J’aime Jésus avec Nick Cave et Placebo

PlaceboJésus est partout. Partout. Et bon. On le savait évidemment mais voici qu’à quelques jours d’intervalle, il tient la vitrine chez Placebo, qui célèbre son 20ème anniversaire avec la sortie d’un best of double CD alléchant, et chez Nick Cave, qui vient de livrer un premier morceau de son très attendu Skeleton Tree.

Quelles différences et quels points communs entre ces Jésus 2016 ? On a longuement hésité à développer pour de bon la thématique : « La représentation de Jésus dans la pop music des années 70 à nos jours » mais on s’est ravisé. Jésus rédempteur. Jésus qui souffre. Jésus sensualité. La figure du Christ dans la pop music n’est pas toujours orthodoxe et les deux morceaux en présence le disent parfaitement. D’un côté, Placebo met en avant la filiation entre l’homme que Brian Molko est devenu, sensuel, fragile, mais accompli, et le fils de dieu. Jésus, comme il motivait jadis Michael Chang à Roland Garros, est en lui et fortifie le chanteur anglais et le soulage de toute sensation de peur. « And I am unafraid and blissful/ Here I come/ I am unashamed at getting nothing done/ I’m a cavalcade that tumbles one by one/ But I’m okay, just like Jesus’ Son/ I’m okay, just like Jesus’ Son... ». Le titre est largement mainstream, à la limite de l’autoroute du soleil au point qu’on regrette évidemment l’époque où Placebo allait mal et chantait le malaise adolescent. Leur Jésus agit comme une séance de vitamine californienne, il régénère et éclaire de l’intérieur, il justifie surtout toute forme d’existence, oisive ici, ou belliqueuse. Le bonheur, c’est la poisse. Pour du Placebo, c’est forcément cul cul la praline au point qu’on en arrive à éprouver de la nostalgie pour l’époque des doigts dans le cul de 1998. (on vous épargne la vidéo). Embrasse moi, mets ton doigt dans…. Jésus est un déviant, un gars qui vous retape mieux qu’une séance d’UV ou de scientologie. Cela ne doit pas occulter la carrière réussie du groupe. 20 ans, c’est beaucoup et probablement un peu trop long mais les états de service du groupe recomposé sont tout de même très positifs. Et pas la peine de s’en tenir juste à la décennie dorée qui mène du premier album à (au choix)… Meds…. Sleeping With Ghosts… ou Black Market Music (2000), leur dernier chef d’oeuvre absolu selon nous. A Place For Us to Dream devrait constituer un joli monument sonore depuis les premiers pas de 1996 jusqu’aux derniers morceaux fréquentables. On peut trouver du bon jusque dans Loud Like Love.

Nick Cave & The Bad SeedsEt Nick Cave dans tout ça ? L’ancien Birthday Party revient avec ses Bad Seeds au sommet de la hype. Film. Tournée. Skeleton Tree est un putain de truc arty à vous dégoûter de préférer le rock indépendant à Slimane. Mais il faut s’y faire. Nick Cave est devenu si important que l’enveloppe conceptuelle de ses albums lui permet de grandir et de maintenir son statut…. tout en gardant la motivation. A y regarder de plus près, la musique ne change pas. Il s’agit toujours des mêmes types qui se tapent une belote musicale en variant le cadre et les stimulants. La dynamique créative du groupe est à ce prix : donner l’impression d’évoluer pour alimenter la mécanique. Il se pourrait bien que Skeleton Tree soit le premier album électro de Nick Cave. C’est ce que laisse penser ce Jesus Alone formidable. On en avait soupé des enluminures à cordes et de la grandiloquence. Revoici Nick Cave à poil période The Good Son, bluesman habité, sur nappes d’électro. Le titre est sublime, mettant en scène l’homme seul face à un Christ rédempteur, appelé à la rescousse pour racheter la mort d’êtres (chers et) perdus. L’homme chanteur implore, shaman vibrant, le retour de Christ. C’est magnifique et bouleversant, tandis qu’on pense immanquablement à la disparition (encore récente) du fils qui recouvre tout. Nick Père. Nick Prêtre. Le Christ est roi, souffrance, enfance, sacrifice. « You fell from the sky/ Crash Landed in a field/ Near the river Adur/ Flowers spring from the ground/ Lambs burst from the wombs of their mothers/…/ You cried beneath the dripping trees/ Ghost Song lodged in the throat of a mermaid/// With my voice/ I’m calling you. «  Nick Cave a déjà fait cela par le passé : même position d’imploration, même affliction, même plainte adressée à la part humaine du Ciel (Jésus), même lamentation, même voix… mais rarement aussi vrai, aussi poignant, aussi investi. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu cette voix là venir d’aussi loin et monter si haut. Ce n’est pas le Christ qui est seul, c’est son père. Nick Cave pleure comme l’autre, peut-être, a pleuré le jour de la Crucifixion. Le râle du bluesman et les pleurs de Dieu le Père se mêlent. La poésie est intacte, même bestiaire venu du fond des âges, les agneaux, la falaise mortifère, le ciel, l’explosion. La comparaison avec le texte de Placebo est évidemment accablante. Mais peu importe. La pop music n’est pas qu’un concours de vers. C’est un jeu de dupes, un truc qui ne se joue pas devant le public mais devant son miroir. Molko et Nick Cave ne chantent pas pour vendre des disques. Ils chantent pour que Jésus les pardonne.

Christ est partout. Christ est bon. Jésus est notre petite amie. Souffrance, réconfort. Chacun sa chapelle. Nick Cave, Placebo. Tout est bon dans le rock indépendant. A guitares de supermarché, en mode électro intimiste. Velours rouge, grandiloquence, bonheur et slips kangourous. Priez jeunesse.

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