C’est entendu, on ne va pas ré-ouvrir le débat et on vous renvoie à notre présentation du duo à l’occasion de la sortie du single Azul Fellawen en début d’année pour se remémorer les questions (pas non plus existentielles, n’exagérons rien) que posent Los Fanfarons. Que posent et laissent en suspend car Ventilo, leur premier album que sort le label Music Work ne fait qu’enfoncer le clou en se gardant bien de répondre aux questions toujours d’actualité. Compilant une poignée de singles déjà connus et d’inédits sortis de derrière le comptoir, l’album nous fait danser sans toutefois apporter de certitudes sur quel pied le faire. Si, de certitude, il y en a bien une : Cléa Vincent et Romain Sanderre se sont bien amusés tout au long du processus (vidéos comprises) mais plutôt que de laisser ces titres finir dans les limbes d’un disque dur, ils ont décidé de les partager de la dorénavant plus simple et économique façon qu’il soit, sous forme d’un album en streaming. Seulement voilà, autant qu’un nom et un titre volontiers « rigolos », autant qu’une pochette bricolée en deux minutes, autant qu’un contenu foutraque partant dans toutes les directions sans véritable fil conducteur, même pas celui de la parodie au fond, le format choisi, même s’il correspond à un mode de consommation de la musique dorénavant majoritaire, montre aussi d’une certaine façon le moindre sérieux accordé à la démarche. Et alors, est-ce grave docteur ? Assurément non, pas trop.
Si on ne présente plus l’œuvre tout en finesse poppy de Cléa Vincent, l’histoire de son duo avec Romain Sanderre trouve son origine au sein des Clopes, supergroupe de cold wave dépressive aux forts accents parodiques mené par Kim Giani qui pour le coup, eux, poussent leur délire musical jusqu’à l’émergence d’une véritable discographie s’appuyant sur cinq albums que l’on peut tous tenir entre les mains. Sans se prendre le moins du monde plus au sérieux, Los Fanfarons se veut d’une certaine façon le pendant dansant, pop et coloré des Clopes avec ces titres composés en marge de soirées où le duo officiait d’abord en tant que DJ, pour finir au beau milieu de leur playliste où ils faisaient eux aussi leur petit effet, réussi donc. C’est certainement cette origine qui explique cette envie d’aller picorer à droite à gauche dans toute une série d’influences, maxis italo-disco quarantenaires, white labels house redoutables et 33 tours latinos aux pochettes colorées chinés dans les magasins de seconde main. S’il faut généralement se méfier de ces albums qui partent dans tous les sens, débordés par un trop-plein d’enthousiasme qui nuit au fil conducteur, c’est sans doute que l’essentiel, ici, n’est pas là.
Ventilo, parce qu’il va en falloir brasser de l’air pour tenter de rafraichir une atmosphère que Los Fanfarons s’efforce de rendre torride à l’heure de l’after-beach. Empruntant des chemins de traverse sans le moindre complexe, passant de la house à la techno, du cloud rap à la pop via encore le reggaeton, écorchant des mots chantés en italien, en français, en espagnol et même en kabyle, le duo ne s’interdit rien et fait parler sa science du tube de poche que rien ne semble pouvoir arrêter. Qu’il soit formellement dans la déconnade que ce soit au niveau des textes ou des productions ou qu’il cherche toutefois à introduire un peu plus de subtilité, Ventilo parvient à ne pas laisser indifférent. Parfois, alors qu’on ne comprend pas toujours où il veut en venir, on se laisse emporter par une mélodie délicate, une suite d’accords entrainants qui vide l’esprit de toute pensée polluante (I Love Paris). Ailleurs, alors que la parodie semble battre son plein, en l’occurrence à grand coup de kick (La Source), un petit texte à gros sabots nous rappelle à quel point la musique est puissante et vaut parfois toutes les thérapies du monde.
Lorsque Los Fanfarons convoquent l’italien, c’est autant pour une déclaration d’amour on ne peut plus stéréotypée et même autotunée mais déclamée sur un joli bout de mélodie ensoleillée (Piano Piano) qu’à l’inverse pour un Luna Di Miele portant un beau texte plutôt touchant interprété par Roberto Cicogna sur un rythme italo-disco certes efficace mais nettement moins renversant. Alors que Tata Smackito n’a aucune peine à tenir ses promesses d’absurdité, Taboularaza qui a comme ça a priori elle aussi tout de la bonne pignolade s’avère être un morceau d’une belle modernité porté par le talent d’écriture que l’on connait à Cléa Vincent et que l’on retrouve sur les très beaux Ventilo et Ce Dragon Là qui n’ont assurément rien de parodique ou de drôle. Pop songs éventuellement estivales mais surtout de haute tenue, ces morceaux apportent assurément du crédit à un projet sans aucun doute plus pertinent que le laisserait croire son côté bricolé.
Au fond, il y a sans doute plusieurs façons d’aborder ce Ventilo à l’apparence un peu trompeuse, mais pas complétement non plus. Pavé de plus dans la mare de la surproduction musicale actuelle, il est aussi un symbole à la croisée des problématiques d’un côté de dilution d’une œuvre dans l’océan mondial streamé d’où seul un heureux concours de circonstance lui permettrait d’émerger et de l’autre, les libertés de création pour les uns, d’écoute pour les autres sans trop avoir à se soucier de questions de rentabilité ou de cohérence de l’ensemble. Chacun ira donc picorer, ou plus exactement picoler à sa soif un disque d’été qui a la saveur luxuriante et légère des rosés frais, des pétillants italiens ou des cocktails à la mode sur lesquels au fond on ne crache jamais mais auxquels on préférera toujours la rentrée venue un vrai vin bien gardé ou une bière subtilement brassée.

