2 cordes qui se fond sublimement dans… rien du tout. Ripe For Live commence en sonnant comme une mélodie de gosse complètement limpide et magnifique avant de se dissoudre et d’éclater en au moins une centaine de (mauvaises) chansons. Le morceau fait 6 minutes et quelques secondes mais il est là et paf ! Il explose devant nos yeux avant même d’atteindre sa propre moitié. Et puis le motif du départ refait surface et donne la vague idée d’une symphonie cramée pour les slackers et les âmes perdues.

En écoutant ce disque, votre première réaction sera très probablement de prendre vos oreilles à votre cou (ou vos jambes) en promettant de ne jamais réécouter ce truc. Et puis, on parie que vous reviendrez pour la lumière et le shoot de beauté qui vient avec cette merde. Personne ne saurait prétendre qu’il n’y a pas de musique sur Pacify. La musique est planquée sous les draps. Et Dieu seul sait où et comment la retrouver. Save The World est un manifeste débile post-Beach Boys, un titre de surf californien perverti jusqu’au trognon. C’est un morceau si lent qu’il meurt tout seul mais c’est plutôt marrant de crever comme cela au ralenti. A aucun moment sur cet album, on n’entend la vraie voix de Jackson Scott. Il chante comme s’il était un Dieu Fantôme carburant à l’hélium, planqué sous un grand rideau. On se souvient de l’effet produit par le premier album solo de Stephen Jones qui utilisait ce procédé. Almost Cured of Sadness. En 2003. Le procédé est identique et les effets similaires. Le miracle se reproduit. La voix est si haut perchée qu’elle en devient aussi effrayante qu’infiniment humaine. Il faut vraiment écouter Dissonnance qui est, selon nous, le meilleur morceau ici. C’est un titre dingo, complètement libre et pourtant qui renvoie un vrai sentiment de contrôle de ses effets. Scott atteint un sommet créatif dans l’UdIY (Undo It Yourself). Quel son de guitares ! D’une certaine façon, on touche ici au cœur de l’indie rock, à ce qu’il devrait toujours être : un truc qu’on a jamais entendu ailleurs mais pétri de références, un machin chaleureux et confortable mais aussi dérangeant et complètement surprenant. C’est un peu pour cela qu’on est là depuis le début.

Sunshine Redux n’est clairement pas le disque qu’on avait espéré. Ce n’était pas le disque qu’on attendait de la part de Jackson Scott. On était venu fêter la naissance d’une étoile chantante et on assiste à l’explosion en ligne d’une comète. Ca vaut ce que ça vaut mais c’est beaucoup plus beau.


Lesson 1 : Take the music by its title. Critics should sometimes stick to that primary principle before they listen to a new LP. That’s exactly what we’ve done with Jackson Scott’s second album to date. Sunshine Redux is the best inaudible record you’ll find this year. What kind of music would you do if you wanted to get closer to the sun? What would it sound like would you land off the solar planet with a guitar on your side and running shoes at your feet? Something like that probably : distorsion, an orgy of light, waves of burning arrows and a blur idea of how angel can sing. Melbourne, Scott’s first album, was one of the best 2013 lofi albums. It had everything we needed at the time: a punkish DIY approach and beautiful songs hidden under a rough and crappy production work. Jackson, 21 at the time, was to become our new favorite unknown songwriter. He was like a younger version of Nathan Williams.

At first listen, we thought we had pressed a wrong invisible button on our sound system. What is it the right speed? What is all there was to listen to? Is it possible nowadays to produce an album (even in your student room with cigarette butts everywhere and cold turkey on the carpet) which is musically so self-suicidal you won’t get even your own family to appreciate it? Of yes, it was and still is. Sunshine Redux is a pill hard to swallow but it will open your ears to stuff you probably hadn’t thought before. Call it psychedelical approach if you will. Jackson is no Syd Barrett. He is no Marc Bolan either, though he is singing on pitch shifting mode all the time. We are used since The Jesus and Mary Chain and the whole shoegaze highschool to search tunes and melodies BEHIND the noise and distorsions. But the new generation doesn’t care that much for that kind of noise. The tune lies WITHIN the distorsion. There is no noise here, just cracks everywhere and layers of music who could have come from different musical sources. If you were to land off the sun, it is probable (considering you wouldn’t burn before landing) you could hear all the world’s music AT THE SAME TIME and remember everything you ever was. Sunshine Redux evokes those early Pavement singles which were so difficult to decipher. That was good music. You knew it but you couldn’t reasonably explain why it was so good because it sounded that bad ! Woodwork is not even a song. It is just a few seconds long then you got Broken Record Repeat with an angelic guitar 2 string tune which melts into… well… nothing. Ripe for Love starts as wonderful child pop masterpiece hit-single before it dissolves into a hundred other (bad) songs. The song is 6 minutes and a few seconds but it explodes in front of our eyes before it has turned minute 3. Then it comes again like a fucked up symphony for slackers and lost souls.

Your first reaction will probably to fly away and promise never to listen to the LP again. Then you’ll probably come back to see the light and feel the rush of beauty behind the shit. Nobody can say there is no music on Pacify. It lies somewhere between the sheets. But God knows where. Save The World is an idiot post-Beach Boys manifesto. It is Californian surf-rock perverted to the bone. It is so slow towards the end it dies by itself, but it is cool to die that way. We can’t hear Jackson Scott voice clearly on Sunshine Redux. He is like an Helium Ghost God behind the curtain. We remember Stephen Jones’ first solo album round year 2003. Almost Cured of Sadness. It was a comparable miracle. Voice so high pitched it appeared both scary and terribly humane. You need to listen to Dissonance which is possibly the best track here. It is powerful and the peak of Jackson Scott’s UdIY (for Undo It Yourself) strategy. What a guitar sound ! It is both crazy, fucked up and formidably controlled. That’s what indie rock should ever be: never heard before and highly referential. Comfortable and warm but also disturbing and surprising.

SunShine Redux is not the LP we had thought it could/should have been. We had come to celebrate the birth of a new star songwriter and we are given the explosion of a supernova. For what it is worth… it is much more beautiful.

Tracklist
01. Woodwork
02. Broken Record Repeat
03. Ripe For Love
04. Steal Me
05. Pacify
06. Save The World
07. Merry Nightmare
08. Dissonance
09. PRPLMTV
10. Ripe For Love II
Ecouter Jackson Scott - Sunshine Redux

Liens
Ecrits aussi par Benjamin Berton

Ian Brown / Ripples
[Black Koi / Virgin Records]

Avec un album tous les dix ans, on peut dire que Ian...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *