Les Pet Shop Boys? It’s psychological!
(part 2)

Pet Shop Boys

Flamboyance et démons

« Le meilleur album des Pet Shop Boys depuis Behaviour » peut-on lire sur les affiches murales des grandes villes afin d’annoncer un huitième opus nommé Release, en 2002. Est-ce à dire que Very et Bilingual comptent pour du beurre ? Le slogan se comprend mieux dans le sens où Release est un retour des PSB vers la simplicité électronique et la douce mélancolie. Sous une forme mineure : Neil Tennant, à l’instar de Morrissey (période Malajusted), y ressasse des vieux démons, des histoires éculées ; Chris Lowe, aux machines, offre à l’ensemble une certaine souplesse mais le déjà-vu prédomine. Si le disque plaît sans convaincre, un chef-d’œuvre bouleverse immédiatement : You Choose, titre d’éternité qu’Etienne Daho (ami avec Neil Tennant) pensera un temps reprendre (avant d’abdiquer face à l’impossibilité de traduire en Français l’évidence d’un tel refrain).

Les Pet Shop Boys? It’s psychological! - Part 1

En 2003, un énième best of vient remplir les caisses (PopArt – The Hits). Entreprise mercantile issue de chez Parlophone ? Non ! Malins, les Pet Shop Boys y incluent deux inédits : le très bon Miracles, et surtout (surtout !) un nouveau hit planétaire nommé Flamboyant (tuerie électro-pop aux paroles dézinguant le culte de la renommée). Si seulement les PSB pouvaient reconduire Flamboyant sur la longueur d’un futur album…

Qu’attendre dorénavant des Pet Shop Boys ? En 2006, la réponse arrache les tripes : plus rien d’exceptionnel. On continuera d’acheter chaque nouvelle sortie du duo, se dit-on, mais plus par fidélité que réel intérêt. D’où la surprise Fundamental. Boostés par la colère suivant l’élection de Bush jr à la Maison Blanche (I’m With Stupid lui est spécialement dédié), les Shopettes sidèrent par la virulence du propos, l’humour à froid, les clins d’œil malicieux, la verve retrouvée. Grand disque, Fundamental toise Depeche Mode (Psychological), impose un décor (Luna Park), se réapproprie Diane Warren (Numb) et réussit à concilier l’acerbe au ludique (The Sodom And Gomorrah Show). En décembre de la même année, au moment des sempiternels référendums, Fundamental se positionne très haut dans notre Top subjectif. Un tel retour en grâce permet d’entonner le fameux cliché : « plus jeunes, nous avions bien choisi nos idoles. »

Du coup, le fadasse Yes, en 2009, se pardonne aisément : comme Depeche Mode la même année (Sounds Of The Universe), les PSB appliquent leur force rythmique mais l’écriture comme la musique semblent obéir à la nécessité d’éditer une nouvelle collection de chansons – on sent bien que Chris et Neil, pas spécialement motivés, se forcent à honorer le contrat. Disque probablement enregistré comme on irait pointer au bureau, Yes s’oublie sans colère (album de commande).

Descendance et origine

En 2012, les PSB quittent leur label d’origine (Parlophone) en leur adressant un ultime album qui ressemble à un pied de nez foutage de gueule (Elysium, tellement mauvais que l’on peut soupçonner le fond de tiroir recyclé). Ceci explique pourquoi le duo, moins d’une année après, édite un nouveau disque : manière de faire comprendre qu’Elysium n’était destiné qu’à très vite casser le contrat Parlophone, manière également d’annoncer du sang neuf sur le label que Chris et Neil viennent de créer (X2).

Electric (titre éminemment shopien) s’adjoint les services de Stuart Price à la production. Pour les Pet Shop Boys, un tel partenariat devrait occasionner un nectar juteux : les précurseurs de l’électro-pop collaborent avec son plus fidèle descendant (autoproclamé).

Le problème vient peut-être de là : les sommets de l’ex Rythmes Digital commencent à remonter dans le temps (le prophétique Darkdancer, qui annonçait la crédibilité 80’s ; Leaving In A Magazine de Zoot Woman). Depuis, Stuart Price recycle les sonorités Ibiza à tire-larigot (Madonna, en suceuse de sang, en a fait son protégé). Electric est ainsi tiraillé entre deux options qui ne coïncident jamais : le retour aux sources et la production contemporaine. Chris fait du Lowe, Neil puise dans ses vieux carnets, Stuart exporte la marque (fisher) Price.

Le fan, heureusement, a de quoi se réjouir dans les vieux pots : Format, suite officielle d’Alternative, en 2012, est un magnifique coffret cartonné (pièce de collection !) qui regroupe toutes les Faces B enregistrées par le groupe entre Bilingual et Yes. Certes, quiconque se passionnant pour les Pet Shop détient déjà la quasi intégralité du double CD, mais pas sous un… format aussi splendide. Il s’agit moins d’acheter des morceaux que l’on possède en MP3 que de banquer un objet d’art (épuisé dès sa sortie).

Jeunesse et clin d’œil

Depuis Yes, les PSB courent derrière une jeunesse envolée. Avec une ambition à la clef : retranscrire leur sonorité 80’s avec modernité, narguer le revival synthétique en reproduisant (mieux que quiconque) la recette du « parfait tube d’il y a trente ans ». Conscients de ne plus pouvoir innover, les Shopettes flirtent ainsi avec le passé, mais avec la soif d’une mise en abyme propice à toutes les humeurs (nostalgie, humour, regret, fierté). Difficile fusion qui ne fonctionnait jusqu’à présent que par intermittence (Flamboyant restant le sommet de la période 2009 / 2015).

 The Pop Kids, cette année, résout la difficulté : addictif mais désuet, le titre permet à Neil d’écrire sur son appartenance aux Pet Shop, et ainsi d’instaurer un ton neuf dans la discographie du groupe (la conscience d’avoir été et de s’en souvenir, avec clin d’œil complice). L’album Super confirme cette délicate corrélation entre fond et forme : la patine s’énonce rétrograde mais harmonieuse (Chris semble très heureux de ressortir ses vieux synthés du placard), pendant que les mots, en contrepoint, s’expriment au passé simple (« nous fûmes les Pet Shop Boys », claironne malicieusement la voix de Neil).

Super est un album de vieux pour les vieux. Et c’est une excellente nouvelle : les Pet Shop Boys, plutôt que de courir derrière un jeunisme aussi outré que forcé (à l’instar des derniers et pathétiques albums de Duran Duran ou Visage), assument leur renommé has been. Pour en dénicher une inspiration inédite.

Seul problème : la recette ne peut guère s’appliquer indéfiniment. Super ressemble à la fin d’une boucle, à un disque tellement « politique des auteurs » qu’un bis repetita serait anachronique. D’où la question : quel futur pour les Pet Shop Boys ? À suivre…

Les Pet Shop Boys? It’s psychological! - Part 1

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