Depuis ses débuts officiels en 2008 avec Bare Wires – souvenez vous de super morceaux comme Cheap Perfume, Idle Dreams ou Young Love -, le natif de Memphis Tennessee Matthew Melton n’a jamais pensé une seconde à ranger sa guitare au placard, pas plus qu’à raser son éternelle moustache. Avec Warm Soda, formé en 2012, il avait définitivement confirmé sa valeur, composant à une cadence effrénée un nombre assez impressionnant de petites bombes power pop, dont peu de compositeurs de sa génération évoluant dans le même genre auraient auraient pu accoucher. Au fil de 5 albums, il n’aura eu de cesse de nous régaler de ce que recherche tout amateur de power pop : des mélodies imparables immédiatement accrocheuses, des riffs tranchants, des rythmiques tendues et des décharges d’énergie jubilatoires. Avec des morceaux mémorables comme Jeanie Loves Pop, Tell Me in a Whisper, I Wanna Go Fast ou Waiting for you Call – pour n’en citer que quelques uns -, il s’était imposé en authentique faiseur de tubes. Avec Dream Machine, on l’avait même vu s’amuser en 2017 à monter un groupe sabbathien avec sa femme Doris, avec laquelle il avait d’ailleurs récidivé en 2022. Un temps basé à Oakland (Californie) puis Austin (Texas) et même exilé à Amsterdam, il a depuis décidé déposer ses valises à Los Angeles pour mieux poursuivre ses aventures sonores.
Si Melton n’en est pas à son premier coup d’essai en solo, son deuxième disque, Outside of Paradise Revisited sorti en 2025, avait montré que notre homme en avait encore sous la pédale, comme en témoignent les excellents I Go in Circles ou Fragile. Ses deux derniers singles en date, l’excellent et très strokesien Prussian Blue et le non moins intéressant Leading Me On, montrent que Melton est encore très loin d’avoir dit son dernier mot. En attendant, il a accepté de nous parler de ses influences et références ultimes, avec une prédilection pour les chansons d’amour, en bon rocker romantique.
New Colony Six – Dawn is Breaking
Dawn is Breaking de New Colony Six est le premier titre de ma sélection. C’était le tout premier disque que j’ai acheté. Je l’ai déniché chez Last Chance Records à Memphis, dans le Tennessee, quand j’avais 13 ans, et il m’a plongé dans le vortex du garage des années 60, me faisant découvrir The Music Machine, The Eyes, The Seeds, The Sonics, et la liste est longue… J’aime la façon dont il dit à la fin “sleep sleep sleep. . .” Un jeune homme au cœur brisé, maintenu éveillé malgré lui par le poids écrasant de la trahison, du chagrin et du tourment qui en résulte, désirant désespérément le repos dont il a tant besoin alors que le soleil aveuglant commence à se lever, occultant la réalité de sa souffrance.
Flamin’ Groovies – Shake Some Action
Je me demande le nombre incalculable de fois où j’ai pu écouter ce morceau… Ça doit se compter par milliers. “It’s taken me so long to get where I belong. Oh, but please don’t send me back that way, For I will make you pay, Shake some action is what I need, to let me bust out at full speed, and I’m sure that’s all you need to make it alright” Peut-être avons-nous tous juste besoin de Shake Some Action de temps en temps.
