L’humour et la musique pop, qui plus est indépendante et pas vraiment mainstream, un vaste sujet… et un terrain glissant. Difficile de dire s’il s’agit d’une spécialité d’ici puisqu’à part quelques rares exceptions comme les pitreries de Weird Al Yankovic qui trouvèrent un écho international dans les années 1990 ou les provocations de Sacha Baron Cohen, la question se pose essentiellement d’un point de vue local qui ne dépasse que très rarement les frontières. Alors bien sûr, en France on est servi question pastiche, parodie et autres approches humoristiques et/ou irrévérencieuses qui amènent la musique sur le terrain de la farce, plus ou moins réussie. C’est parfois drôle (on se souviendra de Delpech Mode ou des rockers ultra underground The Craters il y a quelques années), mais il faut en convenir, c’est plus souvent lourdingue que bien vu. La musique est quand même un truc sérieux et quand bien même les artistes ne seraient pas tous loin de là complétement dépressifs et même plutôt adeptes lors des enregistrements ou en tournées de moments conviviaux et festifs voire complétement délirants, les thématiques abordées et les vidéos les illustrant sont généralement éloignées de toute velléités de faire rire, un peu de la même façon qu’au théâtre ou au cinéma, la comédie, bien que populaire, doit sacrément batailler pour être reconnue comme une œuvre majeure et se trouve cantonnée à un art mineur et un rien lourdaud, ce qu’elle est parfois… souvent même à bien y regarder. Alors, quand rires et chansons cherchent à ne plus être qu’une station de radio un peu ringarde, c’est toujours avec une oreille et un œil un peu suspects que l’on accueille ces œuvres qui ne cherchent avant tout qu’à exprimer un état d’esprit léger et festif, au passage pas nécessairement dénué d’une forme de critique sociale. Après tout, la gravité du monde mérite bien que l’on puisse y échapper un peu de temps en temps ; pourquoi pas en musique aussi.
Cléa Vincent s’y connait en matière de légèreté. Sans nécessairement verser dans la poilade, son œuvre, remarquable et remarquée apporte depuis ses débuts un vent de fraicheur pop assumée et d’exotisme décalée. Au-delà de ses travaux personnels abordés comme il se doit avec sérieux, ses émissions de webTV Sooo Pop revisitaient l’insouciance des plateaux télé des années 70 et sa participation au projet Les Clopes trahissait déjà une forte envie de pastiche et de rigolade avec leur quatre albums oscillant entre post-punk noir et EBM neurasthénique. C’est donc avec un autre membre du collectif déprimo-rigolo, Romain Sanderre, qu’elle fonde à présent Los Fanfarons, un nom que l’on dirait tout droit sorti d’un Tintin Chez Les Picaros et qui de prime abord, semble bien inspirer à la déconne.
Azul Felawen est le quatrième titre que le duo offre à son public pour le moment confidentiel, co-écrit par une autre Clope bien connue et hyperactive depuis les années 1990, Kim Giani. Avec ses paroles dada chantées en kabyle, le titre dénote un peu de son plus pop et classique prédécesseur italo-disco Piano Piano mais se distingue surtout par son clip absurbe et grotesque sur fond de raclette kitsch et colorée. Le morceau à l’humeur orientalisante et joviale, bien parti pour n’être qu’une sympathique boutade bien enlevée par son gimmick vocal impeccable prend soudainement par la magie d’un pitch ralenti un air plus grave et on se retrouve à se demander si finalement, la blagounette caricaturant volontiers ces soirées convenues où il faut à tout prix socialiser, faire preuve de bonne humeur, trouver des sujets de conversation sans intérêt, des blagues douteuses et des animations ridicules, n’imposerait pas en réalité plusieurs niveaux de lecture.
Difficile à ce jour de prédire de ce qu’il adviendra de Los Fanfarons et si, à l’image des Clopes, le projet prendra corps dans un album à venir. Il faudra donc attendre un peu pour savoir si les meilleures blagues sont bien les plus courtes et si le nom ne serait pas surtout une invitation à ne pas se fier aux apparences.

