Bibi Club / Le Soleil Et La Mer
[Secret City Records]

9.1 Note de l'Auteur
9.1

Bibi Club - Le Soleil Et La MerC’est bien évidemment un poncif, mais ça ne fait aucun mal de se le redire de temps à autre : la musique est magique. On a beau passer sa vie depuis des décennies à y consacrer le plus clair de son temps (libre ou pas), des milliers et des milliers d’heures d’écoute, de digging comme on dit maintenant, de concerts, de lecture, d’écriture et autres activités connexes en tout genre, aussi diverses que variées, il arrive encore que l’on se retrouve cueilli comme un perdreau de l’année à l’écoute du premier disque d’un groupe quasiment débarqué de nulle part. Ou presque en tout cas pour Nicolas Basque, guitariste chez Plants & Animals, un groupe peu connu de ce côté-ci de l’Atlantique mais qui mène sa barque avec 6 albums sortis depuis une vingtaine d’année dans la lignée des gourous indie rock canadiens que peuvent être Arcade Fire ou Broken Social Scene. Un groupe qu’Adèle Trottier-Rivard, fille de Michel Rivard, musicien bien connu au Québec et de la journaliste radio Marie-Christine Trottier a rejoint depuis leur avant dernier album à la faveur d’une histoire d’amour qui suit son cours, merci pour eux. Voilà pour les présentations qui n’ont rien d’anodin, ni de l’anecdote people : Le Soleil Et La Mer, ce premier album donc du duo de tourtereaux Bibi Club qui sort sur le label montréalais Secret City Records est tout entier marqué du sceau de l’amour et de la famille, de ces moments de bonheur simples qui embellissent les jours gris et les semaines sans fin. Signe des temps, comme d’autres, Adèle et Nicolas n’hésitent pas à se mettre en scène dans leur quotidien sur les réseaux sociaux où vie de groupe, de couple et de famille ne font qu’un, font participer père, mère et sœur dans les clips de leurs groupes comme un lien indéfectible qui, au-delà des affres de la vie, séparations comprises par exemple, doit rester une balise à ne jamais perdre de vue.

La première fois que les tourtereaux ont cueilli le perdreau de l’année, c’était avec Femme-Lady. Drôle de titre, drôle de nom de groupe : malheur pour qui se fiait aux apparences, trompeuses. Ce premier single nous laissait avec d’immenses espoirs que Le Soleil Et La Mer vient sans aucune difficulté confirmer. Avec son format resserré de 8 titres dont la plupart n’excèdent pas les 4 minutes, ce premier album dévoile un groupe qui a pris le temps de maturer son projet, de peaufiner son écriture et d’engranger la matière brute sous forme d’expériences de vie qui donnent corps à ses chansons. Des périodes traversées comme tout un chacun tant bien que mal, comme un hiver interminable pour des canadiens pourtant rompus à l’exercice du confinement pour cause de conditions dantesques. Alors la vie s’organise et se recentre sur les préoccupations essentielles : aimer, s’aimer, partager, promettre de partager encore plus. Les « bibis », les enfants du couple dansent dans le salon et donne sens au nom du projet ; on joue, on pense, on parle et on attend. Le printemps, enfin, réel et symbolique : il est temps d’ouvrir la fenêtre, se précipiter sur Le Balcon qui ouvre le disque tout en douceur et profiter de cette promesse de soleil et de mer qui, comme un mantra, revient sur pratiquement chaque titre.

Si l’imaginaire collectif francophone est marqué de ce côté de l’Atlantique du moins par la mièvrerie de François Deguelt en 1965 quand il s’agit d’évoquer le soleil et la mer, d’autant que le ciel, les nuages sont aussi des éléments que l’on retrouve en abondance dans les paroles du duo qui cultive lui aussi une approche indéniablement pop, les thématiques de l’album sont généralement plus introspectives et n’usent de ces artifices de décors que pour entrer plus au fond de sentiments complexes. Chaque chanson nous rend témoin de l’intimité du duo/couple et l’on perçoit assez rapidement la façon dont la symbiose amoureuse et artistique se met en place, Nicolas Basque, le musicien d’expérience, créant pour la voix et les textes de sa compagne des écrins étincelants qui lui permettent enfin de prendre la lumière dans cette jolie aventure humaine et musicale.

