[Live Review] – Soirée Abstract à l’International : le punk va bien, merci !

Soirée Abstract à l'InternationalAvant-hier soir, on était convié par Philippe Astruc, maître des soirées Abstract et pape organisateur de l’underground rock français, à sonder, à l’International (Paris), le fond des reins de la toute fraîche nouvelle vague punk cocorico. Au programme de ce soir : Mote, Les Baltrink’ et Ground Access Audio. Plusieurs fois, la soirée a faillit vriller : nous voilà d’abord étonnés, et rassurés – rassurés de la possibilité d’une incartade, d’un joyeux bordel organisé : le punk va bien, il vous emmerde! On vous raconte la soirée?

1er round : Mote

C’est dans une ambiance estudiantine que la soirée démarre, et à toute berzingue, au sous-sol noir cryptique. Il fait frais, et les copains copines de fac, tous de noir vêtus, sont venus en trombe pour assister au dépucelage scénique de Mote, qu’on croirait sortir de Scott Pilgrim vs. The World (comics ou teen movie, à votre guise), avec leurs touffes rouges et violettes. Les minets se sont fait la main en grattant les poils de guitare. Attention l’audition, la scène fourmillait de larsens et autres larcins vocaux : comme tout bon concert punk se respectant, ça hurlait, rotait et gueulait à en vomir la voix. On a eu même le droit à un attouchement mutuel de grattes entre la bassiste (Jenny) et le chanteur (Louis), entraînant un pogo d’excitation mâle. Huit titres bien ramassés et énergiques, dont on retiendra No Way, et que nous aurons été les quelques heureux à écouter en exclusivité mondiale, le jeune groupe n’ayant pas encore partagé ses titres sur la toile. De quoi nous mettre en appétit pour le repas liquide qui suit.

2nde salve : Les Baltrink’

On monte en gamme crescendo avec un groupe un peu plus expérimenté, mais toujours aussi rageux de jeunesse. Les textes semblent hilarants, notamment le refrain de Tout.e.s des putes (« C’est toutes des putes […] / Mais à part ça, j’suis féministe« ), pleines de haine éternelle envers le consumérisme, l’économie (Accélérer décélérer), le marketing (Balade du marketing), l’anti-tabagisme (La cigarette sociale) et, plus généralement, toute forme humaine de bienséance et d’ordre tempéré, comportement que n’aurait renié un certain William Hazlitt. Le rendu du concert détonnait presque des morceaux enregistrés sur les plates-formes, le leader se permettant des modifications, et en bien, avec ce peps de la frustration qu’exige le punk, cette joie des corps en rogne. Dommage que les micros déconnaient, les phrases ne s’attrapant pas facilement à la volée. On a apprécié le nouveau À moitié punk, qu’on aurait pensé inspirer par Jean-Louis Costes, et le chanteur – non ! gueuleur en chef – charismatique, mélange entre le Giovanni Ribisi rieur et un Christian Bale égrillard. L’ambiance est bon enfant, les groupes suivant et passé se soutenant mutuellement. Les papas étaient de la partie, dans le public, en rond de chemise, fin fiers de leurs rejetons.

Round Access Audio en action3ème canonnade : Ground Access Audio

La sauce monte, et les filles se pressent sur scène, levant des rideaux de cheveux. Changement d’ambiance, changement de langue (on passe à l’anglais, parfaitement maîtrisé), le grunge sera de retour, mais pas que. Avec Ground Access Audio, on atteint le Nirvana en culottes courtes, un coup de foudre spinal. La puissance est juvénile, et le khôl est de sortie sur les paupières des garçons. Le chanteur ressemble au chanteur d’A-ha et – ô miracle! – nous assistons au premier pogo exclusivement féminin du monde. Nous avons droit à un petit interlude métal avec Useless, chanté, mené et interprété par Yvan pour l’occasion. Wisdom fût joué avec une intro exclusive au clavier pour l’occasion, pas oufissime, mais le reste du titre assure. C’est un grand jour : c’est le dernier concert d’Oscar chez GAA, le batteur s’envolant pour l’Angleterre cette semaine. Que l’on se rassure, l’aventure Ground Access Audio n’est pas terminée. Plusieurs joyeuses catastrophes furent évitées, nous faisant piquer quelques suées : un coup de tête (de guitare) évité par le chanteur, des sauts sur la piste, et même, un peu plus tôt dans la soirée (lors du concert de Mote), un gonze ayant failli s’enrouler les cheveux autour de câbles électriques de la salle. Ce sont les heureux risques du métier. La débandade, ce sera pour un autre jour. Vivement la prochaine !

Crédit photo : Ground Access Audio en action par Dorian.

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