Thurston Moore / By The Fire
[Daydream Library]

8 Note de l'auteur
8

Thurston Moore - By The FireCe n’est pas parce qu’on le tient responsable de la séparation de Sonic Youth qu’on doit négliger les travaux de Thurston Moore. Depuis sa rupture avec Kim Gordon, il y a maintenant près de dix ans, les albums de Thurston Moore ont oscillé entre une polarité rock retrouvée, pas si éloignée du premier âge du groupe, et un besoin expérimental parfois à la limite du barbant. By The Fire, sorti il y a plusieurs mois maintenant, penche du premier et meilleur côté, offrant un disque presque classique, racé et inspiré.

Certains ont beau dire que les anciens membres du Sonic Youth n’ont jamais sonné autant comme Sonic Youth que depuis que le groupe n’existe plus…. difficile de considérer Hashish, emmené par la guitare de James Sedwards et de l’ancienne My Bloody Valentine Debbie Googe, comme autre chose qu’un enfant abandonné de la franchise New Yorkaise. La pulsation ne trompe personne et il faut avouer que le morceau fait son effet. Ces deux-là étaient déjà aux côtés de Moore sur ses albums les plus rock. Le batteur, Jem Doulton, amène une pesanteur et un impact immédiats, qui font basculer certains titres dans de véritables démonstrations de force. Avec ses séquences soniques et ses retours au calme, Cantaloupe est une sorte de balade stoner de premier ordre, garnie de fleurs (gardénia) dans les cheveux. La qualité des compositions de Moore est ce qui saute aux oreilles. Les morceaux démarrent souvent par une longue introduction, crescendo et puissante, enchaînent sur un bouillon sonique, démonstratif et qui rend compte de l’agitation du temps, de la perte de contrôle, avant de retomber sur un temps calme, paix symbolique qui garde sur lui les cicatrices de l’agitation d’avant. Ce mouvement se répète et se noue dans des plages souvent assez longues mais imaginatives. Breath va taquiner les dix minutes mais n’ennuie jamais, tenu par un riff magnétique, entrecoupé de poses qui renvoie évidemment à son titre.

Thurston Moore a toujours eu en lui une capacité à composer des hits, des chansons accrocheuses et presque pop. Il a souvent veillé à ne pas les laisser s’imposer à lui pour ce qu’ils étaient : des ritournelles à haut potentiel, qu’on peut chantonner et reprendre sous la douche. Mais les mélodies sont là, incontournables et séduisantes. Siren est une chanson douce, dominée par un motif de guitare si joli qu’on se demande pourquoi le chanteur attend si longtemps avant de poser ses mots dessus. La mise en place de Calligraphy est caressante. La chanson ressemble à une recherche non aboutie. La guitare hésite à s’arrêter sur l’une des propositions qu’elle soulève, faisant du titre entier une fausse piste que personne ne suit. Cela arrive parfois et cela a toujours fait partie de l’art de Thurston Moore : écrire des titres qui empruntaient des chemins pour le plaisir d’errer et de revenir à leur point de départ. Cela affecte le corps de l’album qui file, file, vers un horizon incertain, tout en serpentant avec agilité et grâce dans un sillon invisible. Locomotives est long mais reste stimulant, débouchant sur un Dreamers Work réconfortant et lumineux. Thurston Moore aime compter fleurette mais il le fait à la new yorkaise : une fois pour endormir les enfants, et la fois d’après, avec l’énergie et le trouble de l’âge adulte. They Believe In Love (When They Look At You) est le titre le plus intéressant du disque : une chanson d’amour un peu tordue complètement désarticulée que le chanteur étire sur huit minutes assez perturbantes où, dans un style très baudelairien, on ne sait jamais s’il est fasciné ou écœuré par l’objet de son amour. La rythmique jazzy introduit une ambiguïté que les paroles soulignent et qui vient, à sa façon, ruiner le compliment. On pourrait croire que les morceaux ont été exagérément gonflés et étirés au-delà du raisonnable. Venus le final de près de 14 minutes n’y échappe mais ce n’est pas le cas la plupart du temps.

By The Fire est un album électrique qui entend trouver la paix et l’harmonie dans le déchargement rock. Il parle autant de son auteur que du monde qui l’entoure, inquiet et désireux de se réfugier quand il le peut dans l’abri qu’il s’est construit à l’écart des hommes. C’est l’électricité qui, en circulant au travers du corps, conduit à des plateaux où la tranquillité s’insinue, des sentiments apparaissent. On se croirait dans un manuel de médecine du XIXème. Moore évacue les fluides comme il ferait sa séance d’électrothérapie dans un sanatorium à la frontière suisse. C’est à la fois passionnant et un brin rétro, en tout cas, peut-être le meilleur disque qu’il a signé depuis dix ans.

Tracklist
01. Hashish
02. Cantaloupe
03. Breath
04. Siren
05. Calligraphy
06. Locomotives
07. Dreamers Work
08. They Believe in Love (when they look at y ;ou)
09. Venus
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