Ceux qui (comme nous) prétendaient que parce qu’il était désormais heureux en amour et en famille, Will Oldham/Bonnie Prince Billy était devenu un chanteur chiant et sans intérêt, se sont fourrés le doigt dans l’œil. Ses dernières productions en témoignent : BPB est en forme et s’interroge plus que jamais sur la condition humaine et sa finitude même si ça va plutôt bien pour lui, dans ce magnifique album baptisé The Purple Bird.
Pour aimer le Bonnie Prince Billy new look, il faut bien sûr faire le deuil de l’âpreté désespérée de jadis, des rythmiques sèches et déchirantes de ses plus belles/pires années. A 55 ans, l’homme qui signe des disques plus vite que son ombre est bien dans ses baskets et semble avoir trouvé un refuge confortable dans un formalisme country folk, aéré et pur comme l’eau claire. La production de son dernier disque en témoigne : lisse et limpide, elle ne présente qu’assez peu d’aspérités mais surprend par sa propension à intégrer des aspects folkloriques, à l’instar de la connotation irlandaise assez inattendue sur Downstream ou du côté danse polonaise d’un Guns Are For Cowards emmené à l’accordéon. Ce dernier morceau est quand même une sacrée curiosité qu’on pourrait entonner dans une ducasse chti ou une version US de la fête de la Bière. Si on ajoute à cela, les interventions tout aussi “disruptives” (on l’écrit en déconnant) du chanteur John Anderson sur le même Downstream, The Purple Bird est quand même un disque assez bizarroïde.
Sur ce qu’on en a lu, le disque est le résultat de la rencontre entre le producteur et musicien David Ferguson et Oldham à l’époque d’I See A Darkness. Le premier rêvait d’enregistrer un disque avec lui et c’est ce à quoi Oldham a fini par répondre, en proposant un séjour studieux à Nashville où ils ont retrouvé un équipage 100% country mais aussi 100% pro, qui a largement contribué à la tonalité roots du disque. A côté de quelques chansons curieuses et qui plairont surtout aux puristes (?), The Purple Bird regorge de petites merveilles de délicatesse et d’écriture. On peut prendre par exemple le splendide One of These Days (I’m Gonna Spend The Whole Night With You), trésor de chanson amoureuse, ou l’impeccable morceau d’ouverture, Turned To Dust (Rolling On). On peut citer parmi les réussites phénoménales du disque le titre, Boise, Idaho, qui est peut-être bien notre morceau préféré d’Oldham depuis dix ans.
I suppose I’m lucky that I didn’t have to hear her cry
Nothing breaks you down like the sound of your girl’s goodbye
I wanna speak my mind, but I can’t find the words
For the life of me and probably for the life of her
I won’t be going back to Boise, Idaho
I’m off my game, and I’ve got no more cards to show
I played ’em all somewhere along the way
Then I got called, and now there’s hell to pay
Les histoires d’amour et désamour qui occupent le disque sont belles et souvent déchirantes. Elles amènent le chanteur à s’interroger plus largement sur la vanité de l’existence et de son être au monde. L’optimisme (pas tout à fait assumé et fragile) guide le remarquable Sometimes It’s Hard To Breathe, sorte de classique oldhamien, alors que le doute s’exprime bien plus nettement sur le dépouillé Is My Living In Vain ?, question qui vaut bien plus que 1000 euros et à laquelle Bonnie Prince Billy finit par répondre de manière rassurante. “Bien sûr que non…on ne fait pas tout cela pour rien. Car emprunter le chemin de la vie est une récompense/un enrichissement…”. Poser ces questions de cette manière là, quand on connaît le “passif” du bonhomme a toujours un petit côté flippant qui est récupéré par l’allégresse et la chaleur du final, Our Home, sorte d’ode boyscout à l’implantation de son home sweet home…. et au bricolage. On doit avouer que ce genre de chansons qui aurait tout aussi bien pu être composée dans les années 20, 30, 40, 50 ne nous parle pas tant que ça mais ceux qui fréquentent le genre s’en accommoderont volontiers.
On préfère les chansons plus élusives ou moins programmatiques comme The Water’s Fine qui parle juste d’aller se baigner plus ou moins à poil dans un trou d’eau. Oldham fait son Mark Twain sur ces scénettes et c’est aussi daté qu’appréciable. Qu’on puisse trouver de l’intérêt à des textes et à une musique qu’on pourrait qualifier d’aussi “anachronique” est quand même assez bizarre. On a tellement pris l’habitude de cotoyer ces sonorités et portraits de genre chez Oldham qu’on ne s’en étonne plus. Au rang des belles chansons, on doit terminer tout de même par la plus moderne et sûrement la plus belle d’entre toutes : le single London May qui est LA chanson qu’on retiendra ici. C’est le morceau parfait, texte, chant et musique. Une leçon de musique et de poésie qui finit assez bien puisqu’on y meure en paix.
Leave it to solitude all along
Only the lonely can be so strong
Never has anyone made such a fuss
Death looks in the window as only death must
Or you will find that with thoughtful action you will rise
Never to suffer, never to die
Maybe we’ll always be this way
After our horrific night comes bright day
You may want to stay
Lose yourself in another wild night
On and on and on and on
Need to decide who will win this fight
Devil will say your time’s come and gone
Or you will find that things have come to coincide
Now is the time to die
On ne met pas le texte pour se faire plaisir. C’est du grand art, de la pop au plus haut degré de sophistication, avec un clavier incroyable qui tourne autour des voix. You may run away. Yes You Will. A la rigueur, on peut oublier tout le reste et ne garder que celle-ci.
The Purple Bird est un disque intéressant et quand même pas si simple à apprécier si on n’a pas été élevé par des foutus cowboys. Comme dirait l’autre, la country c’est pas pire que d’écouter du Rnb… mais c’est pas mieux non plus. On file bouffer une entrecôte au Buffalo Grill et on range les santiags. Oldham/Bonnie sera à la Cigale (Paris) le 18 mai.
02. London May
03. Tonight With the Dogs I’m Sleeping
04. Boise, Idaho
05. The Water’s Fine
06. Sometimes It’s Hard to Breathe
07. New Water
08. Guns Are For Cowards
09. Downstream
10. One of These Days (I’m Gonna Spend the Whole Night With You)
11. Is My Living In Vain?
12. Our Home
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