Pearl Jam / Gigaton
[Universal Republic]

6.7 Note de l'auteur
6.7

Pearl Jam - GigatonPearl Jam n’a jamais fait dans la dentelle et ce n’est pas quelque chose qu’on peut reprocher à un groupe qui dispose d’une telle puissance de feu. Du point de vue littéral, Gigaton renvoie à une masse énorme correspondant à un milliard de tonnes. La couverture de l’album représente la ligne de front climatique Antarctique où, dit-on, la planète perd un peu plus de 100 gigatons de glace chaque année. Pearl Jam qu’on n’avait pas revu depuis quelques années (2013 et le moyen Lightning Bolt), n’a pas non plus l’impact d’un tremblement de terre (une trentaine de mégatons généralement) mais est tout de même un peu plus qu’un vieux groupe grunge sur le retour. Gigaton reste un album qui n’a à peu près rien à voir avec leur jeune temps. Pearl Jam est aujourd’hui un poids lourd d’un rock US assez mainstream plus hard rock que punk, progressif et puissant comme on l’attend des groupes qui ont accès libre à la bande FM.

On peut écouter Peal Jam dans son camion plutôt que le faire dans sa chambre d’étudiant mais cela n’enlève rien aux qualités du groupe. Les compositions sont solides, l’interprétation est appliquée et la livraison propre comme on peut l’attendre d’un tel groupe. Gigaton est à cet égard un bon cru. Il n’y a qu’à prendre l’ouverture, Who Ever Said, pour s’en persuader. Eddie Vedder chante avec un tel enthousiasme qu’on se prend à retrouver le feu de l’époque Yield, il y a plus de vingt ans. La section rythmique est énorme et l’engagement tout à fait convaincant. On retrouve surtout avec plaisir une forme de subtilité et d’impact mélodique que le groupe avait perdu précédemment. Ce sentiment se confirme à plusieurs reprises sur l’album avec des titres vraiment impeccables et puissants, comme Dance of The Clairvoyants, ou encore l’intense Superblood Wolfmoon. Le chant est magnifique et l’engagement réellement brillant. Pearl Jam sonne comme si le groupe entier réussissait, sur ce début d’album, à retrouver le sentiment d’urgence de ses débuts. Les riffs de Mike Mc Ready impressionnent tout du long et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on adorerait entendre ce genre de morceaux pétaradants et électriques à la radio. On trouve le même plaisir un peu plus loin sur Quick Escape qui s’appuie sur une belle progression de cordes et un beau travail de basse. Après cette entame tonitruante, le disque perd un peu de vitesse pour un Alright très réussi bien qu’un près démonstratif. Seven O’Clock est dans la même ligne, un titre qui relève plus de la balade qu’autre chose mais qui a une certaine ampleur (6 minutes) et que le chant de Vedder transcende. Le texte est dense, poétique et politique à la fois. Pearl Jam parle du rêve américain à travers l’attitude et les yeux de chaque individu. « This is no time for depression or self-indulgent hesitance/ This fucked-up situation calls for all hands, hands on deck…. Held by these thoughts/ They refuse to slip away/ Hangman in dreamland/ About to Call your name// Much to be done… Much to be… » On peut se moquer d’un tel volontarisme mais Pearl Jam étonne par sa pertinence et son intelligence.

La seconde moitié de l’album est un peu plus laborieuse. Les morceaux sont un peu moins marquants comme si le matériau de qualité avait été concentré volontairement sur la première face. Take The Long Way fait illusion mais on revient ici à une proposition attendue et sans surprise qui est presque trop longue (3 minutes 41) pour ce qu’elle a à dire. Le groupe laisse un peu plus de place à Vedder et évolue en semi-acoustique. On peut trouver ça bien mais aussi considérer que cela ressemble un peu trop aux travaux solo du chanteur, lesquels, dans la durée, avaient un peu trop tendance à se ressembler et au final à ennuyer. Buckle Up est encore une fois sauvé par l’intérêt du texte, ce qui n’est pas tout à fait le cas de Comes Then Goes, titre vraiment mainstream qui fait vaguement penser à un mauvais Springsteen ou à un tout petit Neil Young (ce qui n’est pas si mal). Ce n’est pas dans ce registre qu’on aime Pearl Jam. C’est pourtant ainsi que l’album se termine avec un Retrograde atrocement positif et qui s’en prend aux positions rétrogrades de Trump en matière d’écologie. On a envie de sortir le briquet. L’intention est grande et belle mais on finit par s’ennuyer malheureusement. « Stars align they say when/ things are better than right now/ feel the retrograde spin us round, round/ Seven seas are raising/ Forever future fadind out/ Feel the retrograde all around, round. » Le morceau est terne et sans imagination, à peine sauvé par la clarté de son message. Rivers Cross fonctionne mieux avec un synthé quasi religieux et une nouvelle charge anti-gouvernementale, tout en refusant de passer à la vitesse supérieure. Il s’éteint comme il est arrivé avec un brin d’indifférence.

Gigaton est un album qui n’en reste pas moins très appréciable, courageux, incisif et engagé, un album de son temps, où l’on entraperçoit suffisamment d’éclats de la brillance passée du groupe pour ne pas être déçu. L’album parle de souffrance, de politique, de réaction nationale, de sujets plus grands que le rock. On peut se demander à qui ce genre de musique, sur le fond et la forme, peut encore parler mais peu importe à vrai dire. Il faut des gens pour crier dans le désert et d’autres pour les ignorer.

Tracklist
01. Who Ever Said
02. Superblood Wolfmoon
03. Dance of The Clairvoyants
04. Quick Escape
05. Alright
06. Seven O’ Clock
07. Never Destination
08. Take The Long Way
09. Buckle Up
10. Comes Then Goes
11. Retrograde
12. River Cross
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