L’ensemble est léger et éblouissant. La musique de Bibi Club pétille comme une limonade, un peu amère, un peu sucrée, mais surtout très douce et rafraîchissante. A l’image du premier single, c’est tout le disque qui s’anime de cette pop faussement simple : mélodiquement évidente, elle s’enrichit de constructions sinueuses et d’effets déroutants qui la rendent parfaite dans sa capacité à attirer l’attention. Ici, rien de coule de source. Le résultat est hypnotique et tranche avec la très jolie voix tout en sobriété qui impose sa douceur au fil des morceaux. Souvent enlevées, les chansons prennent même parfois des tournures groovy pour faire danser petits et grands. La Nuit est un véritable hymne techno-pop d’une remarquable efficacité tandis que le plus complexe Bellini s’impose comme un petit morceau de bravoure qui monte en tension pendant plus de 9 minutes qui commencent sur un long monologue latino pour monter dans un crescendo synthétique lacéré de riffs jazzy avant de sauter le pas vers une rythmique dansante contemplative. Il est alors temps de refermer la fenêtre sur le titre éponyme Le Soleil et La Mer, doux et beau comme un coucher de soleil sur l’océan, promesse d’une expérience forcément impossible quand on habite à l’est d’un continent.

Mais dans cet album varié et tenu par une belle unité de ton, ce sont les morceaux les plus ouvertement pop qui s’imposent dans la lignée de l’impeccable premier single. Si Le Matin est le moins dynamique avec son tempo chaloupé, il met en avant un étonnant jeu de guitares déjà découvert sur Femme-Lady, à la limite du désaccord ou exagérément traitée au vibrato un peu à la manière des anglais de Good Sad Happy Bad et qui créé sur l’ensemble du disque mais sur ce morceau en particulier une atmosphère assez unique, rarement entendue ailleurs. L’Oiseau Rouge est une petite merveille de ritournelle sautillante faisant preuve d’une efficacité qu’on n’avait plus retrouvée depuis les excellents disques de Small Factory (devenus The Godrays) dans les années 1990. Même le presque funky-listenning quasiment exotique Parasites chanté en anglais est tellement léger et joyeux qu’il finit par faire oublier son thème de guitare largement éprouvé sur une table de Ping-Pong depuis 1994.

Don’t worry, be happy, things will get better naturally comme chantait l’autre ; voilà bien qui pourrait finalement résumer l’esprit de ce premier album presque trop beau pour être vrai, en tout cas maitrisé à la perfection dans sa thématique et sa conduite musicale. Plus qu’une promesse tenue, il apporte à la musique pop en 2022 un véritable vent de fraicheur qui nous rappelle qu’en alignant correctement les étoiles tout en faisant preuve d’humanité autant que d’ingéniosité, il est encore tout à fait possible de créer des chansons pop intelligentes en parvenant à sortir des sentiers battus. Un simple pas de côté qui fait de Le Soleil Et La Mer l’une des belles réussites de l’année.

Tracklist
01. Le Balcon
02. La Nuit
03. Parasite
04. L’Oiseau Rouge
05. Le Matin
06. Femme-Lady
07. Bellini
08. Le Soleil Et La Mer
Liens Tournée française
12 octobre 2022 : MaMA Festival, Paris
13 octobre 2022 : La Belle Electrique, Grenoble (avec Jeanne Added)
22 octobre 2022 : La Vapeur, Dijon
24 octobre 2022 : Joker’s Club, Angers
27 octobre 2022 : Festival Rockomotives, Vendôme

Lire aussi :
[Clip] – Bibi Club rallume Le Feu (bien mieux que qui-vous-savez)

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