CHIHUAHUA : l’avenir du bruit est en marche

CHIHUAHUA - Suppressor (Live)Morrissey n’est pas un chien en laisse et le chihuahua sûrement le plus féroce et déglingué des animaux. On imagine mal ce qui se passerait si l’ancien chanteur de The Smiths croisait dans une rue de Manchester, les fous furieux de CHIHUAHUA, le nouveau groupe qui dépote et qui sévit aux portes de la capitale du rock à guitares. Les quatre dynamiteurs noise rock viennent de livrer leur premier album, Violent Architecture, un brûlot post-punk, politique et incendiaire qui évoque autant Napalm Death pour sa virulence sonique, Sonic Youth pour sa liberté électrique ou le Naked City de John Zorn  pour sa capacité à mêler freejazz et musique hardcore. Ames sensibles s’abstenir, CHIHUAHUA fait passer les poseurs d’IDLES ou de Black Country New Road pour des plaisantins de la déconstruction et du bruit. Violent Architecture est âpre, dissonant, mais aussi moite et bouillant qu’un slip de Ian Curtis après un concert.

Les titres sont longs, complexes et s’étirent souvent au-delà du raisonnable, laissant au groupe emmené par Rhys Evans au chant et Tom Shivers à la guitare, le temps de nouer boucle sur boucle et de zébrer l’espace de riffs glaçants, de cris de colère ou de rage. La section rythmique en mode basse/batterie est animée par Rufus Murphy (le bassiste signe également la pochette du disque) et Shaun Davies. Quatre noms à retenir pour ceux qui pensent qu’on tient là peut-être là les héritiers dégénérés de Chokebore. Histoire d’intriguer jusqu’au bout, on mettra en avant l’excellent God’s Favourite Sports Car, l’un des 7 morceaux du disque qui est une chanson épatante de bout en bout et dont les paroles sont un véritable bonheur.

I eat my brain on a plate / And with holy water/ 
He feeds me grapes/  All day I wait Don’t question my faith For it’s given me A damp street corner/
To spread his favours And preach his flavours /
Not to question my faith All day I wait Excuse me, sir, can you donate? /
So my preacher can put a Maserati Behind his gates God’s favourite sports car /
Is it your time I waste? Am I losing my mind, Alone in this corner? /
I’ll do thy bidding, master I’ll do thy bidding

Il y a une force dans cette musique et une audace dans les assemblages qui époustouflent, même si elle malmène l’oreille. Les CHIHUAHUA appellent en renfort des citations de notre héros JG Ballard pour mener leur croisade anti-sociale et dégommer la bien-pensance. Towering Narcissus évoque la froideur des villes figées dans le même béton que dans IGH. Nailing Tent Pegs To My Forehead abrite le couplet le plus poétique et révolutionnaire des sept titres :

Imagine a world where we produce Rolex / Where your legs Are on the block /
In the name Of the oversized mane of a cock /
With an oversized pile of wad /Licence supported by the cane /
Of those in power/  Determined to provide a demise To those unfortunate enough /
Not to possess the knowledge To end their misery

Le manifeste est parfois un peu verbeux mais la dénonciation est radicale et sans appel : CHIHUAHUA part en guerre contre la prison dans laquelle nous vivons. L’architecture violente du titre est une violence sociale et politique dont il faudra bien se débarrasser un jour. Possible qu’on en entende parler très très bientôt.

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