Putain de camion : comment parler musique…

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Par une de ces coïncidences invraisemblables, on s’est couchés hier soir après avoir regardé l’excellent documentaire Lawrence of Belgravia (enfin sorti en DVD – mais on en reparlera), en écoutant l’album de Denim intitulé Denim On Ice, et sorti en 1996. L’album n’a pas marché, mais le deuxième morceau a eu le temps néanmoins de sortir en single. Son titre : It Fell Off The Back Of A Lorry. En clair : « c’est tombé du camion ». Avec les événements du réveil, on se dit que ce qui agitait Lawrence est désormais transparent. Pas des polos de contrebande, ni une télé, un feu d’artifices ou des parfums contrefaits. C’était bien la mort dont on causait, la mort tombée du camion et distribuée comme on sème les casquettes derrière la caravane du Tour de France, aux femmes, aux hommes et aux enfants. Les chœurs d’enfants prennent une toute autre signification. La semeuse est de sortie. Les routiers ne sont pas sympas.

Avec le recul, les camions étaient partout autour de nous depuis quelques mois. Notre ami Stephen Jones, dont on parlait encore il y a peu, leur a consacré un album entier Songs To Truck To, majoritairement instrumental, et dont on avait pu écouter en boucle trois titres singuliers intitulés : Muthafuckintruckafucka, God is A Dead Trucker Driving To Heaven et surtout I Wanna Die Trucking, Satan.

battletruckLorsque la nuit/nouvelle est tombée ce matin, on a pensé comme chacun que la virée était atroce. Les quelques images qui traînent montrent une fois encore que le diable est très et trop humain mais connaît ses manières. Idle hands are the devil’s plaything (une chanson des Palace Brothers, ceci dit en passant) ou encore fac et aliquid operis, ut semper te diabolus inveniat occupatum, selon Saint Jérôme. On a pensé rapidement à ce satané Camion de la Mort qu’on avait revu par hasard sur le câble (il y a un mois à peine) et qui singeait l’odyssée du Mad Max. Le camion de la mort venait de Nouvelle Zélande : « Straker est né pour commander avec son camion blindé, rien ne lui résiste et il devient une sorte d’impérator des temps futurs, quand il n’y aura plus ni ordre, ni loi. Corlie, l’amie de Straker, craque un jour et s’enfuit dans les montagnes. Poursuivie par les partisans de Straker, elle est sauvée in extremis par Hunter…  « . Personne n’aurait eu l’idée de le déplacer sur la Promenade des Anglais. Cannes n’en aurait pas voulu. On regarde les vidéos qui traînent, le silence des mauvais vidéastes, les cris plus que les bruits de foule. Le camion est blanc, immaculé. On saura bientôt s’il a été lavé ou pas avant. S’il a été loué, acheté, ce qui se trame derrière tout ça.  S’il s’agissait de monter au paradis en envoyant tout le monde en enfer. Ou l’inverse.

Il peut paraître dérisoire de penser et d’écouter de la musique après ça, bien entendu. Et un peu malsain aussi mais les chansons sur les camions sont un genre à part entière et on peut penser à ça aussi. Sur les sites américains, on trouve des dizaines de best-of de chansons country qui parlent du sujet. Ma préférée, et celle que j’ai envie d’écouter aujourd’hui, est cette scie romantique du bellâtre Brad Paisley qui s’appelle Mud on The Tires. De la boue sur les roues. Il s’agit d’un type qui a un tout nouveau pick up, un Chevrolet flambant neuf et qui embarque sa nana en virée. Il roule au bord de la rivière et il rêve qu’il déploie une couverture pour enfiler la fille. Il y a les criquets qui chantent. Il y a des tas de trucs à faire quand on a un camion et un peu d’imagination. Des trucs joyeux comme foncer sur la route comme un taré, écouter de la musique ou boire des bières au volant, regarder un DVD ou le chien qui se balance sur le rétro. On peut prendre des autostoppeuses et franchir les frontières. Mais pas ce genre de trucs. Pas ce genre de boue.

Have you been outside, it sure is a nice night
How about a little test drive
Down by the lake?
There’s a place I know about where the dirt road runs out
And we can try out the four-wheel drive
Come on now what do you say
Girl, I can hardly wait to get a little mud on the tires.
‘Cause it’s a good night
To be out there soakin’ up the moonlight
Stake out a little piece of shore line
I’ve got the perfect place in mind.
It’s in the middle of nowhere, only one way to get there
You got to get a little mud on the tires.
 

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