Les Pixies font tourner la planche (de surf) à billets : ça suffit !

Pixies - Come On Pilgrim... It's Surfer RosaEst-ce qu’on peut encore en vouloir à l’ancien meilleur groupe du monde de faire tourner à ce point la machine à cash ? Il fut un temps où les reformations multiples, tournées incessantes et autres encoffrages anniversaires des (rares) albums d’origine des Pixies faisaient l’unanimité : Frank Black et les siens ne venaient que réclamer leur dû, la part du pauvre qu’avaient engloutis en leur temps les groupes grunge américains dont ils avaient initié la veine. Nirvana. Dinosaur Jr et tant d’autres. Pixies était mort avant d’être né commercialement et n’avait pu capitaliser sur la qualité formidable et jamais égalée de la musique enregistrée entre 1988 et 1991/92. Frank Black ne s’en était jamais caché : il (re)venait pour le pognon et n’avait rien contre le capitalisme appliqué si celui-ci pouvait permettre à David Lovering de se prendre pour David Copperfield et à lui d’enregistrer un nouvel album toutes les six semaines avec ses Catholics (de l’apocalypse).

Depuis, sont passés par là deux albums inégaux et à l’accueil critique contrasté, dont un était lui-même issu d’une stratégie originale (mais lucrative) d’assemblage de singles dissociés. Depuis, sont passés par là un coffret gigantesque où l’on n’a jamais trouvé le Minotaur, ainsi que des rééditions anniversaire de best-of qui ont usé les meilleurs fans et créé une forme de distance entre l’entreprise Pixies et le groupe qu’on avait connu. Depuis, sont passés par là le départ de Kim Deal et le départ de Kim Deal.

Du coup, au lieu de sauter de joie à l’annonce d’un nouveau coffret en 3 CDs, consacré celui-ci à la double merveille Surfer Rosa/ Come On Pilgrim (30ème anniversaire), on s’est écrié : ça suffit! 3 CDs, relookés par le melonesque Vaughn Oliver, dont 2 consacrés aux originaux (tels quels, et sans supplément) et un live qu’on connaissait en bootleg depuis une petite éternité (Lowell 1986) : c’était à la fois trop et pas assez pour qu’on en fasse, peut-être, le premier des disques des Pixies qu’on n’achètera pas depuis leurs débuts. Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa sort le 28 septembre, sans nous. Nos anciennes éditions sont encore en bon état et n’ont pas inscrit « porte-monnaie sur pattes » en couverture.

Le groupe se produira pour cinq jours en résidence à Londres à la fin du mois d’octobre pour fêter dignement la sortie de ses anciens chefs d’oeuvre. C’est à cet endroit là qu’il faudra être et pas forcément au magasin de disques ou sur les sites de vente en ligne pour acheter ces albums merveilleux que le groupe lui-même est en train de considérer comme de simples produits dérivés au service de sa légende. Les Pixies restent une formidable machine de guerre lorsqu’ils se produisent sur scène. C’est à cet endroit là qu’on pourra désormais les retrouver de temps en temps pour se souvenir du bon vieux temps.

Comme chantait Morrissey, on les aime toujours mais peut-être un poil moins qu’avant, même si leur musique n’a pas pris une ride.

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