Roulette Memory #38 : le Teenage Hate des Reatards

Reatards - Teenage Hate
Le premier album des Reatards dans son édition expanded de 2011 sortie un an après la mort tragique de Jay Reatard, peut-être le dernier grand punk américain. Le disque date de 1998, une époque à laquelle évidemment presque personne ne se soucie de ce jeune groupe punk garage. On est au coeur de Memphis, pourtant l’endroit où pas mal de choses se sont passées quelques décennies avant. Jay Reatard n’a pas tout à fait 18 ans et semble déjà en colère contre le monde entier. Teenage Hate est un brûlot, enregistré à la va vite, brutal et rentre dedans mais qui laisse entrevoir, à travers un déluge qui rappelle immanquement les Stooges, une belle culture musicale. L’édition de 2011 ajoute aux chansons originales deux cassettes sur lesquelles figurent quelques reprises splendides de blues ou des Beatles. On se souvient notamment du grand Down In Flames des Dead Boys que Reatard transcende et d’une version chaotique du I’m Down des Beatles.  Mais les grands moments sont évidemment les propres morceaux du trio depuis l’ouverture I’m So Gone en passant par l’extraordinaire You Fucked Up My Dreams. D’autres groupes garage tenteront de reprendre le flambeau après la mort de Reatard, à l’instar de Wavves, mais aucun n’arrivera vraiment à renouer avec cette incandescence et cette naïveté totale dans la livraison. Il y a une telle rage ici qu’on a l’impression de se retrouver vingt ans avant au moment de l’explosion du punk, quand rock et blues s’entrechoquent. Comme lorsque deux plaques tectoniques se rencontrent jaillissent du bouillon des créatures monstrueuses et tordues comme Peter Laughner, Iggy Pop, Tav Falco, Alex Chilton ou David Thomas. Reatard vient exactement de cet endroit là, un moment passionnant auquel il ajoute trois nappes de désespoir teenage supplémentaires, une sauvagerie ravagée par les excès de picole et de coke. Reatard s’endort une dernière fois dans son lit le 13 janvier 2010. Fin de l’histoire. Il avait quelques symptômes grippaux et surtout absorbé plus de coke que n’en supporterait un éléphant rose. Une enquête pour meurtre (un suspect recherché) a été enclenchée mais n’a évidemment rien donné. Drame de la jeunesse… On peut lui bâtir un mausolée pour nous avoir laissé les meilleures paroles des temps modernes :

You say “Baby, I don’t know”
I’m so gone, I ain’t got no home
Where I’ve been and where I’ll go
I’m so gone, I ain’t got no home
No future, no past, no, never come
I’m so gone, I ain’t got no home
No playing, no hate, no fucking love
I’m so gone, I ain’t got no home

Voilà à quoi ressemble l’époque. Juste ça.

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