Robbie Williams / Britpop
[Sony Music]

4.8 Note de l'auteur
4.8

Robbie Williams - BritpopLorsqu’un type tel que Robbie Williams, qui donne souvent l’impression d’être assis entre le monde superficiel des superstars planétaires de la musique et celui des “musiciens alternatifs” normaux, sort par surprise un disque intitulé Britpop, qui plus est son premier album depuis quasiment dix ans, on ne peut que prêter une oreille attentive. Possible qu’il n’y ait jamais rien eu de vraiment intéressant chez Williams mais il aura toujours laissé penser que le contraire pouvait arriver. Britpop est un disque qui aurait du sortir en octobre dernier mais qui avait été décalé à février pour éviter une sortie simultanée avec le nouveau Taylor Swift. C’est dire à quel niveau on évolue. Finalement l’artiste a décidé qu’il en avait marre et a (prétendument) balancé le truc ce matin, vendredi 16 janvier. Prenez… ceci est mon disque.

Onze morceaux, trente huit minutes. Williams a dit de cet album qu’il était un hommage à la gloire de la gloire du glorieux rock anglais des années 90, le disque qu’il avait toujours rêvé de faire quand il avait quitté Take That. Et c’est quand même une curiosité que ce GROS disque de britpop qui sort en 2026. Pour dire la chose, passée l’ouverture rentre-dedans, conquérante et un peu vulgaire (mais cool quand même), Rocket, bûcheronnée de prêt par la guitare-scie de Tony Iommi de Black Sabbath, on assiste à un curieux spectacle où Robbie Williams va tenter d’écrire des chansons de Oasis (pas forcément le Oasis du premier album mais plutôt des disques 2 et 3) en… tentant et en réussissant assez bien à les écrire comme Noël et à les chanter avec la voix et l’accent déguisés de Liam. C’est ce qui se dégage d’un Pretty Face surprenant de mimétisme mais quand même pas fameux. Sur Spies, Robbie démarre en voulant faire un titre de U2 (et c’était bien parti) avant de se souvenir qu’il devait imiter Gallagher. C’est assez amusant et vraiment perturbant, comme si on avait affaire non pas à un chanteur parmi les plus gâtés en matière de voix… mais à une sorte de tribute interprète venu faire la tournée des boîtes de nuit du coin. Heureusement pour nous, l’idée de faire tout l’album ainsi fait long feu et Robbie Williams va aller tapiner dans d’autres coins de l’univers britpop. Il mélange les Spice Girls, Travis et… Space (?) pour un Bite Your Tongue, échevelé forcément et rappé comme à la parade. Le son est gonflé, bouillant et assez surréaliste pour qui n’a pas côtoyé ce genre de musique depuis quelques décennies. Williams reprend les aspects volontaristes, crâneurs et uptempo d’une britpop qui tambourinait aux effets de manche et à la coke. Cocky aurait-il pu mettre Oasis et Blur d’accord en 1995 ? Tout y est : le refrain fédérateur, les burnes apparentes et la séduction de fish n’chips, en même temps que les paroles niveau 4ème-5ème qui ressemblent à des rédactions de Bernard Sumner. On en arriverait presque à aimer ça tellement c’est bien fichu et inspirant. Il manque les fameux crescendos vocaux à la Robbie Williams qui nous donnaient envie de déplacer des montagnes…et c’est bien dommage.

All My Life est une très belle autre composition “à la Oasis”, peut-être la plus convaincante de toutes et on finit par se prendre au jeu, coiffer le bob, et bomber le torse. Étonnant tout de même de la part d’un artiste qui a passé la période en hibernation à se shooter que de vouloir rattraper le temps perdu et (peut-être) signer un disque de 1995 à trente ans de distance. Est-ce que la musique a beaucoup changé dans le registre pop depuis cette période ? Peut-être pas. Williams s’éloigne un peu de son thème sur la fin avec un Human très pop et guimauve, doux et chanté par les artistes mexicains (Williams est une star au Mexique) Jesse et Joy – ne nous demandez pas qui c’est. Ce n’est pas notre tasse de thé mais ça s’écoute sans frémir. Suit l’un des titres les plus attendus du disque : un single électro surprenant à la gloire de Morrissey ! On sait que Williams a passé pas mal de temps à copier et admirer l’ancien chanteur des Smiths. Le morceau est stupéfiant. “Come here, let me hold you for the rest of your life.”, propose-t-il en réponse aux nombreux appels à être aimé du chanteur. L’ombre des Pet Shop Boys, encore eux, flotte sur le morceau qui traîne un peu en longueur mais est au final une bonne surprise what the f***.

Le grand n’importe quoi conceptuel se prolonge d’ailleurs avec un You qui fonctionne comme un mélange de Menswear et de Frank Black. On dirait bien qu’il y a cinq ou six auteurs sur le coup. Les chansons sont marrantes, vintage mais ne laissent pas forcément une empreinte éternelle à la première écoute. You a quand même des airs de déjà entendu, de kitsch-glam qui interrogent la finalité de tout cet exercice. On ne sait pas trop qui penser de It’s OK Until the Drugs Stop Working mélange de The Verve, Suede pour la grandiloquence et du… Mike Flowers Pop (pour la grandiloquence). Les cordes sont bien arrangées et on peut danser au camping sur les lalalala de la fin flippant qui feraient passer My Life Story pour Patrick Sébastien ou l’inverse. On est quand même pas mécontents d’en finir avec Pocket Rocket la dernière belle chanson du disque et peut-être la seule qui ressemble un peu à du Robbie Williams.

A ce stade (mais le disque est sorti ce matin), on a pas tout compris du projet ni de l’intérêt global et pas non plus certain qu’il y ait sur ce disque des chansons qui marquent autant que les standards de Robbie Williams Mégastar. Mais l’exercice de style a une certaine allure et l’artiste a du talent. Ça s’entonne et ça s’écoute en radio sans honte ni urticaire, on peut donc considérer que l’album n’est pas mauvais et a ses bons moments.

Tracklist
Liens
01. Rocket
02. Spies
03. Pretty Face
04. Bite Your Tongue
05. Cocky
06. All My Life
07. Human (feat Jesse & Joy)
08. Morrissey
09. You
10. It’s Ok Until The Drugs Stop Working
11. Pocket Rocket

 

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