Bill Callahan / YTI⅃AƎЯ
[Drag City]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Bill Callahan - RealityCela fait désormais quasiment dix ans que Bill Callahan est heureux. Musicalement, cette découverte par l’ancien chanteur de Smog des joies de l’amour, de la vie conjugale et de la paternité nous aura privé d’au moins trois ou quatre albums dépressifs dont on ne cesse de pleurer le passage par pertes et profits. Au lieu de ça, et depuis disons Apocalypse en 2011, son dernier disque triste, Bill Callahan signe des albums radieux, lumineux mais très beaux.

A dire vrai, la forme n’a pas tellement varié. Cela ne sonne jamais comme la cucaracha ou une partie de plaisir mais les arrangements se sont enrichis et la mise en sons éclaircie. Sur First Bird, par exemple, le morceau d’ouverture de ce Reality (qu’on a renoncé à écrire à l’envers), il y a un joli chœur féminin d’arrière-plan qui, comme au révélateur, indique que toute l’expérience musicale de Callahan est désormais passée au filtre de l’amour radieux. La voix est magnifique et les paroles superbement nouées. La chanson est impeccable mais on ne peut s’empêcher de penser (et de constater) qu’elle n’arrive pas à la cheville du Too Many Birds de 2009, la plus belle chanson d’oiseaux de tous les temps.

Le bonheur est évidemment une impasse et un thème qui est moins fructueux et enrichissant que le malheur et la mort. Par rapport à son dernier disque, Gold Record, qui nous avait un peu ennuyé, Callahan, aidé par la crise sanitaire et les visions morbides qu’elle véhiculait, a heureusement réinjecté un peu d’inquiétude existentielle dans sa poésie. Cela donne des titres… optimistes mais inquiets qui prennent conscience du caractère périssable des temps paisibles et de la menace organique, virale et temporelle qui pèse sur les êtres aimés. C’est dans cette tension réintroduite au coeur de l’harmonie et de la satisfaction globales que Reality puise son intérêt. Everyway n’est pas dénuée de nuages et le jeu de guitare appuyé du mécanique Bowevil en fait l’une des chansons les plus puissantes et envoûtantes que Callahan livre depuis le gigantesque et indépassable I Was A Stranger de 1997. Entre Nick Cave et le blues US des planteurs de coton, Callahan dessine un portrait de toute beauté et dans lequel s’exprime une forme d’esprit diabolique parfaitement rendu dans l’emballage final.

On est un peu moins sensible à l’orgue frénétique qui agite le Partition qui suit et à son mantra « Do what you gotta do« . Lily qu’on imagine consacré à la perte de sa belle-mère est en revanche d’une beauté et d’une justesse absolues. Callahan n’est jamais aussi brillant que lorsqu’il contemple la finitude de l’existence. La chanson surfe des épiphanies splendides à l’image de ce double vers fantastique :

I held the elevator for your soul
And give your body back when you go

Reality marque un léger glissement de l’accompagnement faire des formes plus libres et élaborées, à l’image du jazzy et tortueux Naked Souls. C’est loin d’être notre morceau préféré mais le disque témoigne d’une volonté de Callahan de bousculer ses habitudes de composition et probablement d’aller chercher de la vie et de la variété ailleurs que dans sa seule guitare. Le premier single tiré du disque, Coyotes, se situe dans cette idée là, porté à la fois par la guitare et le piano, mais quelque peu gâché par un texte qui nous fait penser à un délire psychédélique d’incarnation déjà croisé chez… Yakari.

Cette appréciation ne met aucunement en danger une écoute qui reste satisfaisante et gratifiante pour l’oreille et l’intelligence. Il y a ici une telle intensité et une telle pureté d’intention, une telle authenticité dans la livraison et l’exécution qu’il est difficile de ne pas ressentir la force de cette musique. Drainface est une chanson qui parle de la maternité comme nulle autre auparavant. C’est une création subtile et passionnante qui requiert toutefois de chercher les jeux de correspondance entre le son et le sens. Ainsi des titres qui paraissent archétypaux ou sans qualités se mettent-ils à resplendir de mille feux. Callahan fait son Bonny Prince Billy sur un Natural Information qui semble signer définitivement sa métamorphose ou encore sur le solaire et admiratif The Horse. Il faut avouer que cette absence de retenue dans le chant et la livraison ne lui va pas si mal même si on se situe ici à des lieues des chefs d’oeuvre du passé.

La musique de Bill Callahan est devenue aujourd’hui plus belle qu’elle n’est bouleversante. Cela n’entame pas tant que ça la force qu’elle dégage et l’admiration qu’on voue à son auteur. Planets est un morceau qui vous cloue sur place et Last One At The Party le plus beau titre country de l’année. On aimerait tous aimer comme Bill Callahan/

Tracklist
01. First Bird
02. Everyway
03. Bowevil
04. Partition
05. Lily
06. Naked Souls
07. Coyotes
08. Drainface
09. Natural Information
10. The Horse
11. Planets
12. Last One At The Party
Liens
close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Mots clés de l'article
, , , ,
More from Benjamin Berton
Le triomphe de Tristesse Contemporaine à la Maroquinerie (Paris)
Les temps sont tristes, sombres, déprimés et déprimants. C’est dans ce contexte...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *