Que vaut le nouveau single de Peter Doherty ?

Peter DohertyPeter Doherty et Pete Doherty sont à peu de choses près la même personne. Pete Doherty est un Londonien un peu toqué qui travaille pour la presse people et fait de la musique (parfois cool) pour le compte d’une entreprise à responsabilité limitée connue sous le nom de The Libertines, quand il ne couche pas avec des filles levées dans des camps de désintoxication pour enfants riches. Peter Doherty a été mordu par une guitare radioactive quand il avait 6 ans et compose depuis des chansons de boyscout qu’il réunit dans des albums solo après les avoir jouées (les chansons) dans des rassemblements d’anciens mannequins en désintoxication et jeunes gens friqués au fond des bois. Même allure, même dégaine, même combat. Au sein des Libertines, Pete Doherty a un copain qui finit ses chansons qui sonnent con après le deuxième accord. Lorsqu’il est seul, Peter Doherty compose des démos qu’il traîne avec lui pendant des années et qu’il finit en désespoir de cause par enregistrer pour la postérité. L’un vit à Londres. L’autre du côté de Montereau sur le Jard, pas loin de Melun.

Oh bon sang, Pete et Peter Doherty sont des génies à petite échelle. Sur deux accords, ils sont quasi imbattables et peuvent faire la nique à Paul Mc Cartney gratte en main. Sur trois, ils n’y sont plus. Ou presque jamais plus. Au risque de se faire casser les jambes par de vrais amateurs, il n’y a pas de génies véritables en deça de trois accords. Juste des types ultradoués, des types inspirés ou qui tiennent quelque chose. On peut remuer le monde sur deux accords mais pas passer pour un maître de la composition pour l’éternité. Avec trois accords, oui, ça tient. Doherty est le gars à qui il manquera toujours ou presque le troisième accord mais cela ne l’empêche pas d’avoir livré un album sacrément important autrefois et d’avoir composé une flopée de titres exceptionnels du temps de The Libertines ou au sein de Babyshambles. Le garçon a son style et on ne lui envie pas. Pour le Record Store Day et avant un album solo qui paraîtra plus tard dans l’année chez Clouds Hill Records, Doherty a révélé la version studio de The Whole World Is Our Playground qui est à l’échelle de Doherty une chanson fabuleuse.

Plusieurs raisons à cela. La première c’est que c’est une vieille démo qu’on connaît depuis…mmm… au moins cinq ou six ans, voire un peu plus. Pour la plupart des gens, Doherty est carbonisé depuis qu’il a entrepris de sauver sa vie et sa carrière. Il n’y arrive plus et n’a plus le feu sacré. On ne dit pas qu’il devrait reprendre la dope parce que c’est évidemment elle qui a entamé son capital songwriting mais bien qu’il s’est passé un truc tandis qu’il était au fond du trou. Doherty a rebondi mais il a laissé des plumes au fond du seau. Deuxième raison, la chanson est une chanson d’amour typique de ce que Doherty a fait de mieux jusqu’ici. C’est une chanson de boyscout, de soirée au coin du feu, une chanson d’amoureux ado comme on les aime, du genre de celle qu’on aurait aimé chanter au creux de l’oreille de Kate Moss si elle avait daigné poser les yeux sur nous. Les textes sont splendides et dans la meilleure veine poétique du Doherty. On ne va pas s’amuser à les retranscrire mais c’est lui qui le dit. Tout est en place : la cheminée, la petite étincelle. Il ne manque que la peau de bête. C’est à la fois très beau et très simple. La voix de Doherty chante ce genre de machins à la perfection et son accompagnement de guitare est tout simplement irréprochable : un peu foireux tout de même pour exprimer la fragilité et la sincérité mais d’une précision absolue sur ces deux satanés accords qui font la différence. On voit les doigts bouger comme si on y était. Doherty est payé pour faire ce genre de titres depuis 10 ans et plus. Il est quasi le meilleur dans la partie. Le meilleur d’entre tous. Ca ne se conteste pas.

Alors évidemment qu’on peine passée la deuxième minute. Le morceau est comme toujours chez Doherty un peu court pour ce qu’il a en tête, un peu long pour ce qu’il a à dire. Cela s’essouffle et ça rame. On appelle la production à la rescousse pour rallonger la sauce mais cela ne marche jamais comme on voudrait. Du coup, on se dit que c’est aussi un peu bof et que cela finit TOUJOURS par se voir. Mais plus certaines fois que d’autres et ici, parce que c’est le printemps et qu’on l’aime bien quand même, Pete/Peter Doherty, on peut se faire avoir et  trouver ça vraiment vraiment bien. On a tous un copain qui aime jouer de la guitare. Et un copain qui aime l’écouter. On aime être bourrés et les voir s’amuser. On aime aussi être eux, tout en restant nous et sans avoir trop de problèmes pour se lever le matin. C’est ça qui est bien. Le monde reste le terrain de jeux des amoureux et des malheureux. On aime bien Doherty qu’il s’appelle Pete ou Peter.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Bill Callahan / Shepherd in a Sheepskin Vest
[Drag City]

Le bonheur est évidemment le pire truc qui puisse arriver à un...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *