Peter Doherty & The Puta Madres
[Strap Originals / Cargo Records]

4.7 Note de l'auteur
4.7

Peter Doherty & The Puta MadresLe fait qu’on ne rende compte de ce disque que six semaines après sa sortie est symptomatique de la dégringolade médiatique et musicale de l’ancien « porte-parole d’une génération » Peter Doherty. Ce qui est artistiquement mérité (le disque est médiocre) est aussi plutôt salutaire d’un point de vue humain. Doherty fait beaucoup moins parler de lui aujourd’hui qu’hier. Il s’est établi sur le littoral sud de l’Angleterre et traverse encore très régulièrement la Manche pour passer du temps dans l’Hexagone, son pays d’adoption. Difficile de savoir vraiment si ses démons ont été mis sous l’éteignoir (gageons que non) mais la chronique judiciaire et à scandale s’est tout de même sacrément éclaircie, ce qui n’est pas une mauvaise chose alors qu’on reparle très sérieusement d’un énième retour (discographique et sur scène) des Libertines.

Peter Doherty & The Puta Madres succède à deux albums solo décousus. Les onze morceaux, enregistrés en France, dans un studio normand, reflètent sur le papier la créativité retrouvée d’un Doherty regonflé à l’air pur, ayant passé une alliance avec son ancien groupe de scène, composé d’un clavier (Katia Devidas), d’un guitariste, Jack Jones, d’une section rythmique Michael « Miggles » Bontemps (basse)/Rafa (batterie) et d’une violoniste, Miki Beavis. La formation n’est pas envahissante et se contente de composer un arrière-plan assez peu intrusif (et imaginatif) aux chansons « pour veillée au coin du feu » d’un Doherty au sommet de sa forme boy-scout. L’album est du reste sympathique pour cette raison. Doherty n’est jamais meilleur que quand il chante en donnant l’impression qu’il est assis au milieu d’un cercle d’amis intimes. Il gratouille la guitare et entonne des balades, des embryons mélodiques, des chants de copains qui ont souvent une classe folle et une séduction immédiate irrésistible. C’est ce qu’on ressent ici sur des morceaux comme All At Sea à l’entame ou plus loin le très chouette Narcissistic Teen Makes First XI. Doherty est bien entendu en roue libre (il ne sait évoluer que dans ce registre désormais) mais le fait avec un naturel, une légèreté et une intensité qui émeuvent. Who’s Been Having You Over est le morceau le plus intéressant du disque : offensif et chanté parfois en voix de tête, il est aussi le seul à se tenir à peu près dans la durée et à ne pas être menacé de dispersion.

Malgré tout ce qui s’est passé, on continue de gober toutes les âneries de Doherty sur sa sincérité et sa simplicité, on continue de fondre comme des madeleines quand il chante sur le splendide Someone Else To Be, «Looking for another chance/ Looking for someone else to be/ Looking for another chance/ Right into the sun/ Take me to the place where you go/ Where nobody looks if it’s night or day. »  Le morceau est symptomatique de ce qui se joue ici. Doherty est souvent inspiré mais s’effondre en cours de morceau. Celui-ci est étiré sur plus de cinq minutes alors que deux auraient suffi. La voix s’étiole et on finit par s’ennuyer ferme. La chose se répète à de multiples reprises : le chant n’a aucune tenue et l’accompagnement est trop illustratif. Paradise Is Under Your Nose (au titre douteux) devient assez vite une horreur mainstream où les voix se mêlent sans grande harmonie.

Le groupe tente quelques accélérations qui emmènent la joyeuse équipe dans un registre mi-hippie, mi-gipsy qui nous plaît encore moins. Ca jamme cajun-gitan sur The Steam sans grande réussite, tandis que Travelling Tinker mêle séquences dépouillées et emballements flamboyants et foireux. La seconde partie de l’album est particulièrement relâchée et moyenne, ce qui quand on a traversé les albums solo de l’artiste et la production des Babyshambles avec une certaine sympathie, est loin d’être un compliment. Doherty cabotine sur Lamentable Ballad of Gascony Avenue, morceau où il n’y a pas grand-chose à prendre. On a le sentiment de prendre les chansons au réveil, à l’instant où elles naissent sous les doigts de l’auteur. La voix est particulièrement pénible à entendre. On peut appeler cela de la facilité ou tout simplement un manque de travail. La fraîcheur et l’attitude désinvolte ne suffisent pas à compenser les négligences de composition. A Fool There Was est complaisant et se situe quelque part entre une face B datée de la Mano Negra et un mauvais Mano Solo. Punk Buck Bonafide sent le remplissage de fin de sessions.

On pourra excuser l’artiste en disant que c’était justement le principe : composer vite et plier l’affaire dans les conditions d’urgence artistique et d’un trip de quatre jours. Ce n’est pas suffisant pour expliquer cette débandade progressive de Doherty & son orchestre. La bienveillance voudra qu’on termine en disant qu’il y a encore un brin de talent là-dedans et de belles mélodies qui s’oublient et ne demandent qu’à s’exprimer. C’est évidemment trop peu pour qu’on fasse autre chose qu’être affligé. A quarante ans, Doherty semble rincé comme les coquillages qu’il vend dans ses chansons.

Tracklist
01. All At Sea
02. Who’s Been Having You Over
03. Paradise Is Under Your Nose
04. Narcissistic Teen Makes First XI
05. Someone Else to Be
06. The Steam
07. Travelling Tinker
08. Lamentable Ballad of Gascony Avenue
09. A Fool There Was
10. Shoreleave
11. Punk Buck Bonafide
Écouter Peter Doherty & The Puta Madres

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