Le premier album de Fosse, groupe emmené par son chanteur et compositeur Christophe Blanchet, sortira le 14 mars. Il est possible qu’on en reparle un peu plus tard, mieux et plus longuement par la suite, mais on voulait, sur la foi des deux ou trois écoutes qu’on lui a prêtées jusqu’ici, signaler son arrivée comme on signalerait l’arrivée prochaine d’un orage ou d’une tempête de glace. Si on se sent obligé avec Fosse de dégainer les métaphores naturelles et organiques, voire climatiques, c’est parce Entre les Roches joue lui-même de cette présence minérale et végétale (la couverture, les nervures, les textures, les baies) pour nous émouvoir.
Toujours orphelins de Jean-Louis Murat, on est avides de sauter sur le premier auteur qui passe et de l’affubler du titre de “digne successeur de”. Ce n’est pas encore pour cette fois-ci (trop différent, rien à voir même si…)….même si Blanchet manie la langue française à la perfection (écoutez Incendie), écrit des textes superbes et a la métaphore aussi facile et élémentaire (“qui a avoir avec les éléments”, ici) que l’Auvergnat. Musicalement, Fosse ne ressemble à rien de connu. Les arrangements sont sophistiqués, un peu jazzy, un peu électro, pop rock, ils sont joueurs (Incendie, encore), électro-atmosphériques et progressifs (le sublime Versant Est), chaloupés (To London) ou folko-minimalistes (Blizzard). Il y a un groupe derrière le bonhomme qui joue plutôt très bien, une basse, des chœurs, une batterie, des claviers et tout cela est remarquablement bâti et arrangé.
Le disque est bref et ramassé (8 titres) mais ouvre des espaces infinis (et naturels) qui renvoient à un monde un peu rude, humide et neigeux qui n’est pas sans faire penser aux hivers déboulés du Yorkshire sur le dos des guitares de Hood. On est ici dans un univers français, sans électricité ni coups de sang, mais soyeux et ténébreux, littéraire et presque pastoral, où l’on emprunte les mêmes sentiers côtiers et/ou de montagnes, entre ajoncs/myosotis, bourrasques de vents frais et troupeaux de moutons. Les humains sont rares et baladés au gré des désirs et des dérapages, des frustrations et des brimades.
Versant Est est une merveille d’amplitude et d’élévation qui donne une assez bonne idée de ce qui est en train d’émerger ici : une écriture poétique de premier plan, appliquée et caressante.

