Seven Trees – Dead / End
[Progress Productions]

7.9 Note de l'auteur
7.9

Seven Trees - Dead / EndA mi-chemin entre Klinik et les premiers Ozark Henry, les Seven Trees reviennent en terre industrielle, sinistre et sinistrée avec un nouvel album Dead/End qui enchantera les déclinistes et ceux qui souhaitent ou craignent le grand effondrement. Il n’y a pas de mal, après tout, à se faire un peu plus de mal que le monde ne nous en procure, à frissonner et à déprimer avec ambition et emphase. C’est tout le programme de ce deuxième album où Henrik Karlsson et Johan Kronberg reprennent les choses peu ou prou où ils les avaient laissées il y a quatre ans maintenant avec leur EP du retour, Trauma Toxicity, lui-même venu…. vingt ans après leur album culte, Embracing The Unknown.

Les Suédois proposent ici et tout au long de ces 9 plages d’une durée moyenne de cinq minutes une excursion ténébreuse dans un monde crépusculaire et terrifiant. Les voix sont basses, comme étouffées et prononcées depuis une planque, de peur d’être découvertes. On se situe ici délibérément dans une veine gothique et rock industriel qui est, par définition, glaçante et archi flippante. Mais il ne s’agit pas de vouloir le faire pour y arriver : foutre VRAIMENT les jetons demande un certain savoir-faire que le duo suédois met en oeuvre dès le premier morceau Veins of Charcoal avec une belle technicité et un sens de la mélodie, qui font de ce disque un petit événement d’équilibre entre les genres. L’usage de l’électronique est précis et apporte une touche de délicatesse dans ce monde de brutes zombies. Les échos offrent des ponctuations solennelles impressionnantes et contribuent à bâtir le climat inquiétant et oppressant qu’entretient le disque. La montée atmosphérique de Pure Sedation ressemble à du Hans Zimmer sans son orchestre avant que ne s’enclenche une ample séquence cataclysmique. Est-ce que le ciel va nous tomber sur la tête ou est-ce qu’on a déjà le crâne fendu en deux ? Le narrateur, aveugle, appelle à une fin rapide qui lui permettrait d’atteindre son but : s’isoler enfin du monde qui le désespère.

Le voyage est sombre mais principalement intérieur et nourri par une consommation de médocs et de stimulants qui imprègne les titres. Entre la sédation et le valium, l’état narcotique (Valium Dreams) puis psychédélique (Dystopic Illusions) est produit par l’ingestion de pilules qui font vaciller la raison des protagonistes chanteurs et projettent le disque dans une sorte de mauvais rêve à la K. Dick. Le disque est habité de songes technologiques, à l’image du magnifique single Game Over, sorti en éclaireur en décembre, ou du touchant et quasi parfait End of The Line. On pense aux grandes heures de la techno belge et aux maîtres Front 242 à l’écoute de cette pièce imposante et granitique. Difficile de suivre mot à mot, les textes qui définissent toutefois un espace hanté par des fantômes, des esprits et des dieux malveillants. Les rythmiques sont majoritairement synthétiques et l’instrumentation remplacée par une programmation qui reproduit avec une distance déshumanisée les postures et positions du rock industriel traditionnel.

Il faut sûrement partager un minimum de culture gothique pour apprécier ce genre de musique mais on peut aussi s’y engouffrer sans trop de précaution en choisissant sa voie : électro et quasi ambient sur l’impressionnant Dystopic Illusions, cold wave sur le sépulcral et instrumental Final Program qui s’étire sur plus de 7 minutes, ou même pop avec le final ultra-séduisant de Dead/End. Terminer avec ce titre est évidemment une excellente idée qui met en relief toute la richesse de cette musique, un brin répétitive, et qui présente parfois des aspects rasoir : le morceau est racé, mélodique à souhait et presque joli. C’est avec cette fin “ouverte” (comme on s’ouvrirait les veines un soir au coin du bain), que Seven Trees choisit de conclure ce parcours fantastique et qui justifie que les deux hommes ne sortent pas de l’ombre plus d’une ou deux fois par décennie.

Dead/ End n’est pas le plus accueillant des disques mais, encore une fois (ils sont quelques uns), son apparition aujourd’hui et en février 2021 donne le ton d’une année qui s’annonce particulièrement joyeuse et plein de surprises.

Tracklist
01. Veins of Charcoal
02. Pure Sedation
03. End of The Line
04. Game Over
05. Phased Out
06. Valium Dreams
07. Dystopic Illusions
08. Final Program
09. Dead/End
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