Le Violent God de Pain Magazine : bienvenue en 2026, année de tous les traumas

Pain Magazine - Violent GodOn avait trouvé cela un peu too much à la première écoute à l’automne, presque trop sombre et trop noir pour nos envies de neige immaculée et de fêtes de fin d’année. Mais à reprendre le Violent God de Pain Magazine aujourd’hui, on se dit que ce disque sorti à l’automne 2025 est probablement un disque prémonitoire et va nous permettre de nous installer confortablement dans cette année 2026.

Et pour cause, le groupe nous donne tout du long une leçon de claques dans la gueule, au croisement de l’électro et du punk, le tout enrobé parfois dans des sonorités cold wave qui foutent autant les jetons qu’elles remuent. Pain Magazine est une sorte de super groupe qui associe deux artistes techno Maelstrom (Maël Péneau) et Louisaah (Louisa Pillot), habitués à travailler ensemble, et les membres du groupe Birds In A Row (Joris Saidani, Quentin Sauvé et Bart Hirigoyen), franchise hardcore française bien connue originaire de Laval. Louisaah et Maelstrom avaient signé en 2023 un disque collaboratif, War In Me, qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. C’est un peu de l’état du monde et beaucoup des échos/dégâts qu’il peut avoir sur notre psyché/dinguerie dont il sera question ici. L’album Violent God est un long développement glaçant et noir, traversé de mirages guerriers, de figures torturées et d’horreur mais aussi de froissements de soie. On pense parfois à la froideur virtuose d’Anne Clark (Nice Guy), d’autres fois à des réminiscences cold wave, à Bauhaus, ou à l’âpreté industrielle de Einstürzende Neubauten. Les sons sont lourds, métalliques, fusionnant ce qui relève des machines et ce qui s’appuie sur la structure hardcore nucléaire, basse-batterie. L’entrée en matière, Violent God, est particulièrement mémorable avec cette image saisissante d’un Violent God qui s’impose à nous autant qu’on l’aurait souhaité. Le malaise est évident, renforcé par cette voix déchirée et qui évolue dans la détresse.

Is it cold and wet
Did you ask for it
The sky’s coming down
To me
Does it fill you up
Could it be enough
The void’s opening
For me
Did I make it tough
Didn’t even touch
feel you calling
Out to me
Slipping down again
Opening to when
Thought I let it go
I thought you should know
Do I believe
in a violent god?
You make me believe
Do I believe
in a violent god?
Bring me to my knees
It could make me sick
How I wanted it
I remember
everything
Always bad ideas
But I love them still
Keep me awake

Les accords de guitare qui entrent en fin de 2ème minute sont miraculeux et viennent donner une couleur nouvelle à un morceau qui sombrerait sinon dans des abîmes de noirceur. Il y a souvent dans cette réunion de deux forces sombres, quelques traces d’humanité et de répit qui transfigurent la tonalité générale. Un segment instrumental tourné vers l’infini vient conclure le sinistre Weak and Predatory. Dead Meat évoque la violence et les liens de dépendance dans le couple. Les guitares sont en avant et donnent à ce morceau une belle allure gothique.  A l’échelle du groupe, c’est un tube à la facture classique, enlever, un morceau de prise de conscience et de rébellion.

Violent God est moins tourné sur les tourments du monde que sur ce qui se passe en chacun de nous. La violence est d’autant plus flippante qu’il s’agit d’une violence intérieure. On aime l’electro-clash de Magic, joli brûlot punk qui mérite bien son nom, envoyé tendu en 2 minutes et 22 secondes. Le disque a été composé rapidement et suite à la réunion en studio presque fortuite (pour voir) des deux groupes. Le résultat est assez disparate en matière de style mais offre du coup une vraie variété. Les plus frileux iront se frotter à la pop glaciale de Like A Storm, tandis que d’autres préféreront la pop expérimentale d’un A Good Hunter, qui fait partie de nos chansons préférées ici et a de faux airs d’une excellente chanson de PJ Harvey. D’aucuns préféreront la plus musclée Husk, ou la poésie noire du magnifique Horse Song. L’alternance des voix de femmes et d’hommes, les échanges instrumentaux donnent l’idée d’une recherche en cours, d’un dialogue permanent entre les différents artistes qui s’avère au final très fructueux.

Si le monde doit en finir cette année, ce Violent God pourrait tenir lieu de bande-son tout à fait acceptable.

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