
Phil Vinall lors de l’enregistrement d’un album du groupe guatémaltèque Bohemia Suburbana en 2014 (capture d’écran de cette vidéo)
Par rapport à d’autres producteurs stars de l’époque (allez, disons Steve Albini, de trois ans son cadet ou Steve Lillywhite qu’il assista à ses débuts comme sur Black Sea de XTC), la figure de Phil Vinall, producteur de musique indépendante londonien, mort il y a quelques jours maintenant, n’a jamais vraiment émergé à la connaissance du grand public. L’homme était discret, assez enjoué, fantasque (Luke Haines raconte dans son livre quelques anecdotes marrantes sur ses tocades et manières de travailler), très à l’écoute mais réputé pour n’avoir pas d’approche caractéristique du travail qui était le sien. Entendre ici que son son n’était jamais le sien mais avant tout celui des groupes au service desquels il se mettait. Phil Vinall avait l’approche modeste, mettant en avant ses qualités d’écoutes et sa capacité à révéler le son d’un groupe ou les ambitions de son leader, à mettre à jour le projet de musiciens qui, souvent, n’en avaient même pas conscience. Il était assez proche en cela d’un Stephen Street, producteur technicien aux producteurs “artistes” qu’on soupçonne plus facilement d’inspirer les musiciens avec qui ils travaillent. Cette approche modeste, Phil Vinall, nous l’avait expliquée il y a quelques années alors qu’on tentait de saisir le travail qu’il avait réalisé auprès des Television Personalities autour des deux albums majeurs que sont Privilege et Closer To God. Mandaté alors par Fire Records, alors qu’il venait à peine de boucler le travail en studio avec un encore jeune groupe nommé The Auteurs sur un disque baptisé New Wave, Vinall nous avait juste confié qu’avec le recul, il avait trouvé son travail “perfectible”. Il nous avait expliqué son rapport au leader des groupes et la manière qu’il avait de s’accorder avec eux sur leurs projets, de servir par le son leur ambition. Son de conquête commerciale, son d’intégrité et de mise en avant du songwriting, son au service seul des chansons, son qui camoufle les faiblesses et insuffisances, le tout dans une sorte de partition secrète et jamais écrite qui faisait selon lui le coeur de sa liaison aux artistes. A l’époque, Phil était déjà depuis quelques années à l’écart de l’oeil du cyclone, installé au Mexique et au chevet, presque à lui tout seul, d’une scène indie qu’il avait, par son travail, fortement marqué en une vingtaine d’années.
L’homme qui avait accompagné les Auteurs, Black Box Recorder et Luke Haines durant une bonne partie de sa carrière, façonné le son d’Elastica, de Gene, aidé à l’émergence de Pulp et de Placebo n’aurait-il été là que… pour appuyer sur le bouton ? La liste de ses productions est tellement impressionnante et proche de nos goûts qu’on a jamais pu croire au mythe du producteur transparent et juste là pour faire le job qu’il véhiculait parfois.
Rapportée par les quotidiens mexicains, la mort de Phil Vinall n’a pas déclenché comme on s’y attendait, un raz de marée d’hommages en Angleterre où il avait pourtant signé des morceaux, des albums à tomber et qui ont durablement marqué des centaines de milliers d’adolescents. Le groupe Gene lui a consacré quelques lignes émouvantes sur ces réseaux. On a rien vu de bien conséquent chez d’autres qui lui doivent une partie de leur carrière. Vinall était peut-être trop sympathique, trop peu envahissant, trop peu médiatique pour ça. En France, les collègues de Popnews ont relevé l’information et puis rien. On ne pouvait pas faire moins en souvenir de sa disponibilité et de sa gentillesse que de lui consacrer une playlist d’une douzaine de morceaux rassemblant quelques unes de ses productions. Ce qui est amusant avec Vinall c’est qu’il apparaît dans les biographies de tant de groupes monstrueux et de réalisations historiques sans donner l’impression d’y avoir joué un rôle décisif. Mais il y était souvent pour quelque chose. Quelque chose de vrai, de beau et d’intense.
Note : la playlist est volontairement non chronologique et sans dates.
Gene – Olympian
Wide Boy Awake – Billy Hyena
The Auteurs – Showgirl
Pulp – Razzmatazz
Elastica – Stutter
Tiny Monroe – Open Invitation
Grand Drive – Tell It Like It Is
Placebo – Pure Morning
Black Box Recorder – Child Psychology
Drugstore – Baby Dont Hurt Yourself
Zoé – Peace and Love
Television Personalities – Privilege
Das Pop – Love is Fair
XTC – Respectable Street
Placebo – Without You I’m Nothing
Gene – Sleep Well Tonight
Television Personalities – Goodnight Mr Spaceman

