Nos connaissances en folk alsacien étaient nulles avant l’écoute de ce disque. On a désormais l’impression que la plaine qui court entre les Vosges à l’Ouest et le Rhin à l’Est est une réserve insoupçonnée où s’ébrouent des cowboys, des bisons et des chevaux d’élevage. Vol.1 (on va l’appeler comme cela) est un disque de pure folk du genre americana. C’est un disque de country des grands espaces comme en rêve sûrement Will Oldham lorsqu’il se rase, avec des envolées cuivrées (Come What May), des développements inspirés sur la destinée, les chandelles qui remplacent l’électricité et la rudesse d’une vie simple. Le tout se joue en sifflotant (Life Is Constant Evolution), façon de se détacher de tout ce qui ne nous plaît pas. Un vrai truc qui évoque des valeurs désuètes, des modes de vie disparus sur un fond de banjo et de guitare électrique.
L’objet est d’autant plus bizarre qu’il se présente sous la forme d’un split LP (un album “partagé”), objet bizarre qui consiste pour les deux groupes que sont Solaris Great Confusion et Original Folks à se partager les douze pistes à raison de 6 chacun. Le premier groupe est emmené par Stéphane Nieser. Le second est signé Jacques Speyser. Les deux groupes qui ont signé chacun deux albums séparément, entretiennent des relations d’amitié et de confraternité, s’échangeant des musiciens qui passent ainsi de l’un à l’autre pour soutenir l’équilibre sophistiquée, précise et splendide des deux leaders. Les arrangements d’un côté comme de l’autre, les accompagnements, sont soignés et à la hauteur des compositions, conférant à ce folk une amplitude et une sorte d’élévation céleste remarquables.
Solaris Great Confusion est parfois un peu plus rock que son voisin du dessus. Nieser balade tout du long une sorte de langueur existentielle qui s’exprime magnifiquement sur le joli Believe, chanson chantée avec gravité qui s’interroge sur la foi (profane), l’idée d’aller de l’avant et d’avoir (ou pas) confiance en soi. Les enjeux mêlent des questionnements intimes et des prises d’espace métaphysique caractéristiques des bons disques country. C’est bien fait, parfaitement écrit et interprété. Original Folks œuvre dans un registre en apparence assez proche mais que la tessiture de Jacques Speyser, moins basse, plus légère que celle de Nieser, tend à propulser dans un univers référentiel un peu différent. Alors qu’on passe parfois à American Music Club avec les premiers, on se rapproche un peu plus d’un groupe “à ailes” comme Dakota Suite avec Original Folks. La balade est plus légère, champêtre, comme si l’on se baladait dans une clairière accueillante et tendrement balayée par la brise. Le premier morceau, Games Of Love, est splendide et très réconfortant.
De fait, Original Folks est plus tourné vers la sentimentalité et les rencontres amoureuses. Elementary donne envie de valser. Dreamlover a de faux airs de chanson pop des années 60 avec son chanteur qui soupire, en solitaire, sur la fille de ses rêves. On se croirait chez John Leyton et ses chansons pour adolescent(e)s. Et comme on adore ça cela nous va parfaitement. Avec Near The Limits, le groupe trace une ligne entre la folk US et la pop de Sarah Records façon Sugargliders et consorts. D’aucuns trouveront cela un peu gnangnan et surtout si peu en phase avec l’époque. Mais il faut se délecter, sur les six derniers morceaux, de qualité des mélodies et des compositions. Original Folk manie les changements de rythme à la perfection et s’appuie sur d’excellents musiciens, si bien qu’on ne s’ennuie jamais. Hurry Young Man est un magnifique portrait un peu triste et World of You, un final à la hauteur de ce double disque, une merveille absolue, dont le petit pont instrumental après une minute et quelques, nous a transporté.
On peut se faire un bien immense à écouter ce LP à deux entrées. On l’aura compris, on a une préférence marquée pour les 6 titres d’Original Folks, pour la voix et le coeur tendre, mais il n’y a ici aucun déchet, aucune source de contrariété. On a besoin de ce genre de disques à l’entame des vacances, pour la voiture, la plage, la montagne, l’amour ou la peur.

