Miossec – Cabaret Botanique – Festival Mythos
(Rennes, 1er avril 2025)

En cette fin d’après-midi du 1er avril, aucun poisson à l’horizon, mais un brestois pour ouvrir la soirée sur la scène du Cabaret botanique du festival Mythos. Cette salle mobile (un chapiteau Magic mirrors), plantée chaque année au milieu du jardin du Thabor pour les quelques jours du festival, est toute parée de boiseries et de verres colorés. La configuration plonge immédiatement les spectacles qui s’y déroulent dans le charme forain d’une bohème festive où la proximité avec les artistes est de mise. Quand, par bonheur, une douce météo printanière s’invite, l’ambiance se fait d’autant plus légère et conviviale. C’est dans cet écrin particulièrement favorable, un lieu où la connivence peut donc vraiment s’exprimer, qu’avaient lieu les retrouvailles de Miossec avec son public rennais. Déjà présent lors des éditions de 2012, 2015 puis 2019, c’est donc en habitué des lieux que ce voisin amical et un brin taquin se présente.

Miossec – Cabaret Botanique - Festival Mythos (Rennes, 1er avril 2025)

Casquette de marin vissée sur le crâne, visage buriné, les muscles du cou tendus et le regard toujours aussi perçant, Miossec, pendant une petite heure, égrène ses thèmes de prédilections. De ce côté, il ne faut évidemment pas attendre de nouveauté. Le contraire ne pourrait que décevoir. États d’âmes et insolubles interrogations, regrets et angoisses liées à l’inéluctable course du temps, envol des illusions composent une foule de thèmes omniprésents, qui dessinent la personnalité complexe et paradoxale d’un personnage flamboyant, bien que fragile et élégamment cabossé, donc franchement très attachant. Sans dissimulation, portant haut sa sensibilité d’écorché, trop sensible pour supporter sans se battre les épreuves et l’adversité de l’existence, Miossec s’avance d’une démarche légèrement hésitante, l’allure presque embêtée d’être ainsi là, planté sur scène une guitare autour du cou.

La plaisanterie goguenarde, mais retenue, il ne manque évidemment pas de relancer la rivalité entre son port d’attache de Brest et Rennes, cette voisine qui le lui rend bien. Cela donne tour à tour à des échanges goguenards ou chargés d’affects avec le public. Il vante par bravade les mérites de l’excellente salle de concert Brestoise du Vauban dans Je m’appelle Charles. Puis, cette relation bretonne prend aussi l’allure d’un émouvant hommage, avec l’interprétation de Mes Disparus qu’il adresse fraternellement en dédicace aux amis rennais qui ne sont plus là, Philippe Pascal, Dominic Sonic et Franck Darcel. Mais ces échanges avec le public restent contenus. On sent Miossec toujours un peu timide, freiné dans ses répliques, dans une attitude parfois au bord de la gêne, face à ce public de fidèles et d’inconditionnels. Un public comblé, visiblement très heureux de retrouver ce camarade hyper sensible, parfois jusqu’au débordement et à l’effusion tapageuse. Bref, c’est un échange mutuel de fidélités qui se joue sous le chapiteau du Cabaret botanique. Et le jeu est ici sans aucun artifice ni effet de manche, à l’image du récent album Simplifier.

Miossec – Cabaret Botanique - Festival Mythos (Rennes, 1er avril 2025)

Tout porte ici à l’économie de moyens, pour s’alléger et retrouver l’essentiel, c’est-à-dire la voix et une forme de sincérité dépouillée. La scénographie, pour seul dispositif, se contente d’un simple écran blanc en fond de scène. Cette épure est à l’image de la proposition musicale. Dans cet élan, pour cette tournée, Miossec s’est entouré d’une formation inédite et resserrée, formant un trio qui accorde toute sa place à la voix. Celle-ci déploie ses forces et ses fragilités, portées dans un parfait équilibre entre la guitare de Stéphane Fromentin (Trunk, Ruby Red Gun, Chien Vert, Cabine…) et les claviers de Nicolas Méheust (Dominique A, Daniel Paboeuf, Chien vert…). Autant dire, une compagnie à la voilure modeste, mais d’une robustesse élastique et d’une élégante assurance, mais surtout pleinement attentive à servir les textes, dans des arrangements d’une sobriété aérienne.

En se déroulant en début de tournée, ce concert un peu trop bref (formule festival oblige) a égrené les titres comme autant de moments de plaisirs et d’émotions uniques, dont les rimes, parfois dans un équilibre instable, sont toutes suspendues à un fil, celui d’une liberté et d’une familiarité avec les mots, l’humain et la soif de vivre.

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