Real Kids – Common at Noon
C’est un autre des premiers disques que j’ai dénichés. Je crois que c’est Zac Ives, de Goner Records, qui me l’avait recommandé. Common at Noon de Real Kids transmet ce sentiment de traîner en ville avec en tête la fille qui t’a brisé le cœur, et que tout te rappelle à elle, alors que tu es hanté par les fantômes de la trahison. (à écouter aussi : All Kinds of Girls, qui est son pendant bien plus positif)
Incredible Kidda Band – I Want You
“I want you to want me like I want you.” Qui ne peut pas s’identifier à ça ? C’est un sentiment qui m’est bien trop familier… Tout donner dans une relation pour découvrir que l’on sombre rapidement dans un déficit émotionnel. Et puis Bam !, le sol se dérobe et il ne reste que cette douleur perçante dans le cœur. Vous commencez à remarquer un schéma ici ? Le chagrin d’amour. Il est responsable d’innombrables albums, œuvres d’art, et probablement même de guerres. La power pop est ancrée, indéniablement, dans mes fondations musicales, et l’Incredible Kidda Band est tout en haut de ma liste de favoris dans ce genre. Si vous n’avez pas exploré leur catalogue, il faut absolument que vous le fassiez ! (essayez aussi : Get off the Telephone)
The Tights – Cracked
Devinez le thème de celle-ci. Vous avez trouvé : le chagrin d’amour. Ce sentiment lancinant, le revers de la médaille du désir humain. J’adore l’énergie punk anguleuse et l’attitude de ce morceau. « Human feelings out of season, heard them call it age of reason, no more freedom, no more hope, i’ll slit my wrists and that’s no joke, when i get lonely pain in my heart, I fly to Jupiter in my mind, I think of you with tears in your eyes, i look at him, he’s laughing”. C’est puissant ! C’est la douleur aiguë du fait d’être conquis, d’être exploité, puis rejeté.
Phil Seymour – Looking for the Magic
Beaucoup connaissent la version de Dwight Twilley, mais voici l’originale Looking for the Magic par Phil Seymour. Cette chanson est comme mon mantra personnel. C’est ce que nous cherchons tous : LA MAGIE. Dites-moi si quelqu’un la trouve, Dieu sait que je la cherche toujours. Sincère, authentique, c’est de l’or en barre power pop. Phil Seymour est une légende.
Hoodoo Gurus – I Want You Back
Quoi de mieux qu’un bon refrain pop qui vous accroche vraiment ? Celui d’I Want You Back des Hoodoo Gurus est tout simplement imparable. J’aimerais qu’on passe encore ce genre de choses à la radio. Je reste fidèle à mon thème du chagrin d’amour qui brise votre vie. Notre protagoniste fantasme sur son ex qui l’approcherait pour lui dire “je veux que tu reviennes”, mais vu les paroles des couplets qui semblent insinuer qu’elle était une prostituée, je lui conseillerais de laisser tomber.
Todd Tamanend Clark – Nightlife Of The New Gods
J’aime tout ce qui est rare, unique, moins connu, et étrangement bon grâce à son authenticité pure. La musique de Todd Tamanend Clark a été qualifiée au mieux de “electro-psychedelic glam rock” et je dirais que c’est juste. Ce type a composé des chansons vraiment cool (il faut explorer) et son histoire personnelle est un vrai trip. On note qu’il a participé à l’occupation amérindienne de l’île d’Alcatraz entre 1969 et 1971. Alors oui, allez écouter ce morceau !
Lou Reed – Crazy Feeling
Il fallait que j’ajoute une chanson de Lou Reed à la liste même s’il déteste les Beatles (que j’adore). Crazy Feeling est la première chanson du premier album après la sortie de Metal Machine Music (son album de bruit pratiquement inécoutable) où on l’entend revenir à un format pop plus accessible. Si vous n’avez pas exploré cet album, Coney Island Baby, c’est mon album préféré de Lou Reed.
Robert Hazard – Girls Just Wanna Have Fun
Dernier point mais certainement pas le moindre, quelqu’un pense encore que Cindy Lauper a écrit Girls Just Wanna Have Fun ? Non, c’était Robert Hazard en 1979. Si vous ne l’avez jamais entendue, écoutez donc la version originale de 1979 qui a été plus tard « découverte » par un producteur et remaniée pour Cindy Lauper en 1983. Laquelle préférez-vous ?
Propos rapportés et article signé par Baptiste Fick
Photo : couverture de l’album Outside of Paradise

