Mojo A Tribute to The Cure / Why Cant I Be You
[UK Music]

7.3 Note de l'auteur
7.3

Mojo A Tribute to The Cure - Why Cant I Be YouIl fut un temps où par la force des fanzines et des lettres de diffusion on aurait raté une telle sortie pour rien au monde. Dans le monde numérique, l’information selon laquelle l’un des derniers bons magazines rock papier d’Angleterre se paie une couverture avec les Cure de Robert Smith et offre avec les 6 livres du numéro une compilation de 15 titres gratuites est presque devenue plus difficile à saisir. C’est pour cette raison qu’on en fait état : les plus chanceux ont un kiosque ou un magasin spécialisé à portée, les autres pourront acheter aisément la chose depuis le site du magazine ou sur eBay à prix presque coûtant.

On passe rapidement sur l’intérêt du magazine lui-même qui est comme toujours très intéressant même si délibérément passéiste et tourné vers les années 80-90. Les pages sur The Cure sont bien faites, les articles parfaits et le classement des 30 meilleures chansons de Robert Smith qui fait la une est….légitime avec en premier… (censuré)…. en rang 2……..(censuré)… et en numéro 3 Boys Dont Cry. Le jeu des classements est inépuisable et s’agissant de The Cure, on pourrait s’amuser sans fin. La compilation qui est proposée n’est évidemment pas la première à rendre hommage au groupe mais est particulièrement intéressante parce qu’elle regroupe des titres anciens et bien connus (le Just Like Heaven de Dinosaur Jr., produit en 1987), réunit des groupes majeurs et mineurs, et incorporent quelques morceaux plus récents comme le The Walk de Strange As Angels dont on parlait il y a peu ou le Play For Today de Frankie Rose qui nous avait échappé, il y a deux ans.

On ne fera pas la chronique du disque à proprement parler mais l’ensemble est globalement épatant même si l’exercice démontre qu’il est très très difficile de reprendre The Cure sans attenter à l’équilibre des chansons, ce mélange de profondeur crépusculaire et de légèreté qui caractérise Smith, ce léger décalage qui s’insinue souvent entre le chant et l’instrumentation et qui laisse passer l’émotion poétique, que The Cure évolue dans un registre de pure pop comme de gothique trépassé. Peu nombreux sont les groupes qui réussissent à faire quelque chose de ces chansons, encore moins nombreux ceux qui s’en sortent avec les honneurs. Mais cela tombe bien, on en trouve plusieurs exemples ici : du Wedding Present qui s’emballe sur un High speedé, urgent et confus d’amour, au paresseux et caressant Fire In Cairo de Luna. On saluera le travail remarquable du natif de Crawley, Akala, sur I Dont Know qui s’appuie sur Lullaby pour un titre hip-hop parfait et emballant mais aussi la lecture chaotique de Faith par les Canadiens de Nadja, peut-être le morceau le plus bluffant avec celui du Dinosaur Jr bien sûr et la version incroyable donnée par l’Orbital Paul Hartnoll sur A Forest. Quitte à faire quelque chose, autant tenter l’impossible et renverser la table plutôt que de risquer la paraphrase et la pâle imitation.

On apprécie beaucoup moins l’affreux Friday I’m In Love de Phoebe Bridgers dans un contresens gai/triste qui ne rime à rien et toujours pas pour le moment la lecture lounge de Strange As Angels qui défigure The Walk en mode jazz et martini olives. Dans ce registre un peu pop et classe, il n’y a guère que Liela Moss qui s’en sort avec les honneurs à partir d’un Prayers For Rain pourtant pas si simple à travailler. Sa version est cabotine mais suffisamment bizarre pour rappeler l’époque où Robert Smith s’amusait avec la chanteuse Saffron. Dans un style sophistiqué et à la limite du hors sujet, A.A Williams réussit à nous tirer les larmes par une interprétation dépouillée et ajoutant pourtant de l’émotion à l’émotion, sur le toujours magnifique LoveSong, qu’elle dérythme et assèche à l’extrême.

Toujours est-il qu’on préférera à ces exercices de style pompeux les versions qui conservent la vigueur des originaux. Même léger comme le vent et pop en diable, Robert Smith n’a jamais été autre chose qu’un sale gosse éploré et punk. Tricky le sait bien et s’en amuse sur son Lovecats.

On pourrait continuer ainsi et distribuer les bons points. Ce Tribute donne follement envie d’écouter du Cure et de débattre des mérites de telle ou telle époque, de tel ou tel titre. C’est bien la fonction première de cette affaire là : rendre compte de la plus grande collection de chansons composées depuis quarante ans. Il est très probable que s’il ne fallait en garder qu’un, un groupe unique, The Cure serait celui-là.

Tracklist
01. Dinosaur Jr – Just Like Heaven
02. The Wedding Present – High
03. Luna – Fire In Cairo
04. Frankie Rose – Play For Today
05. Phoebe Bridgers – Friday I’m In Love
06. A.A Williams – Lovesong
07. Cowboy Junkies – Seventeen Seconds
08. Tricky – The Love Cats
09. Akala – I Dont Know
10. Strange As Angels – The Walk
11. The Separate feat. Mark Lanegan – Close To Me
12. Liela Moss – Prayers For Rain
13. 8:58 feat. The Unthanks – A Forest
14. Woodpigeon – Lullaby
15. Nadja – Faith
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