Tord Gustavsen ou le détachement spirituel

Tord GustavsenLe pianiste qui vient du Nord et qui réchauffe nos cœurs en apaisant nos esprits agités, sort un nouvel album toujours sur le label ECM à l’automne prochain. Après plusieurs opus en trio piano – batterie – contrebasse ainsi que d’autres en quatuor avec un  saxophone, Tord Gustavsen (Crédit photo : Tore Sætre / Wikimedia) a dernièrement accompagné en 2016 la chanteuse Simin Tander sur le disque What was said, dont les titres étaient empreints de religiosité et de poésie orientale ancienne.

L’album à venir sera réalisé en trio piano – batterie – contrebasse avec le batteur Jarle Vespestad et un nouveau collaborateur dénommé Sigurd Hole. Les norvégiens ont décidément de sacrés noms à consonance viking et barbare mais pourtant fortement éloignée de la musique de Tord et non pas Thor….

Effectivement ce pianiste est un jazzman singulier, aux antipodes de nombreux musiciens du genre ayant pour conception de cette discipline artistique la démonstration technique, le déluge de notes… Les compositions de Tord sont avant tout apaisantes mais ne tombent pas dans la mièvrerie, on ne ressent pas de sensations ni frissons, on se fait bercer simplement sereinement par une musique aux tempos lents avec des thèmes assez mélodieux.

Le producteur prolifique et fondateur du label ECM Manfred Eicher, qui est derrière les différentes réalisations de Gustavsen, fait dans la discrétion ; le marketing via YouTube n’est apparemment pas sa conception de présenter ses artistes et ce n’est pas forcément un mal. A une époque où on sature d’informations, de sollicitations visuelles et sonores ; les orientations esthétiques et philosophiques de bon nombre de productions de ce label allemand se démarquent nettement dans le paysage web musical actuel.

Donc on ne dispose pas à l’heure actuelle de teaser concernant le disque à venir, seulement d’une période de sortie (l’automne prochain). C’est loin et imprécis mais ça permet peut être de ne pas être dans l’immédiateté et de faire ainsi murir en soit un désir afin d’en savourer son assouvissement le moment venu (comme au bon vieux temps pour ceux qui sont nés avant les années 80).

La vidéo accompagnant cet article présente Tord Gustavsen en solo improvisant sur le titre de Leonard Cohen Came so far for Beauty, suivi d’une de ses compositions Tears Transforming, issue de l’album The Ground. En écoutant le pianiste jouer cet air, on y entend dans la première partie des sonorités blues jazz assez traditionnelles mais si on s’imprègne de la poésie des mots de Leonard Cohen : I came so far for beauty, I left so much behind, My patience and my family, My masterpiece unsigned, on ressent pleinement le sens de l’interprétation de Tord qui oscille entre nostalgie, douceur et une tension qui progresse vers une conclusion dissonante chaotique. Comme l’a écrit Arthur Rimbaud et comme semblait le chanter le regretté Leonard Cohen, l’idée de ce morceau peut se résumer dans les vers du poète : Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l’ai trouvée amère.

Après cette brève tempête de notes (rare chez le compositeur norvégien) qui fait la jonction entre le morceau de Cohen et la composition de Gustavsen, l’auditeur est transporté dans une ambiance apaisante mais mystérieuse avec ses touches d’électronique qui apportent une variation à la version originelle de Tord. Tears Transforming évoque certainement une métamorphose et un  ancrage dans un réel permettant une autre approche de la beauté. Une approche plus modérée, plus sage, plus sobre à l’image de l’œuvre du pianiste.

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