Hype attendue pour le 29 septembre, le nouvel album de Nesles chavire déjà les cœurs de certains. On ne va pas jouer au rabat-joie et on confirme : Permafrost est un disque sincère, délicatement produit par Alain Cluzeau, un recueil tendre-fragile de chansons qui ne prennent jamais l’auditeur de haut. Aucune volonté d’affirmer le « moi je » ou de briller sur les réseaux sociaux. Rien qu’une nécessité pour son auteur.
Dans l’évident sillage du Miossec de Boire (moins influence que naturel cousinage – Mes forêts entretient le dialogue musical avec Le cul par terre), Permafrost pratique le folk tendu, assez Violent Femmes, mais sans non plus verser dans le quotidien prosaïque, urbain, sale. Un regard vers la nature protège Nesles de la bile, de la vendetta. Meurt le chagrin, affirme le dernier titre : l’isolement permet de ne pas (ou plus) se répandre en attaques frontales, l’harmonie avec le terroir aide à canaliser la colère froide.
Paradoxalement, cet album ne demande qu’à exploser mais s’y refuse. Derrière le vernis poétique des mots, un langage bien plus incisif pourrait surgir. L’auditeur l’espère jusqu’à la frustration. On sent Nesles prêt à en découdre, mais il y a trop de bonté en lui pour dévier de la littérature évanescente. Ici, fond et forme suivent un chemin similaire ; là où dans Boire (par exemple) les mots se cognaient aux partitions, le chant bataillait avec la musique. De ce tracé longiligne, une routine s’installe malheureusement trop vite, jusqu’à transformer Nesles, à certains moments, en chanteur français un peu dans le rang. Ce qu’il ne semble pourtant pas être.